L'irrésistible ascension de Romain Hamouma

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Quand Romain Hamouma est arrivé au Stade Malherbe l'été dernier, il était précédé d'une flatteuse réputation forgée en un an seulement à Laval. Le milieu droit ne cesse de la confirmer de jour en jour, dans cette Ligue 1 qu'il découvre. À 23 ans, il prend une belle revanche sur un passé proche marqué par quatre années de CFA. Romain Hamouma a pris un chemin sinueux, mais rien ne semble maintenant pouvoir l'arrêter sur la route du succès.


Toute coqueluche des supporters qu'il soit, Romain Hamouma peut encore se promener à Caen sans que tous les regards se tournent vers lui. Il en sourit et trouve ça plutôt pas mal. Le feu-follet malherbiste du couloir droit était presque plus connu à Laval que dans la capitale bas-normande, où « tout le monde ne s'intéresse pas au foot ». Néanmoins, c'est bien au Stade Malherbe que le Doubiste a pris une nouvelle dimension. C'est là que la qualité de ses prestations a dépassé le cadre des passionnés de football, susceptibles de s'intéresser à la Ligue 2, pour atteindre celui des amateurs du ballon rond. Anonyme joueur de CFA il y a deux ans, Romain Hamouma est aujourd'hui sous le feu des projecteurs, d'autant plus après sa performance à Bordeaux, samedi dernier (un but et une passe décisive). Le jeune homme de 23 ans vit la chose le plus sereinement du monde. « J'ai eu des premiers mois difficiles, pendant lesquels j'ai dû m'adapter à ce niveau, dit-il. Ça demande beaucoup de confiance et de travail, car on ne passe pas facilement de la Ligue 2 à la Ligue 1, il y a un palier. Je n'ai pas mis beaucoup de temps à m'adapter à la Ligue 2 alors je pensais qu'il allait être plus rapide à franchir. Finalement, c'est venu un peu plus tard mais ce n'est pas très grave. » Presque seul à surnager dans l'équipe caennaise au coeur de la grisaille automnale, Romain Hamouma a eu besoin d'un déclic pour franchir le cap qu'il attendait : devenir décisif. Son premier but contre Rennes en décembre, qui a offert à Caen une victoire très attendue, l'a constitué. Depuis, le garçon enchaîne les bons matchs avec une régularité saisissante.


Le constat est en lui-même une belle revanche sur le passé. À 17 ans, Romain Hamouma avait été jugé trop inconstant par le centre de formation de Sochaux, qu'il fréquentait depuis cinq années. Au lieu de passer stagiaire-pro comme on lui avait initialement signifié, il avait tout simplement été prié de voir ailleurs. « Je ne remets jamais en question le fait qu'on ne m'ait pas gardé, c'est la façon dont ça s'est fait qui était un peu plus discutable, confie-t-il. On m'a dit que j'étais irrégulier, ce qui est très possible, et que je jouais trop à l'instinct. Ça, ça m'a vraiment marqué parce que tous les joueurs disent qu'il y a une part d'instinct dans le football. Je n'ai pas accepté ce reproche. Mais je veux bien prendre 40 % de l'échec pour moi. » Sans rancune, Romain Hamouma « n'en veut à personne » et a même conscience que son éviction de Sochaux se révèlera, des années plus tard, avoir été un mal pour un bien. « Ça m'a forgé un caractère et appris à ne jamais rien lâcher. Ça peut aussi montrer à certains aussi que rien n'est jamais perdu. »


« Prisonnier pendant quatre ans »


Il a fallu un moral d'acier pour ne pas baisser les bras quand les portes vers le professionnalisme se sont brutalement refermées. Romain Hamouma l'a eu. Bien sûr, il s'est posé des questions après ce petit tremblement de terre personnel, mais jamais il n'a perdu de vue son rêve, son objectif. Le jeune homme, guidé depuis son plus jeune âge par la passion du football, tenait à tout prix à avoir sa chance un jour. « Quand t'as vraiment envie de faire quelque chose, il n'y a pas grand chose qui peut t'arrêter », est-il persuadé. Le travail réalisé et les efforts consentis depuis ses premiers pas sur un terrain, à quatre ans, allaient payer un jour. Il en était sûr. En attendant, c'est à Besançon, non loin du cocon familial, qu'il trouva un point de chute. Romain y passera quatre longues saisons de CFA (quatrième division) avant d'être contacté par des clubs de Ligue 2. Pendant ce purgatoire, il garda encore confiance, sans que cela fût une partie de plaisir. « Je me suis senti un peu prisonnier pendant cette période, ne cache-t-il pas. T'attends toujours qu'un club vienne te regarder. J'avais des touches, mais jamais en Ligue 2, c'était toujours en National. Je me suis refusé de partir en National car je voulais monter avec Besançon. La dernière année, trois clubs de Ligue 2 sont venus. Un moment tu n'y crois plus vraiment, mais il y a toujours tes proches derrière toi qui te remobilisent. Tu continues à travailler. Après, il faut un petit peu de chance pour que le club soit là au bon moment, quand t'es bon. J'ai eu la réussite et après, ça a été tout seul. » Pas professionnel, mais avec un contrat fédéral, Romain Hamouma vivait déjà du foot à Besançon. En fait, il n'a toujours vécu que de ça.


