Sandra Rabier : « Hâte d'être à la première Marseillaise »

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En entrant en sixième, Sandra Rabier a dû faire un choix. C'était le rugby ou la danse classique. La demoiselle, habituée à sauter de l'un à l'autre au primaire, a vite tranché. Ce fut le rugby, comme papa, dont elle a hérité du puissant gabarit en plus de la passion. Grand bien lui en a pris. Près de quinze ans plus tard, la Viroise de l'Ovalie Caennaise s'apprête à disputer sa première Coupe du Monde au poste de troisième ligne. Comme titulaire et capitaine. « Un aboutissement, forcément. »

 Première partie de l'entretien.

 

Sandra, que ressentez-vous à quelques jours du premier match de cette Coupe du Monde ?

J'ai hâte d'être à la première Marseillaise et de commencer ! Nous avons terminé notre saison au mois de mai, pour les Caennaises, un peu plus tard pour celles qui ont disputé les phases finales. Depuis le mois de mai, on n'a pas eu de match. Cela s'est d'ailleurs ressenti quand on a fait les deux stages ensemble, en juillet. On a donc beaucoup, beaucoup d'envie !


Est-ce un aboutissement dans une carrière sportive de participer à une Coupe du Monde, même si vous n'avez que 25 ans ?

Si je vous disais non, ce serait mentir ! C'est forcément un aboutissement, surtout quand on a déjà évolué en amont en équipe de France. Tout compétiteur a envie de participer à une Coupe du Monde. Dans le rugby à XV, pour l'instant on ne participe pas aux JO donc la Coupe du Monde reste la compétition sportive la plus élevée. C'est super plaisant de pouvoir la jouer.


Participer à cette compétition a-t-il toujours été un objectif pour vous ?

C'est venu plus ou moins progressivement même si les gens qui ont pu me suivre aux abords des terrains m'ont toujours prédit un avenir international. Après, tu les crois ou tu ne les crois pas, mais au fond de toi-même tu espères toujours jouer sous le maillot tricolore. Quand tu franchis les marches les unes après les autres, tu as toujours envie d'aller plus haut.


En D1 à 16 ans


À quel âge avez-vous commencé le rugby ?

À 9 ans. J'ai commencé avec les garçons et j'ai joué avec eux jusqu'à 16 ans. Une semaine après mes 16 ans, j'ai basculé avec les féminines de Caen en équipe première. J'avais un double surclassement, puisque c'était autorisé à l'époque. J'ai très vite intégré le haut niveau.


Quel est votre vécu en équipe de France ?

À l'âge de 18 ans, j'ai connu mes premières sélections en équipe de France à 7 chez les moins de 19 ans. J'étais également capitaine. La saison d'après, j'ai été sélectionnée chez les moins de 20 ans, et toujours capitaine. La saison suivante, j'ai connu mes premières sélections en équipe de France A (le « réservoir » de l'équipe de France, ndlr). Cela fait quatre ans que je suis en équipe de France. Je faisais partie des 50 filles pré-sélectionnées pour la Coupe du Monde 2006 mais je n'avais pas été retenue pour le stage préparatoire. Je suis capitaine depuis deux saisons en équipe de France. J'ai pris le relais d'Estelle Sartini (une autre caennaise, ndlr).


Comment se prépare-t-on à une Coupe du Monde ?

Il y a déjà une préparation collective. Sans mon club, je ne serais pas en équipe de France. Après, bien entendu, il y a une préparation individuelle. En tant qu'internationale, on doit toujours en faire plus que les filles qui sont au sein de son propre club. Et puis il y a tout ce qui concerne l'hygiène de vie, l'alimentation, le sommeil... Il y a plein de choses qui entrent en compte.


La saison vécue par l'Ovalie vous a-t-elle causé quelques craintes dans l'optique de ce Mondial ?

Non. Certes, on a connu une saison difficile. L'équipe de France m'a permis d'avoir un certain échappatoire par rapport aux problèmes qu'on a pu rencontrer cette saison à Caen. C'est un peu égoïste d'un certain côté, mais ça permet de se ressourcer et de revenir un peu plus gaie en club.


