Lætitia Kamba apprend vite

Envoyer Imprimer PDF
Lætitia Kamba ne sera pas dépaysée samedi soir au moment de disputer son sixième match officiel sous les couleurs de Mondeville. L'intérieure devenue récemment ailière retrouvera son ancienne salle au Hainaut Basket, club qu'elle a fréquenté durant quatre saisons avant de poser ses valises en Basse-Normandie. Si c'est dans le nord qu'elle a découvert le haut niveau, jusqu'à entrouvrir les portes de l'équipe de France, c'est à l'USOM qu'elle doit franchir un nouveau cap.


Lætitia Kamba rêve d'apprendre à dunker et à la voir s'élever au-dessus de tout le monde pour capter un ballon à la trajectoire imprécise, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle n'en est peut-être pas si loin. Quand elle est sous le panier, du haut de son mètre 87, c'est elle qui règne. « Elle est un peu "intimidator" dans la raquette », présente Hervé Coudray. Dotée d'une détente impressionnante, la longiligne parisienne s'appuie d'abord sur des qualités physiques hors du commun dans sa pratique du basket. « C'est une des joueuses les plus athlétiques du championnat », assure son entraîneur. « Merci maman, merci papa », répond-elle dans un éclat de rire. Tant pis pour les muscles saillants, pas jugés des plus esthétiques par la coquette demoiselle. « Heureusement, en été ça fond ! »


Ces prédispositions génétiques n'avaient pas échappé à ses premiers formateurs. À ses débuts dans le basket, en banlieue parisienne, Lætitia Kamba avait « un seul job : prendre des rebonds ». C'était une palette sans doute trop restrictive pour attirer les regards extérieurs. Pas de sélection régionale en vue, encore moins de centre de formation. Cette fille d'anciens boxeur et handballeuse originaires du Zaïre (actuellement le Congo-Brazzaville) était « tranquille dans sa petite cité », entourée d'une famille qui est son bien le plus précieux. Les stars du basket, cela lui parlait peu, comme les autres aspects de ce sport qui n'était rien d'autre qu'un loisir entre copines, connu en CP.


L'équipe de France des - 18 ans en Nationale 3


Progressivement, la balle orange commença toutefois à prendre un peu plus d'importance. À 17 ans, Lætitia Kamba quittait même sa famille pour suivre une passion qui l'emmenait du côté de Wasquehal. Brahim Boullane, alors coach de cette formation de Nationale 3, avait perçu le potentiel de la jeune fille. Après avoir rassuré une maman réticente, le « grand frère » prit Lætitia Kamba sous son aile dans le Nord. Il lança véritablement sa carrière. « Il m'a tout appris, même si j'ai encore beaucoup de travail à faire. » En N3, les choses s'accélèrent franchement pour Lætitia Kamba. Là, quelques regards se tournent vers elle, dont celui d'un certain François Gomez, sélectionneur de l'équipe de France des moins de 18 ans. À la recherche d'une intérieure, il la supervise sans qu'elle le sache (« c'était quand même bizarre, mes coéquipières avaient un comportement inhabituel ! ») et la pré-sélectionne. « Quand tu vois que t'es dans la liste, avec toutes les filles de l'INSEP et quelques unes des centres de formation, tu te dis "ouah...". » Lætitia Kamba est la seule à évoluer en Nationale 3, alors le quatrième échelon français. « Techniquement, elles étaient trop fortes, et moi je savais à peine dribbler ! Je ne m'attendais pas à être sélectionnée. »


Le premier stage fut pourtant celui qui amorça l'aventure en bleu, synonyme de « bonheur » et de médailles (quatre en bronze, acquises entre 2005 et 2007 lors d'Euros juniors puis espoirs et d'un Mondial espoirs). Mais la sélection nationale, aussi « énormissime » soit-elle, ne fait pas tourner la tête de la désormais Nordiste. Tarbes et Mondeville la veulent, elle refuse. « Elle n'avait pas osé franchir le pas », se souvient Hervé Coudray. Lætitia Kamba, aujourd'hui âgée de 24 ans, veut procéder par étapes. Ce n'est qu'après trois saisons passées à Wasquehal, dont la dernière en Nationale 2, qu'elle se sent prête à affronter la Ligue féminine. Elle reste dans le Nord et rejoint Saint-Amand. Entre fusion (avec le grand Valenciennes), Euroligue et Nationale 1, les trois premières saisons sont animées et surtout formatrices. Quand elle retrouve la LFB, avec le même club, la saison dernière, Lætitia Kamba a franchi un cap. « Je pensais que je serais en rotation mais en fait j'étais dans le cinq. » Elle termine l'exercice avec 8,4 points et autant de rebonds en moyenne, titre honorifique de meilleure Hennuyère à la clé. Comme souvent dans des circonstances semblables, ou quand elle signe un panier à trois points, elle est « surprise » d'une telle réussite. Les observateurs le sont moins quand ils la voient convoquée en pré-sélection, chez les grandes cette fois. Lætitia Kamba retrouve Ingrid Tanqueray, avec qui elle avait vécu ses campagnes chez les jeunes, mais n'est pas retenue pour le championnat d'Europe.