Une histoire de famille


C'est à l'âge de cinq ans qu'il a intégré son premier club, à Lure, sa commune natale. Mais c'est dans le jardin familial qu'il développa son don pour le football. « J'avais besoin du foot, j'y jouais tout le temps, j'en ai même délaissé l'école. J'aimais travailler tout seul ou avec mon frère. Mon père, qui n'est pas très doué pour le foot et n'y a jamais joué, nous coachait pour des entraînements personnalisés. Mon frère tirait trop fort, il a six ans de plus que moi. Mais plus souvent, on mettait notre soeur au goal ! Elle était gardienne de hand, donc ça lui plaisait ! » Après six ans passés à Lure, Romain fit un passage par Belfort. Déjà, il attirait les regards des recruteurs locaux. À dix ans seulement, Sochaux lui faisait les yeux doux. Le garçon ne se sentait pas prêt : il attendit d'avoir 13 ans pour changer de monde, rejoindre un centre de formation.


La vie au centre n'a pas toujours été rose, mais la perspective de devenir professionnel valait bien des concessions. « Tu sors du football loisir pour entrer dans un système où on te demande une performance à chaque match. Moralement, c'est difficile parce que tu vis tout seul. Tu n'as pas ton adolescence. Tout tourne autour du football : tu fais attention à ce que tu manges, à l'heure où tu te couches... Il y en a plein qui ont craqué, qui sont rentrés chez leurs parents. J'ai eu beaucoup de phases aussi où j'appelais ma mère en disant "j'en peux plus". Au bout de trois jours, c'était fini. »


« C'était pratiquement inespéré »


Romain Hamouma repensait sans doute à ces moments où il avait dû se construire seul dans les moments de doute – mais pas de découragement – à Besançon. Il finit par être récompensé quand, en 2008-2009, plusieurs clubs de Ligue 2 lui signalèrent un intérêt prononcé. Entre eux, le milieu droit n'hésita pas longtemps. Ce serait Laval où le courant passa tout de suite avec le staff technique. « J'y allais sans pression car je n'étais pas parti pour jouer, mais je savais que c'était la dernière chance de pouvoir y arriver. Il fallait que je joue absolument. Je me suis battu pour jouer et ça a marché. Je voulais montrer à tout le monde que j'étais capable. » L'intenable milieu droit le montra si bien qu'il termina dans l'équipe-type de la saison et fut à nouveau contacté par des formations d'un niveau supérieur. La Ligue 1 lui tendait les bras. « Quand t'as ça qui t'arrive, tu as du mal à y croire. Quand tu signes, c'est le rêve qui se réalise, t'es trop content. C'était pratiquement inespéré. Pour moi, c'était extraordinaire. » Entre de nombreux candidats, Caen fut l'heureux élu. « C'est le dialogue avec le coach qui a fait pencher la balance, explique Romain Hamouma. J'ai entendu les choses que j'avais envie d'entendre. Je recherchais le temps de jeu, je ne voulais pas aller dans un club pour ne pas jouer. J'ai choisi Caen et je suis ravi d'être ici. »


Le plaisir est partagé au moins autant. Romain Hamouma enchante les supporters caennais, par son talent bien sûr, par son sourire de mec sympa, aussi. Sa notoriété grandissante, il la « vit bien » et la prend surtout « avec beaucoup de recul ». « J'ai connu la période où tu crois et où finalement tu n'as rien du tout. Je sais que je peux tout perdre rapidement. J'avance de jour en jour. Je découvre, j'emmagasine tout et je ne me pose pas de questions. » Même sur son avenir ? « Je suis ambitieux mais je ne pense pas à la suite. Le plus important est de continuer à faire de bonnes prestations. Mon premier but est de rester à Caen et de sauver Caen, avec les copains. » Après seulement, il pourra être question d'un « grand club, qui joue les premiers rôles », voire de Ligue des Champions, « un rêve ». Romain Hamouma le casanier, joueur de Playstation où il défie régulièrement ses coéquipiers à Call of Duty, a encore beaucoup de choses à découvrir. À 23 ans, il n'en est qu'au début d'une carrière prometteuse.

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