Comment percevez-vous le fait d'être en équipe de France avec trois de vos coéquipières, Stéphanie Provost, Nadège Labbey et Amandine Vaupré ?

C'est agréable d'être avec elles. C'est aussi intéressant de pouvoir connaître d'autres filles, d'autres horizons, de savoir comment ça se passe ailleurs. Mais quand ça ne va pas, il y a toujours un moment où tu peux aller discuter avec tes copines de club.


Capitaine : « Au début, ça fait peur »


Être capitaine, c'est un honneur ?

Oui, c'est un honneur. Le rôle de capitaine n'est pas dû à tout le monde. Être capitaine de son club est différent d'être capitaine de l'équipe de France, même si les deux sont liés. En équipe de France, on est quasiment toutes des leaders. On est les meilleures du moment au niveau national. Il y a des filles qui sont plus difficiles à gérer que d'autres. En temps normal, tu les côtoies comme adversaires. Là, on est partenaires. Il y a des concessions à faire. C'est clair que c'est un honneur d'être choisie. Cela veut dire qu'on cherche à véhiculer les valeurs qui nous animent à Caen. Il y a une palanquée d'années que les capitaines françaises sont issues de la filière caennaise. J'espère que quand je ne serai plus capitaine, ce sera une autre caennaise qui prendra le relais !


C'est aussi une pression supplémentaire d'être capitaine ?

Oui, c'est sûr qu'il y a de la pression. Il faut déjà se gérer individuellement en tant que joueuse, puis il faut gérer le collectif. Même si tu as des vice-capitaines qui sont là pour te relayer, c'est une pression supplémentaire. Tu as une prise de décision, une prise de responsabilités différentes des autres joueuses. Tu es aussi le lien entre le staff et les joueuses. Il y a aussi tout ce qui est extra-sportif. Tu es généralement plus sollicitée par les médias. Tu prends le package complet du capitanat, tu ne choisis pas les bons côtés seulement.

Quelles sont les qualités d'une bonne capitaine ?

C'est une question piège ça (rires) ! Il faut le demander aux coachs ! En ce qui me concerne, je m'efforce à être exemplaire, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Il y a plein de qualités à avoir, je ne les ai pas toutes, c'est certain ! Il faut aussi que tu sois appréciée par toutes les joueuses et par le staff, que tu sois écoutée... Chaque groupe a aussi des besoins particuliers.


Vous êtes la quatrième Caennaise de suite capitaine : comment vous envisagez cet héritage ?

Au début, ça fait un peu peur ! Quand tu as 23 ans, passer après Odile Sorel, Stéphanie Provost et Estelle Sartini, des « monuments du rugby féminin » que tu as toujours regardé avec de grands yeux, tu te dis que ça va être dur ! Après, il ne faut pas essayer de leur ressembler mais être soi-même. C'est pour cela que je suis maintenue comme capitaine. Au début, ce n'est pas simple. Je ne m'attendais pas être capitaine aussi tôt. Mais tu prends tes responsabilités et le vis à 300 %.


A 25 ans, avec le vécu que vous avez déjà, est-ce que vous ne vous dites pas « moi aussi je peux devenir un "monument du rugby féminin" » ?

Est-ce que je peux devenir un monument du rugby féminin ? Peut-être... ou peut-être pas ! (Éclat de rire) L'avantage de celles qui m'ont précédée est qu'elles ont pu évoluer avec le rugby féminin. Elles sont parties de loin, du tout début, et elles ont progressé avec le rugby féminin. À l'heure actuelle, le rugby féminin est arrivé à un stade où la charge des entraînements, l'effort demandé aux joueuses, n'est pas celui qui était demandé il y a dix ans. Je ne pense pas pouvoir égaler en termes de nombre de sélections ou d'années en équipe de France Estelle ou Steph'. Si je peux, si mon corps et ma tête le veulent toujours, tant mieux. Mais quand tu as connu le haut niveau pendant un certain temps, tu as certainement envie de faire un break au bout d'un moment. Pour le moment, je vais faire cette première coupe du Monde. Si je peux en vivre une deuxième, j'irai la vivre !

 

Photos de l'interview : Solveig de La Hougue

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