Fabien Delahaye : Marin moderne

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Fabien Delahaye est un jeune skipper normand. Trois ans après avoir décidé de se lancer de la course en solitaire sur son Figaro 2, le jeune navigateur caennais réalise depuis de très belles performances. 2010 fut un bon cru, 2011 démarre sur d’aussi belles bases. Mais s’il en est arrivé là aujourd’hui, ce n’est pas le fruit du hasard. L’homme est un vrai bosseur et se donne les moyens de ses ambitions. On l’a rencontré quelques jours après sa deuxième place sur la Generali Solo.

Le travail d’un marin d’aujourd’hui commence d’abord à terre. Paradoxalement, c’est là que tout se joue, que tout se décide. C’est là qu’une carrière se construit. Fabien Delahaye en est bien conscient. Et si son talent sur l’eau est indéniable, c’est sa capacité à sans cesse chercher à perfectionner chaque aspect de sa pratique et à s’ouvrir aux connaissances des autres qui font de lui un grand navigateur en devenir. « Un navigateur moderne ? On sait qu’avant ça marchait beaucoup par le relationnel, que les budgets étaient moins importants. Aujourd’hui il faut être beaucoup plus complet. Il y a une grosse gestion de projet à mener, une équipe à créer avec de vraies démarches, de la rigueur », explique l’intéressé. Ce projet, il le construit depuis plusieurs années et n’a de cesse d'y travailler pour le faire grandir.

Fabien Delahaye a 26 ans, des choses à dire, une tête bien pleine et surtout bien ancrée sur ses épaules. Car le skipper caennais sait où il veut aller et mène pour l’instant fort bien sa barque… enfin, son Figaro 2 ! Mais pour savoir comment il en est arrivé, à quelques jours de la Solitaire du Figaro, a truster la tête du classement du championnat de France, voyons d’abord d’où il vient.

Pas de parents férus de voile, pas de petite enfance au bord de l’eau, juste une opportunité, vers l’âge de 9 ans, de s’inscrire au club de voile de Ouistreham. La suite est logique : « tu y vas parce que tu rencontres des jeunes de ton âge, que ça devient un groupe de potes et puis petit à petit tu adhères au truc. Ça m’a tout de suite plu, j’aimais bien l’eau. Tu commences sur un petit bateau et tu grandis et tu changes de bateau, et tu grandis, …. c’est très varié, la voile. » Les compéts’ arrivent, d’abord locales, puis toujours plus loin. Jusqu’à courir pour l’équipe de France Espoirs et devenir sportif de haut niveau. « C’est super complet, tu vois plein de choses et tu pèses un peu la chance que tu as, par rapport aux autres, de faire ce que tu fais. Et puis voilà, si ça te plait, tu continues ». Il a continué. Jean Chiron, qui le connaît depuis ses débuts et qui travaille aujourd’hui avec lui dans la société qu’ils ont créé, a suivi Fabien tout au long de son cheminement. Ancien professeur d’éducation physique et travaillant à la Jeunesse et Sport, Jean Chiron a créé un pôle espoir de voile où Fabien est allé pendant huit ans. « Il a un jour décidé d’entrer dans la filière habitable et je l’ai aidé à monter son projet. La seule condition pour moi était qu’il finisse ses études », note l’ancien prof. « Lors de ma dernière année d’étude, j’ai vraiment tout fait, je me suis entouré, j’ai fait toutes les démarches pour essayer de trouver des partenaires, pour monter un projet concret et sérieux sur de la course au large en solitaire sur le Figaro. Et ça a marché puisqu’avant même d’avoir fini mon Master, on a signé le contrat avec Port de Caen-Ouistreham, on allait acheter mon bateau et un mois après mon diplôme, je créais ma société et j’étais parti », explique le navigateur qui n’aime pas perdre de temps.

 

« Plus le projet est construit et plus on passe du temps sportif »

 

