Jean-Luc Hamon, champion de kung-fu

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Nous poursuivons notre galerie de portraits d'athlètes caennais aussi performants dans leur discipline que peu connus du grand public. Aujourd'hui, nous faisons connaissance avec Jean-Luc Hamon. Cet étudiant de 23 ans est vice-champion d'Europe de kung-fu, un art martial dont il parle avec passion.


À travers quelques questions courtes et précises, nous tentons de découvrir l’univers et la personnalité de sportifs caennais en devenir. Ils sont chacun champions et grands espoir de leur sport qu’ils vivent avec passion et détermination. Ils dévoilent, au fil de leurs réponses l’amour de leur sport, leurs motivations et leurs objectifs pour l’avenir. Ils nous ouvrent de plus les portes de leur espace d’entraînement.


14 juin 2010

D’abord, qu’est-ce que le kung-fu ?

Le kung-fu est un art martial chinois datant de 1500 ans. Il a été créé par un moine Indien qui, lors d’un voyage en Chine, a remarqué que les moines de Shaolin, bouddhistes, méditaient beaucoup mais que leur corps ne supportait pas la méditation toute la journée. Il a donc voulu renforcer leur corps par des exercices de gymnastique. Le développement et l’évolution se sont ensuite fait au fil des siècles. C’est, pour résumer, un art martial de défense et d’attaque, constitué de différents types ou styles (le kung-fu de Shaolin par exemple ou le style des animaux, qui a été créé par imitation des animaux et de leurs modes de combats défensifs et offensifs).

Moi je fais du « kung-fu wushu ». Kung-fu veut dire : « un homme accompli après des efforts méritoires » et « wushu » désigne l’art de la guerre. Donc le « kung fu wushu » c’est l’art martial parce qu’on peut dire que quelqu’un a un bon kung fu en cuisine s’il est accompli dans ce domaine.

Le terme « Wulian » désigne celui qui pratique. « Wu » pour l’art de la guerre et « lian » pour quelqu’un qui apprend.


Les taolu sont au kungfu ce que sont les katas au karaté. Ce sont des mouvements codifiés, retenus puis refaits, en 1min30, telle une chorégraphie dans le vide. Ils sont vraiment très importants. Beaucoup de gens veulent avant tout faire du combat, mais je pense qu’il faut d’abord commencer par les taolu. Ça apprend vraiment la technique ; de pieds, de poings, de balayages, de sauts et ça développe aussi beaucoup le physique. Donc aller directement au combat, ce n’est pas forcément bon. Tous ceux que je connais au niveau français ou international ont beaucoup pratiqué les taolu. Quand je suis parti en Chine, je n’ai pratiqué que cela. C’est joli. Ce qui est efficace, souple, fluide est aussi joli. Certaines positions sont très difficiles et douloureuses.

Lors d’un combat officiel, les adversaires sont sur une plateforme et le but est d’obtenir le plus grand nombre de points en un temps donné (sauf s’il y a K.O). Si on fait tomber son adversaire, on a des points, tout comme si on donne un coup franc et puissant. Quatre juges décident si le coup est valable (un peu comme à la boxe).

Nous sommes munis d’un casque et d’un plastron, de gants de boxe et de protections.

Les chinois dominent au niveau mondial. Mais depuis peu, les choses évoluent. L’Iran et la Russie sortent du lot et la France se situe environ à la 5ème place internationale. Les filles peuvent bien sûr pratiquer. Dans le club, nous sommes environ une cinquantaine. C’est moins qu’il y a quelques années. Les sports de combats attirent généralement et malheureusement moins de personnes.


Qui es-tu ?

J’ai 23 ans, je suis étudiant à l’I.A.E ( Institut des Administrations des Entreprises) de Caen en Master 2 marketing.

J’ai passé une licence de STAPS en management du sport puis je suis entré l’I.A.E en management des entreprises pour ensuite me spécialiser cette année en marketing.

Je fais du kung-fu à la Haie Vigné, c’est ma neuvième année. J’ai commencé lorsque j’avais 14 ans et très tôt je me suis intéressé aux compétitions. Depuis tout petit, je veux pratiquer les arts martiaux. C’est mon premier sport dans un club et c’est aujourd’hui une vraie passion. Je suis de plus très intéressé par la culture asiatique : La philosophie, le bouddhisme.

Dès ma seconde année de pratique, je me suis lancé dans les compétitions. Les résultats ont suivi. J’ai été champion de France pour la première fois à l’âge de 18 ans après avoir terminé troisième l’année d’avant.


Quel est ton palmarès ?

J’ai gagné mon premier titre en Sanshou. Le Sanshou est un combat livré avec les pieds et les poings. J’ai ensuite pratiqué le Sanda car cette discipline de combat est aujourd’hui la seule à se pratiquer dans les compétitions internationales. Le Sanda est l’association des pieds, des poings et de la lutte. C’est un sport vraiment particulier, qui pourrait un peu associer le kickboxing d’un côté et la lutte ou le judo d’un autre. Quand on est au sol, des points sont marqués et on se relève tout de suite. C’est vraiment un sport à part.

En 2006, j’ai participé à mes premiers championnats d’Europe où j’ai perdu dès le premier tour. Je n’étais pas prêt encore. J’avais 19 ans et je suis tombé contre quelqu’un de vraiment expérimenté. Je n’ai pas fais un mauvais combat, mais je n’ai concrètement rien produit, j’étais paralysé et je n’ai pas su développer mes qualités.

L’année suivante, je suis allé aux championnats du monde à Pékin où j’ai passé les deux premiers tours.

