Un tournant pour le foot féminin français ?

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L'équipe de France disputera cet après-midi la petite finale de la Coupe du Monde féminine (17h30). Opposées à la Suède, les Bleues tenteront d'atteindre le podium au terme d'un parcours qui restera historique. Joueuses quasi-anonymes il y a quelques semaines, elles ont attiré à elles l'attention des médias et de leurs compatriotes durant cette compétition. Dans leur sillage, c'est tout le football féminin français qui espère en tirer les bénéfices. Nous avons demandé leur avis à trois acteurs locaux.

 

 

 

Vitaly Delisle : « Faire sa place auprès des autres sports féminins »

 

Vitaly Delisle, 27 ans, a pris sa première licence à l'âge de 5 ans. Milieu de terrain défensive, elle sort de quatre saisons à Condé-sur-Noireau, en D1 (2008-2009) et en D2. Ellle vient de s'engager en faveur d'Algrange (D2).


« Le parcours des Françaises est à la fois magique et logique... En tant que joueuse, je suis fière de ce qu'elles ont fait, cela donne du poids à notre discipline, qui est peu reconnue à son niveau (le niveau de jeu qui pourrait faire rougir plus d'un garçon, l'investissement que les joueuses évoluant au niveau national mettent dans leur passion,...). Le niveau de jeu de l'équipe de France féminine a évolué depuis ces cinq dernières années, le groupe joue ensemble depuis quelques années maintenant, le staff a su mettre en place un plan de jeu qui paye maintenant. Ils ont su construire un groupe qui vit bien en dehors et sur le terrain, et cela se ressent pendant les matchs. Elles n'ont rien à envier à leurs homologues masculins, le jeu est fluide, techniquement c'est propre, il y a des contacts, de belles phases de jeu.

 

La médiatisation qui découle de cette Coupe du Monde est très positive pour le football féminin français. Cela lui permet de se faire connaître et de faire sa place auprès des autres sports féminins mais surtout à côté du football masculin qui prend une part (trop) importante dans l'actualité sportive. Mais malheureusement je pense que cette médiatisation n'est qu'éphémère... affaire à suivre !

 

Je ne pense pas qu'il y aura des conséquence à mon niveau, mais on ne perd pas espoir, on voit la progression de la reconnaissance et l'évolution du football féminin. Certes elle n'est pas rapide, mais cela progresse quand même ! On espère que cette coupe du Monde féminine et que le parcours de l'équipe de France attireront de nouvelles licenciées pour pouvoir étoffer le potentiel français. Et peut-être que certains sponsors se manifesteront pour donner des moyens plus importants au football féminin de se développer davantage. »

 

Damien Della Santa : « La formation française est de qualité »

 

Damien Della Santa, 21 ans, est responsable et créateur de la section féminine de l'Avant Garde Caennaise. Il en entraîne l'équipe séniors, pensionnaire de Division d'Honneur.

 

« Les Françaises cherchent à produire du jeu, à faire du spectacle. L'état d'esprit est irréprochable, les joueuses sont accessibles. L'équipe de France a découvert d'autres facettes du haut niveau, les médias, l'engouement populaire. Ce sont de nouvelles pressions. Dans le jeu, elles ont pu s'apercevoir à quel point l'efficacité défensive et offensive était primordiale à ce niveau de compétition. Elles n'ont pas suffisamment exploité leurs occasions et ont encaissé la plupart de leurs buts sur des erreurs grossières. Cependant, on a vu que la formation française était de qualité. La France a produit l'un des plus beaux jeux du tournoi, voire le plus beau. Les joueuses sont prêtes sur le plan individuel, et la relève arrive puisque les U19 sont championnes d'Europe. Il faut souligner la grande part de responsabilité de Bruno Bini dans le fait que le groupe soit sain et dans les valeurs véhiculées.

 

Logiquement, le parcours des Bleues et la médiatisation qui en a suivi devraient avoir des répercussions sur l'attrait de notre discipline auprès des jeunes filles dès la rentrée. Il y aura sûrement plus de gens intéressés et initiés. Ça s'est toujours passé ainsi dans les autres sports, ou après le Mondial 98. La France aime se rattacher à ce qui réussit. J'espère que cette Coupe du Monde marquera un tournant pour le football féminin, mais il n'y a pas de raison pour que ça ne se passe pas ainsi. Si les clubs proposent les structures, ça suivra tout seul. Les clubs nationaux (Condé et Cormelles) sont prêts. À l'Avant Garde, on est déjà préparés à accueillir des filles dès la catégorie U9. »


Olivier Cahoreau : « On peut parler de révolution »


Olivier Cahoreau est président de l'ES Cormelles depuis l'année dernière. Il est aussi l'entraîneur de l'équipe première, qui évolue en deuxième division nationale.


« Je ne suis pas surpris des performances de la France, bien au contraire. On avait vu que le groupe était très compétitif lors des qualifications. Pour aller plus loin, il faut être encore plus complet. Mais je suis très content de ce que les Françaises ont montré, d'autant que la médiatisation a été bien faite. Je ne m'attendais pas à ce qu'on en parle autant. Le hand féminin n'a pas explosé plus que ça malgré de très bons parcours, le volley féminin n'est pas du tout médiatisé. On aurait pu penser que le foot allait rester à la trappe, or ça n'a pas été le cas. Même à notre échelle, il y a eu des reportages à la télévision, des articles dans les journaux... Au niveau médiatique, il n'y a que des points positifs.


On peut parler de révolution. Le football féminin n'a jamais été autant suivi. Il n'y avait pas de télé lors du dernier Euro. Durant cette Coupe du Monde, on a eu une grande diffusion médiatique. Les télés ont retransmis l'image d'un beau football. Chose très importante, la Fédération a lancé un appel d'offre pour l'acquisition des droits télévisuels des matchs de D1. Si ça se concrétise, cela relèvera le niveau du championnat car il y aura une plus grande médiatisation et une vraie reconnaissance pour ce sport. J'ai plus de mal à me situer concernant les retombées pour le sponsoring. Il y a une élite à deux niveaux. Les équipes rattachées à des clubs pros (Lyon, Montpellier, Paris, Saint-Etienne) bénéficieront davantage de cette couverture et des conséquences financières. En-dessous, je ne sais pas si les entreprises locales sont prêtes à investir mais on aura plus de facilité à présenter notre projet auprès d'elles.


Au niveau des licenciées, on pourra mesurer les répercussions à la fin du mois de septembre, quand on fera le premier bilan des inscriptions. C'est certain que des jeunes filles et leurs parents vont se dire désormais « pourquoi pas » car le foot devient un sport reconnu dans sa pratique féminine. Beaucoup de personnes ne connaissaient pas le football féminin et son niveau avant la Coupe du Monde. Il était assimilé à un simple loisir. Aujourd'hui, il a pris ses marques dans les sports collectifs français grâce aux performances de l'équipe de France. Ce sont les résultats de celle-ci qui feront que l'élan perdurera ou pas. C'est toujours l'équipe fanion qui tire son sport. La formation étant bien ancrée, avec Clairefontaine et les pôles espoirs, je pense que les équipes de France féminines vont continuer d'obtenir de très bons résultats. »

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