Loïc Letellier, un homme presque ordinaire

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Le 31 octobre dernier, Loïc Letellier devenait champion de France de semi-marathon pour la première fois de sa carrière, lui qui avait déjà décroché trois sacres nationaux sur des distances moins longues. L'occasion était belle d'aller à la rencontre du Mondevillais, apprécié pour sa simplicité et son humilité. Et de tenter de mieux comprendre ce qui peut animer un athlète de sa trempe.


Qu'on se le tienne pour dit, Loïc Letellier est « un monsieur tout le monde ». L'athlète quadruple champion de France ne fait pas dans la fausse modestie quand il l'affirme, sincèrement surpris que certains en doute.


Il y a pourtant de quoi se poser la question. Loïc Letellier, c'est quatre titres de champion de France senior (deux sur 5 000 mètres, un sur 10 000 mètres et un autre sur semi-marathon, décroché fin octobre), autant de deuxièmes et troisièmes places nationales, plusieurs sélections internationales, dont l'une déboucha sur une douzième place au championnat d'Europe... Le palmarès peut faire frémir d'envie bon nombre de sportifs, d'autant plus qu'il a été forgé dans des disciplines où la concurrence est vive. Loïc Letellier l'observe avec recul et sourit à l'évocation de sa carrière internationale : « j'ai déjà du mal à m'exprimer sur la scène nationale, alors... ».


Loïc Letellier est un monsieur tout le monde presque troublé que « les jeunes [le] voient comme un exemple ». Quand il retire les baskets, « il est facile à vivre mais il a son caractère », témoigne sa compagne, Graziella. « Je suis plutôt timide, réservé et introverti, avance-t-il. Je ne suis pas très expressif, même si j'en ai gagné. » Sur les routes, les pistes ou les chemins boueux, c'est une autre histoire. Loïc Letellier est un teigneux. « On n'a pas de cadeau à faire, justifie-t-il. La performance dépend en partie de notre force de caractère. »


« Le but du jeu, c'est d'aller au bout de soi-même »


De la volonté, il en faut beaucoup pour s'imposer comme l'un des spécialistes du demi-fond et du fond français. Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, Loïc Letellier s'astreint à un programme d'entraînement ardu. Comme un monsieur tout le monde d'aujourd'hui, il passe sa vie à courir. Pas derrière l'argent ou la gloire; plutôt après le temps. Son obsession ? Le chrono. Il ne compte pas les sacrifices pour toucher du doigt la fierté d'avoir battu son record ou la satisfaction d'avoir repoussé ses limites. « Le but du jeu, c'est d'aller au bout de soi-même. C'est vrai qu'on est un peu sado ! »


Le plaisir de ces forçats de la route serait-il dans la souffrance comme dans le résultat ? Complexe, la question ne peut accueillir de réponse simple. Pour Loïc Letellier, la performance finale est toutefois au coeur de son approche du sport. Il entretient d'ailleurs une étrange relation avec ce qui est d'abord son métier. « Je suis persuadé que si je n'avais pas eu de résultats, j'aurais abandonné l'athlétisme. La course à pied ne m'attire pas plus que ça. Ça ne me manque pas quand je coupe, l'été. À la base, ce n'est pas forcément une passion, même si j'ai été obligé de m'y intéresser comme j'entraîne des personnes. Il y a de la lassitude parfois, je me demande pourquoi je n'ai pas une vie comme tout le monde... » Le caporal-chef dans le 7ème Bataillon des Chasseurs Alpins a même été longtemps habité par un sentiment de culpabilité, lui qui vivait du sport quand il a toujours vu son père travailler dur dans la boulangerie familiale. « J'avais l'impression de "voler" la société en étant payé pour courir. C'est moins le cas quand les résultats sont là. Mais je dois tout à l'armée, mon employeur, et j'ai toujours l'objectif de lui rendre ce qu'elle me donne. »


Il y a toutefois des moments qui font oublier les interrogations, à l'image de ce premier titre sur 5 000 mètres en 2002 où l'entraîneur et son coureur « sautent partout ». Au-delà des médailles et des distinctions, il y a aussi cette sensation, rare. « Des fois, on se sent léger, libéré, les choses se goupillent toutes seules, sans qu'on ait l'impression de forcer. » Et puis cette récompense, « un rêve qui se réalise » quand on représente pour la première fois son pays, la France.


Débuts tardifs et tonitruants


Aujourd'hui, « pour des raisons qui [lui] sont propres », ce n'est pourtant plus le maillot français qui parcourt les songes de l'athlète bas-normand. À 34 ans, Loïc Letellier a un souhait plus fort : réussir enfin au championnat de France de cross. Il a bien l'intention de dompter sa « bête noire » avant de raccrocher les pointes, ce qui, de toute façon, est loin d'être à l'ordre du jour. « Le cross est vraiment le gros point noir de ma carrière. Je ne demande pas d'être champion, juste de courir à ma vraie valeur... Je me mets trop de pression et je ne m'impose pas assez sur la ligne de départ, où c'est vraiment la foire d'empoigne. Mais cette année, ça va changer ! »


Loïc Letellier a quatre titres nationaux et deux participations aux Mondiaux de cross en poche, mais cela ne l'empêche pas de garder de beaux défis en tête. Il a bien fait de changer d'avis quand, à ses débuts, il avait assuré qu'il arrêterait l'athlétisme après sa première sélection internationale. Certes, il ne pouvait pas prévoir qu'elle interviendrait dès l'année suivante, lui qui avait essayé ce sport à 18 ans pour que le camarade qui le tannait depuis un an le laisse enfin tranquille. Les entraîneurs de Mondeville, club où il est toujours licencié, ont dû toutefois percevoir le potentiel du jeune homme quand, trois jours après avoir signé sa licence, il remportait les départementaux juniors de cross. Loïc Letellier a alors progressivement remisé les crampons au placard (il faisait du foot... « mais ne paierai[t] jamais une place pour aller voir les footeux ! ») pour ne plus se consacrer qu'à l'athlé. Il n'a pas eu à s'en plaindre. Si sa compagne, qui se définit comme « pas sportive du tout », « continue à [se] demander pourquoi il se défonce autant », lui mesure sa chance d'exercer cette activité. « On ne peut pas rêver mieux. » Même dans la neige et les températures négatives ? « C'est plus dur, mais tout métier a ses contraintes... »


Loïc Letellier a terminé quatrième du championnat de France de l'Armée de terre, il y a dix jours. Le week-end dernier, il a fini 17ème du cross de l'Acier et a donc manqué la qualification pour le championnat d'Europe. Les championnats de France de cross, son objectif majeur pour 2011, se dérouleront du 25 au 27 février.

 

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