Aurélie Bonnan, Dame de coeur (1)

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Aurélie Bonnan, formée à Tarbes depuis l'âge de quinze ans, n'était pas partie pour devenir professionnelle. C'est à treize ans qu'elle découvre ce sport par l'intermédiaire d'une cousine, elle y joue ensuite au collège puis fait rapidement partie de la sélection des Landes. « J'y ai été envoyée au bout d'un an de basket, autant dire que quand les filles faisaient leurs trucs, moi, j'apprenais à faire des lay-up ! »

Son gabarit, par forcément grand mais déjà impressionnant, et ses progrès rapides la mènent jusqu'au centre de formation où elle découvrira, auprès des pros, l'éloignement familial, la vie en collectivité et le basket de haut niveau. Elle sillonnera ensuite la France, avec un passage éclair dans l'ouest de l'Espagne. Tarbes, donc, puis Bordeaux, Mondeville, Tarbes, Montpellier et enfin Mondeville de nouveau où elle a signé pour un an. Entre grands bonheurs et petits déboires, Aurélie Bonnan lève le voile sur certains points cruciaux de sa carrière.

Cette interview, basée sur la carrière de la joueuse mondevillaise, est la première partie d'un plus long entretien. La suite, plus axée sur la joueuse et sa personnalité, paraitra demain (vendredi).


Est-ce qu'on peut parler un peu de ton aventure hors de France ? Cela ne s’est visiblement pas très bien passé en Espagne ?

Non ce n’est pas que ça ne s’est pas bien passé. Je suis partie d’ici, j’avais fait une bonne saison, j’avais envie de voir autre chose, de changer. J’ai eu l’opportunité de jouer à Salamanque. Je signe au mois de mai. Au mois de juin, mon agent m’appelle en me disant, « ils ont signé une joueuse espagnole » qui soi-disant devait jouer sur le poste trois mais qui en fait était la même joueuse que moi mais " version espagnole ". Avant qu'elle ne revienne de l'équipe nationale, je jouais beaucoup, en moyenne trente minutes par matchs. Je m’entendais super bien avec le coach (qui est aujourd’hui le coach de Cracovie), je m’étais super bien intégrée, je commençais à intégrer l’espagnol et, à partir du moment ou les autres sont arrivées, je suis passée de trente, trente-cinq minutes en matches de préparation à 5-10-15 minutes. C’était dur pour le moral, j’avais 23 ans et  gagner de l’argent à la fin du mois, ça ne me suffisait pas. J’ai dit à mon manager, « ça ne m’intéresse pas de jouer 10 minutes ». Tarbes m’a appelée, c’est le club qui m’avait formée donc dans l’urgence, j'y suis partie. Voilà, mon erreur a été de me précipiter et de partir trop vite, même Hervé, m’avait dit « sois patiente ». Je n’ai pas voulu être patiente et mon coach de l’époque m’a dit qu’on lui avait un peu imposé une joueuse, qu’il n’avait pas le choix. J’ai passé une année très difficile ensuite à Tarbes, autant mentalement que physiquement. Oui, j'ai des regrets parce que je pense que j’aurais pu bien m’éclater dans le championnat espagnol. J’ai fait une erreur, mais maintenant, c’est fait.

À Mondeville, tu étais pourtant dans une bonne période. Pourquoi partir ?

Ça faisait trois ans que j’étais là et je pense que j’étais arrivée à un point où j'avais besoin de me relancer des défis. Je n'étais pas entrée dans une...lassitude mais voilà j'étais un peu pépère, j'avais besoin de voir autre chose, de travailler avec d’autres gens, de voir un autre basket. Il était temps, après trois ans, de se séparer et que d’autres gens arrivent ici.

Aller à l’étranger, c’était important pour toi ?

Oui, sincèrement, oui. C’était un souhait parce que je suis en France depuis l’âge de 15 ans, j’ai un peu fait le tour et j’avais envie de voir autre chose. mais c’est vrai que ça m’a un peu calmée parce que je pense que je suis capable de jouer à l’étranger. J’étais déçue parce que j’attendais beaucoup plus de moi-même. En plus, Salamanque était une ville super, le coach était vraiment bien, les Espagnols très accueillants et c’est vraiment moi qui ai pété un plomb. Après, je pense que j’étais jeune...

Parlons un peu de l'équipe de France. Tu as fait les jeunes, les A' et...

(elle coupe) et voilà ! (Silence).

Pourquoi ?

Ça, il faut le demander aux entraineurs. Alain Jardel m'a dit une fois, « tu es une joueuse de club, tu n'es pas une joueuse d'équipe nationale », qu'est ce que j'ai eu d'autre, « tu es trop petite pour ton poste de jeu » ou « tu ne corresponds pas forcément à une complémentarité que l'on veut avoir en équipe de France ». Je ne suis pas arrivée à un moment où il y avait un renouvellement de génération non plus. J'ai peut-être aussi manqué d'ambition. Autant, je suis la première à regarder les matchs de l'équipe de France, parce que je suis fière de mes potes,  contente de les voir et je suis la première à les encourager et les appeler après les matchs, autant pour moi, ça n'a jamais été une priorité.

