Yacine Sene, basketteuse aux multiples facettes

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Depuis deux ans qu'elle est à Mondeville, Yacine Sene est l'une des joueuses les plus utilisées par Hervé Coudray, qui apprécie en elle la qualité de son jeu défensif. Internationale française, la jeune femme originaire d'Orléans fait partie des joueuses majeures du championnat de France. Pendant longtemps, elle allié les études au basket. Titulaire d'un Master 2 de droit, elle multiplie les centres d'intérêt. « C'est une cérébrale capable de bien délirer », résume son amie de longue date, Aurélie Bonnan.


Qui sait, peut-être Yacine Sene aurait-elle pu devenir « la nouvelle Surya Bonaly », comme elle s'en amuse faussement émue. Petite, elle a renoncé un temps au basket – « au bout d'un an, j'en ai eu un peu marre » – pour se mettre au patinage artistique. L'expérience a duré deux années mais les copines restées au basket « avaient l'air de bien s'éclater » et Yacine décida de retourner vers elles. Depuis, la balle orange occupe une place prépondérante dans l'existence de l'Orléanaise. « Le basket a guidé ma vie. »


Pourtant, Yacine Sene n'a jamais eu l'obsession de devenir professionnelle. « C'est arrivé au fur et à mesure, c'est le hasard des choses qui a permis cela. Si ça n'avait pas marché, j'aurais fait autre chose », ajoute-t-elle naturellement. Par chance, et surtout par le travail, ça a marché. Yacine Sene est passée par le sport études au collège, puis a intégré le centre de formation de Bourges, en même temps qu'elles honorait ses premières sélections internationales chez les jeunes. C'est dans l'antre du basket féminin français, au début du millénaire, qu'elle a lancé sa carrière professionnelle, poursuivie ensuite du côté de Reims, Clermont-Ferrand et Aix-en-Provence, d'où elle arrivait quand elle a posé ses bagages à Mondeville, en 2009.


Au fil de ces expériences, Yacine Sene s'est bâtie une solide réputation en défense, qui lui a même ouvert les portes de l'équipe de France. L'équipe de France... une histoire compliquée. L'ailière a disputé les qualifications pour les championnats d'Europe il y a trois ans, mais a été recalée ces deux dernières années après avoir participé aux stages de pré-sélection. « Chaque été a été différent. Il y a deux ans, j'ai tout donné et j'étais dégoûtée d'être coupée. L'été dernier, c'était un peu mitigé car c'était en grande partie de ma faute. Honnêtement, j'ai toujours été surprise d'être convoquée. Peut-être que j'aurais dû plus croire en ma chance. Mais bon, c'est pas le but de ma vie. Je ne me suis jamais sentie complètement à ma place... Il y a des filles majeures en équipe de France, c'est leur objectif. Moi, c'est différent. »


« La vie est courte, j'ai besoin d'avoir d'autres choses que le basket »


Yacine Sene a appris à relativiser la place du basket dans sa vie. Titulaire depuis peu d'un Master 2 de droit (bac +5), elle a toujours recherché un équilibre entre la pratique sportive et le reste. L'été dernier, avant de rejoindre l'équipe de France, c'est à son stage de fin d'études qu'elle se consacrait. « Je sais déjà ce que c'est de se lever tous les matins pour aller travailler », plaisante-t-elle. En cours de saison, quand il fallait enchaîner les matchs, les déplacements et les entraînements, elle devait trouver du temps pour rattraper les cours, rendre des devoirs ou tout simplement passer ses examens. « Au lieu de faire la sieste l'après-midi, il faut se motiver pour bosser, convient-elle C'est très facile de ne rien faire dans le basket, parce que ça demande beaucoup d'énergie et les journées passent vite. Mais la vie est courte, j'ai besoin d'avoir autre chose. Les études, c'était en prévision de la suite mais aussi parce que ça me permettait de faire travailler mon cerveau autrement, de rencontrer des gens qui ne sont pas dans le sport. »


Diplôme en poche depuis septembre dernier, Yacine Sene ne va pas tarder à préparer des concours, d'avocat notamment. Sans idée précise de ce que sera l'après-basket. « Ce qui m'intéresse, c'est tout ce qui est juriste en association mais il n'y a pas beaucoup de places. J'essaie de voir différentes pistes. » En attendant, la Mondevillaise fait du conseil juridique comme bénévole au sein de l'Association de solidarité avec les travailleurs immigrés, à Caen. Et s'offusque gentiment qu'on voie en elle « l'intello de la bande », même si « ses lunettes lui donnent ce petit air », d'après sa capitaine et amie Aurélie Bonnan. « Je ne me sens pas décalée », assure Yacine. C'est sans doute aussi pour cela qu'elle est appréciée de ses coéquipières, actuelles ou passées. Aurélie Bonnan, son « binôme » qu'elle connaît depuis l'adolescence, ne tarit pas d'éloges sur cette « fille adorable ». « C'est une cérébrale, quelqu'un de cultivé, d'intelligent, avec qui on peut se taper de gros délires comme avoir une discussion sérieuse. Elle est très généreuse et tout le temps là pour les autres. C'est vraiment une personne très bien. » Même si elle prenait un malin plaisir à se moquer du « bandeau de Rambo » de la Landaise. « Moi, je l'appelais Chico. On a tellement de délires avec elle... »


Un petit frère basketteur professionnel


Peintre à ses heures perdues – « je barbouille », sourit-elle modestement, « trop timide » pour montrer ses productions – Yacine Sene s'intéresse à « plein de choses » mais revient toujours à sa première passion, le basket. « Pour moi, c'est le meilleur sport co, le sport où il y a le plus de possibilités techniques. J'ai une passion pour le jouer, pour le regarder, mais je ne suis pas une accro. D'ailleurs, c'est toujours bizarre quand on me demande mon boulot : jouer au basket, tout est contenu dans l'expression, c'est un jeu. C'est ça qui est fou. »


Quand la saison se termine, Yacine retrouve le « cocon familial » et son petit frère, Guillaume, basketteur professionnel également en Pro B. « On se fait nos petits duels, il m'éclate, il est content, s'amuse-t-elle. J'ai besoin de vivre une autre vie l'été. » Petits, ni l'un ni l'autre des enfants Sene ne souhaitait suivre le chemin de leur père, ancien basketteur international sénégalais. Les deux y sont revenus naturellement. À bientôt 29 ans, Yacine ne sait pas encore quand elle tournera cette page. « J'essaie de me projeter, de savoir déjà où je vais me poser parce qu'on est un peu nomades. Le jour où je n'aimerai plus jouer, ou alors que des choses seront trop pénibles pour moi, même physiquement, je me poserai des questions. Je ferai en fonction de mes envies. » On devine qu'elles ne manqueront pas...

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