Onze ans après, une page se tourne pour Yuan Zheng

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Cela fait vingt ans que Yuan Zheng démontre ses talents de pongiste dans les salles du monde, d'Europe et de France avec une constance qui force le respect. À 37 ans, la Chinoise naturalisée française fait encore partie des meilleures joueuses évoluant sur le sol tricolore. Fidèle à Mondeville depuis onze ans, la fin de l'aventure a un goût amer pour elle, qui n'aura quasiment pas joué de la saison en raison de sa grossesse.


Elle fut l'une des meilleures pongistes de la planète. Mais quand on l'interroge sur sa longue et belle carrière, Yuan Zheng, modeste, ne s'attarde pas sur ces lointaines années. « J'ai atteint le plus haut haut niveau entre 1990 et 1993, se remémore-t-elle. J'ai été numéro 10 mondiale et j'ai fait un quart de finale aux championnats du Monde en 1993. J'ai aussi eu une médaille d'or par équipe et d'argent en double aux Jeux de Chine, qui ont lieu tous les quatre ans et qui sont très importants dans ce pays. » Le palmarès de Yuan Zheng ne s'arrête pourtant pas là, puisqu'il est riche notamment d'un titre de championne de Chine, ce qui n'est pas loin d'équivaloir à un sacre mondial quand on connaît la qualité du tennis de table chinois.


Après avoir commencé ce sport « sur le tard », à l'âge de 9 ans, Yuan Zheng a évolué pendant cinq ans en équipe de Chine, disputant des compétitions un peu partout dans le monde. En 1994, elle décide pourtant de quitter son équipe nationale. C'est un tournant dans sa carrière. « Il y avait beaucoup de pression, beaucoup de concurrence en Chine. À un moment donné, je n'en voulais plus. Et puis je me suis mariée au mois d'août de cette année 94 et nous nous sommes installés en France. » Yuan Zheng peut davantage profiter de l'existence. Mais les grands tournois, y compris les championnats du Monde, sont maintenant terminés pour elle. En quittant la Chine, elle s'est engagée par écrit à ne pas concourir sous de nouvelles couleurs. Tant pis pour la Suisse, qui souhaitait sa naturalisation. Et pour elle, qui ne goûtera plus aux plus grands évènements internationaux. « J'ai regretté ma décision de quitter l'équipe nationale. Mais j'étais jeune et les entraînements étaient très durs... »


2009, l'année noire


En 1994, après une coupure de six mois liée à une blessure puis à son mariage, Yuan Zheng rejoint le club de Montpellier où elle restera quatre ans. Elle signe ensuite à Mondeville. C'est le début d'une très longue histoire. Fait rare dans le milieu du tennis de table, la Chinoise naturalisée française enchaînera en effet onze saisons sous les couleurs mondevillaises. « Je suis quelqu'un de très sensible, explique-t-elle. Pourquoi partirais-je alors que je me sens bien ici ? Je n'aime pas changer souvent. »


La défenseuse a tout connu à l'USOM. Les débuts dans la Halle Bérégovoy, inaugurée en 1999, les trois championnats de France remportés entre 2004 et 2006, les épopées européennes, les grandes ambiances... Autant d'éléments qui justifient tous les « sentiments » qu'elle ressent pour le club. Mais Yuan Zheng a vécu des moments beaucoup plus durs en Basse-Normandie, à commencer par cette « année noire » traversée en 2009. Un mois avant l'accident de voiture qui a très durement frappé l'équipe (Sandra Paovic est toujours en rééducation plus d'un an après), elle a en effet eu la douleur de perdre son père.


Parallèlement, Yuan Zheng a pris du recul à Mondeville. Elle a cédé sa place de capitaine à Jing Zhang, en l'absence de coach. Elle a aussi cessé d'entraîner les enfants mondevillais, préférant apporter son expérience au « petit club très sympathique » d'Houlgate. Avant même l'annonce de la disparition prochaine de l'équipe professionnelle de l'USOM, les choses s'étaient compliquées. « Je me suis dit que ça allait mal tourner », précise Yuan Zheng, pointant un manque de communication entre dirigeants et joueuses. Mais la fin « brutale » d'une formation qui a brillé tant en France qu'en Europe ne peut être que « difficile à accepter ». Yuan Zheng, seule joueuse à habiter sur place, comprend les arguments de la mairie mais regrette une décision hâtive qui fait « mal au coeur ».


« Je peux encore jouer trois ou quatre ans »


Elle se souviendra de sa dernière saison mondevillaise à plus d'un titre puisque, en plus de ce triste dénouement, elle n'aura participé qu'à quatre journées de championnat. Enceinte d'un deuxième enfant – une petite fille annoncée pour le mois de mai – elle n'a pris aucun risque et arrêté la compétition au mois de novembre. Un bonheur personnel mais un coup dur pour l'équipe, privée de la numéro 10 française. « C'est vrai qu'elle tourne un peu moins bien, mais ce n'est pas la catastrophe non plus », rétorque-t-elle.


À 37 ans, Yuan Zheng a l'intention de reprendre le tennis de table après son accouchement. « Si je garde l'envie, je peux encore jouer trois ou quatre ans, estime-t-elle. J'aimerais trouver un club pas très loin d'ici, et, peut-être ne jouer qu'une moitié de saison pour rester plus longtemps avec mes enfants. Mais il n'est pas impossible non plus que Mondeville soit mon dernier club... »


Contente de sa carrière, même si son départ de l'équipe de Chine l'a peut-être privé d'un titre de championne du Monde, Yuan Zheng est d'abord une maman, attentive à ce que le tennis de table n'empiète pas sur sa vie familiale. Une maman qui suit de près les performances de son fils Dorian, neuf ans, pongiste comme ses parents. « Il a beaucoup progressé et il est très motivé », dit-elle de lui. La famille Zheng est loin d'en avoir fini avec la petite balle !

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