Tu ne l'as pas mal vécu ?

Pas du tout. Sauf une année. ça s'est joué entre Caro (Aubert, ndlr) et moi, au dernier moment ils ont voulu prendre une troisième meneuse, ce qui était logique. Cette année-là, j'avais fait un mois et demi avec les A', deux mois avec les A et la veille de partir à la compétition, on te dit « tu ne pars pas ». Ça m'a un peu tuée. Quand j'avais entre 20-25 ans, aller m'entrainer, faire tout le truc, oui. Mais maintenant...Pierre Vincent a bien compris que ce n'était plus une priorité. D'autant plus qu'il y a de la qualité, des jeunes.

Mais tu gardes tout de même de bons souvenirs de tes sélections avec les jeunes ?

Des super souvenirs, ce sont des moments extraordinaires ! J'ai eu la chance de faire les Championnats du Monde, d'Europe, les Jeux Méditerranéens, je me suis éclatée. On est encore beaucoup de notre génération à jouer en Ligue Féminine et on en parle beaucoup entre nous.

 


Comment vois-tu le championnat français, il a évolué depuis que tu y joues ?

Je pense qu'il a été très très fort il y a plusieurs années, il a baissé ensuite et maintenant il est plus homogène. Il y a plus de bonnes joueuses dans tous les clubs qui sont plus structurés et arrivent à trouver des moyens. Il y a moins de gros écarts comme il pouvait y avoir auparavant deux équipes  régnaient en France. En même temps, beaucoup des meilleures joueuses françaises sont parties jouer à l'étranger. Les joueuses sont attirées par un peu tous les clubs, il y a plus d'intérêt maintenant dans le championnat. Quand tu vois qu'on fini quatrièmes sur la dernière journée l'année dernière, c'est qu'il y a vraiment beaucoup d'intérêt.

Tu as signé un an à Mondeville. Comment vois-tu l'avenir ?

Je suis en train de monter un dossier pour essayer d'entrer dans une école de kiné. Je n'ai que 27 ans mais ça fait un moment que je suis dans le milieu et je commençais à me demander un peu ce qui pourrait me plaire. En parlant avec mes proches, je me rends compte que ça pourrait vraiment être un truc qui me boosterait, donc j'essaie de monter un dossier pour les sportifs de haut niveau, j'attends d'avoir des nouvelles. Ça n'a pas forcément beaucoup de chances d'aboutir la première année, mais on verra en fonction de la réponse. Je n'ai voulu re-signer qu'un an parce que je ne sais pas du tout ce qu'il en sera, si j'aurai envie de rester là, de rentrer dans le sud, si je trouve une place dans une école....Pour l'instant, c'est très flou.

As-tu déjà songé à devenir entraineur ?

Non, autant à un moment je m'étais dis, pourquoi pas, autant maintenant, non. Peut-être pour le plaisir, plus tard, mais pour en faire mon métier, non. Parce que je n'ai pas envie d'avoir la même vie  au bord du terrain.

Donc, pour résumer, l'année prochaine, c'est soit Mondeville, soit le sud ?

J'en sais rien, imagine le Spartak Moscou m'appelle pour 80 000€ par mois, pour aller couper les oranges, on ne sait jamais. Ou, tu peux jouer contre un club en Euroligue et faire le match de ta vie...Mais sincèrement, là, c'est trop tôt. Les questions sur l'après, tu commences à te les poser au mois de  janvier.

Que penses-tu de l'équipe cette année ?

L'équipe est très bien, elle vit bien, le groupe s'entend bien, les filles sont cool, c'est un groupe chouette cette année. Je suis très agréablement surprise des nouvelles surtout Aija (Brumermane, ndlr) que je ne connaissais pas.

Si tu devais retenir deux ou trois moments forts, moments clés de ta carrière, ce serait quoi ?

Le finale du championnat de France avec Montpellier, c'était la première de ma vie, c'était énorme. On était un super groupe, une bande de potes qui jouaient ensemble. La petite finale aux championnats du Monde avec les -20 ans où on finit troisièmes, c'était un moment extra. Il y en a tellement, des matchs qui m'ont faite vibrer ! La finale de la coupe d'Europe avec Tarbes, j'avais 17 ans, des matchs qu'on a gagné ici qui étaient extraordinaires. Un match comme hier soir (contre Krakow en Euroligue, ndlr), enfin, où tu vois toute la salle de Mondeville debout, tu attends ça depuis un mois. Je me souviens d'un match ici où on bat Valenciennes, et puis le match à Bourges la même année où on est menées à la mi-temps de 15 points et où on gagne de 15 points, on était sur un nuage.

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