« Très satisfait de son comportement » (Hervé Coudray)


C'est peut-être à Mondeville que l'équipe de France lui ouvrira pleinement ses portes. La grande amie de Sandrine Gruda, l'une des meilleures pivots en exercice, a rejoint la Basse-Normandie l'été dernier avec la volonté de franchir une nouvelle étape majeure dans sa vie de basketteuse. Son très bon début de saison laisse à penser qu'elle est bien partie pour y parvenir. « J'ai fait le point avec elle cette semaine et je lui ai dit que j'étais très satisfait de la manière dont elle se comportait sur le terrain comme en-dehors, souligne Hervé Coudray. J'apprécie sa façon de voir les choses et son éthique de travail. » Décalée au poste d'ailière alors qu'elle avait toujours évolué au plus près du panier, Lætitia Kamba s'adapte rapidement à son nouveau rôle. « Si elle parvient à stabiliser son tir extérieur, ce sera un pur bonheur », prédisait Corinne Benintendi, son entraîneur au Hainaut, il y a un an. Dans ce secteur, comme en défense, elle s'en rapproche. « J'ai progressé dans le shoot extérieur. J'en prends et ça rentre, alléluia ! » A ce rythme-là (11,6 points et 7,8 rebonds par match en moyenne cette saison, pour 16,2 d'évaluation), le maillot bleu n'est peut-être pas très loin. « Je connais une numéro 3 de sa taille et avec ses qualités athlétiques, c'est Jennifer Digbeu et elle est en équipe de France, indique Hervé Coudray. Elle peut intégrer l'équipe de France à ce poste, alors qu'il y a beaucoup plus de concurrence à l'intérieur. »


Lætitia Kamba ne lésinera pas les efforts pour atteindre ce but. « Je me suis toujours dit que le travail payait. » Les faits lui ayant donné raison jusqu'à présent, au vu de la progression linéaire qui est la sienne, on devine qu'elle n'est pas près de changer son fusil d'épaule. Cet été, elle est partie s'exercer dans un camp de basket à Dallas, preuve de sa motivation. « Muscu à fond... j'étais obligée ! » Avec une expérience au haut niveau relativement récente (elle a trois saisons de LFB dans les jambes dont une seule avec un temps de jeu conséquent), Lætitia Kamba dispose d'une marge de progression encore très importante. Sa volonté de faire toujours mieux (« Je suis très perfectionniste, je ne suis jamais satisfaite de moi. ») est parfois poussée à l'extrême. « Elle a besoin d'être soutenue. C'est mon rôle de coach que de la faire positiver », explique Hervé Coudray.


Si elle s'investit pleinement dans sa passion, Lætitia Kamba n'en garde pas moins la tête solidement ancrée sur les épaules. Cette aînée de cinq soeurs (« c'est mon père qui subit ! »), dont deux autre petites basketteuses, sait combien le basket peut être fragile. Elle a prévu sa reconversion de longue date. « Depuis que je suis au collège je veux être infirmière. C'est important de savoir ce qu'on veut faire. Il y a des jeunes pour qui c'est basket, basket, basket. Le basket, c'est bien, mais il ne faut pas oublier qu'on ne va pas y passer sa vie. » La jeune femme a reçu récemment ses cours préparatoires au concours d'infirmier, qu'elle compte passer dans trois ans. Elle va pouvoir diversifier ses lectures, un peu trop centrées sur les « trucs pour filles, comme Public, Glamour ou Gossip Girl ». Lætitia Kamba a toujours préféré les chiffres à la littérature. Elle a l'habitude de les mettre en valeur sur les parquets de basket.

Commentaires (0)
Seul les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire!
 

Aidez-nous !

Vous souhaitez contribuer à la pérennité et au développement de Sport à Caen ? Aidez-nous !

Contact

Vous souhaitez :

- Écrire des articles ?
Communiquer des informations ?
-
Devenir annonceur ?

Contactez-nous : redaction@sportacaen.fr