La farouche volonté de Jimmy Devaux

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Dans sa quête délicate d'un maintien en Pro B, le Caen TTC ne peut plus compter que sur trois joueurs en cette fin de saison. Aux côtés de deux petits nouveaux, arrivés l'été dernier, Jimmy Devaux est un fidèle du club bas-normand. Ce sportif accompli, ancien footballeur et tennisman, a déjà connu une carrière faite de hauts et de bas. Moyen moins pendant longtemps, il a explosé à l'âge de 18 ans mais espère aujourd'hui un nouveau déclic.


À le croire, Jimmy Devaux n'a jamais été très doué pour le tennis de table. C'est dit avec ce sourire dont il se départit rarement, mais l'assurance qui l'accompagne n'est pas sans provoquer l'étonnement. Après tout, le Virois évolue en Pro B, la deuxième division française, et cela fait cinq ans qu'il côtoie le haut niveau. « Si je m'arrête un mois, je vais avoir des difficultés », justifie-t-il. Sa présence en équipe première du Caen TTC, Jimmy Devaux ne la doit pas à un quelconque don reçu à la naissance, ou bien très peu. C'est la volonté, avec tout ce qu'elle engendre d'efforts, qui l'a poussé vers le haut. « Le parcours de Jimmy, c'est la preuve qu'il faut toujours y croire quand un jeune est travailleur et motivé », assure son entraîneur Xavier Renouvin.


Xavier Renouvin connaît bien son élève. Il l'a découvert à ses débuts, quasiment. Si Jimmy Devaux doute être né avec des aptitudes particulières pour la petite balle blanche, il s'est pourtant rapidement distingué dans cette pratique. En cinquième, trois ans après ses premiers pas derrière une table, il intègre le pôle espoirs d'Houlgate. Finis le foot et le tennis, qu'il a longtemps pratiqués en parallèle. Désormais, le tennis de table concentre l'attention de ce grand sportif. Interne, il ne rentre que le week-end pour défendre les couleurs de son club, Vire. Un an plus tard, il franchit une étape supplémentaire en rejoignant l'un des cinq pôles France, celui de Caen. « La région n'était pas très forte et moi j'étais motivé, avance-t-il. Je voulais m'épanouir dans le sport. Je savais que ce serait difficile avec le foot, même si j'avais joué dans une bonne division. J'ai opté pour le tennis de table. »


« On n'est pas bon, on s'en sort pas... »


En dépit de sa présence aux côtés des meilleurs jeunes de Basse-Normandie et des régions avoisinantes, Jimmy Devaux est un joueur ordinaire. Non seulement il ne sort pas du lot, mais il est même plutôt à la traine. Le championnat de France ? Il y participe chaque année, et c'est toujours la même rengaine. « Je n'y faisais rien ! Je gagnais un match de temps en temps mais je ne sortais jamais de la poule qualificative. » Quand le pôle France de Caen ferme ses portes, il échoue dans sa volonté d'intégrer celui de Nantes. Le Caen TTC crée alors son propre centre de formation. Jimmy Devaux est de l'aventure. « Je suis entré au lycée Laplace, avec des horaires aménagés et des classes sportives. Pendant deux ans, j'ai logé chez l'habitant car c'était compliqué d'aller à l'internat. Ce sont mes meilleures années. » Devenu majeur, Jimmy Devaux est employé comme surveillant du pôle espoirs, qui a migré à Caen, et loge dans le gîte rural réservé aux jeunes pongistes. Le tennis de table, justement, où en est-il ? « Eh bien on n'est pas bon, on s'en sort pas, sourit aujourd'hui le joueur. On progresse, mais pas très vite. » Malgré son abnégation, Jimmy Devaux a parfois des coups de blues. Le réconfort ne vient pas du lycée. Jimmy Devaux, qui veut être prof de sport mais n'aime pas l'école, rate une première fois son bac, s'embrouille avec son établissement et repasse l'examen par correspondance, tout seul. « Je travaillais mes cours ici (au complexe sportif de la Haie Vignée, ndlr). La semaine, je ne pouvais voir personne, le week-end non plus puisque j'avais des compétitions en Nationale 2 : c'était la crise. »