Cette année, les championnats d’Europe étaient au mois de mars, en Turquie. J’ai été sélectionné, j’y ai fait trois combats et ai terminé deuxième.

Quand j’étais en STAPS, j’ai fait de la boxe française, de la boxe anglaise et du full contact. J’ai gagné les championnats de France universitaires de boxe française et anglaise.

J’essaie d’aller dans d’autres disciplines pour compléter ma technique, sans non plus me décentrer de l’objectif de mon sport.


Quelles qualités doit-on avoir pour pratiquer ton sport ?

Les qualités se situent autant au niveau mental que physique. Les deux sont d’une importance égale. Le mental contrôle le corps. Pour travailler le mental, c’est beaucoup du travail sur soi-même, il faut essayer de dépasser ses limites à chaque instant. L’avantage c’est que l’on s’entraîne en groupe, on souffre tous ensemble et c’est aussi un moyen de se surpasser. Il faut aussi savoir prendre sur soi, relativiser beaucoup les choses pour pouvoir aller au-delà de ce qu’on se croit capable et après le corps suit. Qui que se soit, quelles que soient les performances physiques au départ, c’est à la portée de tout le monde, mais il faut avoir de la volonté.

Ce sport nécessite donc de la force, de l’agilité, de la souplesse, de la résistance et de la précision. Cette liste peut faire peur, mais tout cela se travaille. C’est vraiment la pratique qui fait que l’on peut exploiter son potentiel.

Au départ je n’avais pas toutes ces qualités. C’est vraiment beaucoup de travail. Je m’entraîne beaucoup pendant et en dehors des entraînements, seul.

J’arrive à concilier études et sport sans problème. C’est vraiment prenant mais c’est ma passion. Donc tous les soirs, après les cours, je suis au kung-fu. Mais j’arrive à travailler quand il le faut.


Que dire pour donner envie de faire ton sport ?

Je pense que tout le monde devrait faire ça. C’est une belle école. Ce sport m’a vraiment changé. Je n’avais pas du tout confiance en moi, j’étais très timide et introverti et aujourd’hui, c’est complètement différent. C’est un sport qui permet aussi de bien se connaître et connaître son corps. Et surtout, cela donne une très grande confiance en soi !! L’ambiance ici est excellente et notre professeur est vraiment à l’écoute de chacun. Donc, que ce soit au club ou lors des différents championnats, il y a toujours de belles rencontres !


Quels sont tes objectifs sportifs et extra-sportifs ?

Je veux continuer dans ce sport et aller le plus loin possible, je veux être le meilleur. C’est vraiment mon objectif et je travaille pour cela. Il y a une très bonne entente dans le club, tout le monde se soutient, quelques soient les objectifs de chacun, donc je suis dans de bonnes conditions.

Sinon, l’année prochaine, je voudrais m’inscrire à la fac pour apprendre le chinois. Je parle un peu et je n’ai aucun diplôme, mais j’aime beaucoup les langues.


Voudrais-tu que ton sport soit plus médiatisé, reconnu ?

C’est un sport en développement. La fédération n’est pas encore considérée comme une fédération de haut niveau, le dossier est actuellement en commission, alors j’espère que ça passera bientôt.

Ce n’est pas non plus encore un sport olympique. Là aussi, j’espère que le kung-fu sera rapidement ajouté à la liste olympique.

Sinon, la pratique à haut niveau demande beaucoup de temps et d’investissement. C’est assez difficile car nous ne sommes pas payés du tout. Je termine cette année deuxième au championnat d’Europe et je n’ai pas eu d’argent ; ni de la fédération, ni de la région, ni de la ville. J’aimerais que mon sport soit un peu plus reconnu, à tous les niveaux.

J’ai été nominé au trophée des champions, donc on verra ce que cela donne (Jean-Luc Hamon a terminé troisième, ndlr). Je suis bien content, car c’est la première fois que je suis « reconnu » au niveau de la ville.

Pourtant mon entraîneur à fait des démarches mais sans résultat.

Mais bon, moi je m’entraîne, mon prof est là, m’aide beaucoup, le club aussi. Mon prof est très présent, il m’aide autant qu’il peut. Pour le matériel par exemple.


Quel est ton pronostic pour la coupe du monde de football ?

Je soutiens la France, mais surtout le Cameroun, mon pays d’origine !


Son expérience en Chine

« Je suis allé deux ans de suite (pour des durées de 3 et 2 mois, à 18 puis 19 ans) au temple de Shaolin, au cœur de la Chine, pour pratiquer le Kung-fu, J’y ai appris le chinois et je me suis entraîné 9 heures par jour, tous les jours, sous 40°. Au début c’est assez difficile, mais le corps s’habitue. Les conditions générales sont dures, mais j’étais déjà bien entraîné avant d’y aller. Le club m’a aidé financièrement, je l'en remercie.

J’ai atterri à Hong-Kong, puis fait 27 heures de train et je suis arrivé. J’ai dit : « bonjour, je voudrais m’entraîner » et ils m’ont accepté. J’ai commencé à m’entraîner. Le premier jour, tout se passait bien, j’arrivais à suivre à l’entraînement, le prof était même surpris. Je m’étais vraiment donné à fond ! Après, pendant une semaine, je ne pouvais plus du tout marcher tant j’avais de courbatures ! Le corps s’y fait ensuite car tout s’est très bien passé. J’ai été vraiment bien accueilli et intégré comme dans une famille et cela m’a bien fait progressé. J’y suis un an et demi après dans le cadre des championnats du monde, ma première grosse compétition où j’ai passé deux tours. »

 

Les photos (Solveig de la Hougue : www.angataprod.com)

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