Depuis trois ans, Fabien Delahaye dirige donc une structure et ses résultats démontrent avec quelle intelligence il mène cela. 1er bizuth dans toutes les courses auxquelles il a participé en 2009 ; vainqueur de la Transat Ag2r avec Armel Le Cleac’h, puis grimpant sur un podium lors de la Cap-Istanbul en 2010. En 2011, il enchaîne pour l’instant les deuxièmes places. Sa progression est rapide et même impressionnante. « Pour moi, c’est une saison qui démarre mieux que je ne l’aurais espéré », lance-t-il. Sa réussite ne tient cependant pas du hasard : « Il est volontaire, il a une bonne maîtrise de lui sur le bateau et il a une très forte combativité acquise depuis sa pratique du dériveur. C’est un gros travailleur », dit de lui son compère Jean Chiron. « Je pense être rigoureux et avoir de la méthode pour essayer de compenser l’expérience des autres. Je bosse beaucoup avec d’autres coureurs et tout ce qui me manque, je vais le chercher chez d’autres personnes qui sont compétentes », explique Fabien Delahaye. Un bourreau de travail sur l’eau (il passe 180 jours par an sur un bateau) et à terre. À terre, il faut savoir bien s’entourer, et en plus de trouver des sponsors, il est nécessaire de sans cesse approfondir les autres aspects de la navigation. « Le fond de métier, c’est la technique. Il y a beaucoup de choses à travailler. Autant de l’électronique, que de la mécanique. Je travaille beaucoup sur le développement du bateau, du matériel, des voiles, des quilles. C’est important », explique le skipper qui cherche sans cesse à peaufiner le moindre détail technique. Le très pointilleux navigateur est par exemple précurseur dans le domaine des voiles sur son Figaro 2. Il fait très régulièrement réviser son bateau et travaille en étroite collaboration avec le chantier V1D2, basé à Caen. « En Figaro, on a tous le même matériel. Tout est identique et on a des mesures à respecter. Après, on joue sur les voiles, sur des petits volumes qui ne vont pas être au même endroit, sur des finitions. On travaille avec les voiliers, les designers, en fonction de ce qu’on recherche, de nos sensations. Deux voiles identiques ne donneront pas les mêmes résultats, l’un pourra aller très vite et pas l’autre. Ça dépend de la façon de naviguer de la personne. Il faut s’adapter », raconte-t-il.

 

« Je pense être un bosseur. Sinon, on avance moins vite »

 

Le travail passe aussi par la pluridisciplinarité. Fabien Delahaye ne se cantonne pas à son Figaro, il aime jouer sur d’autres tableaux pour apprendre, toujours. « Je me laisse la possibilité en dehors du Figaro d’aller toucher un peu à toutes les grandes courses de renom et d’aller sur des projets qui vont me rapporter de l’expérience pour progresser et envisager le futur plus sereinement », raconte-t-il. Le tour de France à la voile en équipage où il est actuellement, en tant que navigateur et la Normandy Channel Race (en double avec Bruno Jourdren sur un 40 pieds) sont deux exemples parmi beaucoup d’autres. Tout ça pour quoi ? à plus long terme, imiter les plus grands, les Tabarly, Desjoyeaux, Le Cléac’h, qui ont brillé et brillent encore sur « la plus belle des courses », selon le jeune marin : « le Vendée Globe. C’est l’exercice ultime en solitaire, c’est très complet. Celui qui arrive à gagner un Vendée, c’est quelque chose ». Plus qu’un rêve désormais, c’est un projet dans la tête de Fabien qui commence déjà à travailler sur cela pour 2013-2016. « La reconnaissance, elle passe par la valeur du marin et ça passe par la navigation en solitaire ».

 

« Disons qu’un bateau qui va vite, ça ne sert à rien, un bateau qui va vite au bon endroit, c’est un bateau qui gagne »

 

Mais c’est également dans le caractère que l’homme se démarque. Il aime être en tête, il aime avoir le statut de favori, de meneur de flotte. Depuis un an, il est passé du statut de bizuth à celui d’outsider puis celui d’homme à surveiller. Et ce n’est pas pour lui déplaire ! « Je me sens vraiment observé, regardé sur le plan d’eau. Mais ça, c’est plutôt agréable parce que ça donne un statut de meneur de flotte. Du coup, ça me donne beaucoup plus confiance en moi dans mes choix parce que je sais que les autres regardent et accompagnent presque. Et ça donne de l’assurance et de la sécurité parce que finalement la prise de risque est limitée puisque les autres suivent », lance le skipper. Sur la Generali Solo, sa dernière course terminée à la deuxième place, il a sans cesse été sur le podium. « Ce qui a payé, c’est la régularité. Pour moi, c’était top, je n’ai jamais lâché, et j’étais toujours aux avant-postes », explique-t-il.

Voilà. Celui qui a fait un Master en management, marketing et évènementiel sportif et a validé un BE2 de voile trace sa route et semble savoir où aller. La voile est devenu son métier à temps plein, mais reste avant tout sa passion. Ce marin moderne de 26 ans a tout pour aller loin.

 

 

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