Pourtant, Jimmy Devaux n'abdique pas. Son courage ne va pas tarder à être récompensé. « Très loin » lors des deux premières années chez les juniors, d'après son coach, il explose lors de la dernière en passant du niveau régional juniors à la Nationale 2 séniors. En un an, il franchit la N3, la N2 et la N1 juniors, cette dernière réunissant les 16 meilleurs français de la catégorie d'âge, jusqu'à parvenir dans l'équivalent de la deuxième division séniors (les douze meilleurs étant en N1). « Il y a eu un déclic », constate-t-il. Cette éclosion est accompagnée d'une première participation à la petite coupe d'Europe, en Autriche. « C'était une belle promotion. Là, tu te dis "je peux peut-être faire quelque chose dans le tennis de table". » Mais aux championnats de France juniors, que Jimmy Devaux aborde comme tête de série numéro 5, l'élimination en quart de finale est une déception. Les résultats en double et double mixte n'apportent pas plus de satisfaction. « J'ai joué sept matchs de suite en une journée, j'étais complètement cramé. »


« Mon moteur ? Briller avec Caen. »


Après une brillante saison, Jimmy Devaux rejoint le monde des séniors, non sans avoir passé un mois d'entraînement en Chine aux côtés de Xavier Renouvin. Il intègre le classement mondial autour de la 450ème place et signe un CDI au Caen TTC, où il s'occupe des plus jeunes. En 2006-2007, il débute en Pro B, jouant en alternance avec David Pille. La remontée du club l'empêche de s'exprimer au plus haut niveau, sauf à de rares occasions. Il a ainsi le privilège d'affronter Joo See Yuk, finaliste des championnats du Monde et numéro 7 mondial, son idole – « C'était énorme. J'ai eu son maillot ! » – et le champion Olympique Ryu Sang Min devant une salle comble fêtant le titre de son équipe, Hennebont. « J'avais zéro chances, se souvient Jimmy Devaux. On a fait le show, c'est un sacré souvenir. »


Le Virois n'a retrouvé que cette saison une réelle place en Pro B. A 24 ans, il espère un nouveau déclic, comme six ans plus tôt. « Je stagne depuis plusieurs années, je n'arrive pas à passer le cap supplémentaire, explique-t-il. Il faudrait que je sois encore plus rigoureux, que ma vie soit entièrement tournée vers le ping. C'est beaucoup de sacrifices, sans certitudes que cela suffise. » Très déçu de son début de saison, où plusieurs défaites à la belle l'ont mis « au fond du trou », Jimmy Devaux a su redresser la barre après l'automne. Chaque victoire est une « perf » pour le numéro 130 français. Mais elles sont peu nombreuses. « Il a encore plein de choses à travailler, ne cache pas Xavier Renouvin. À côté de ses atouts comme le service et le coup droit, il doit améliorer son revers. Il joue aussi trop loin de la table. » Combatif à souhait, celui qui dispose de son fan club au Palais des Sports les soirs de match aspire à intégrer le Top 100 national, quelque peu accaparé par les nombreux étrangers pratiquant en France. « Mon moteur, c'est briller avec Caen, affirme Jimmy Devaux. Je suis redevable au club, vu tout ce qu'il a fait pour moi, et à Xavier. Sans eux, je n'aurais pas réussi. Personne ne croyait en moi, moi j'y croyais. » Or il ne faut parfois pas beaucoup plus que ce préalable pour surprendre.


En plus des 12 heures d'entraînement par semaine, sans compter le travail foncier, et des entraînements auprès des plus jeunes, le suiveur attentionné du Stade Malherbe gère la communication et la recherche de sponsors pour le Caen TTC. Jimmy Devaux a de « vagues idées » quant à la suite, si elle ne s'inscrivait pas dans le club bas-normand. Une chose est sûre, son avenir sera toujours dans le sport, sa grande passion. Mais aujourd'hui, il « vit l'instant présent », dit-il. Celui-ci ne manque pas d'enjeux, à commencer par une difficile mission maintien en Pro B.

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