Camille Leclerc, rameuse déterminée

Envoyer Imprimer PDF

Camille Leclerc est une des meilleures rameuses françaises de sa génération. Née à Caen, licenciée à la Société Nautique de Caen Calvados, elle sort d'une saison accomplie, marquée par une première participation aux championnats du Monde des moins de 23 ans terminée à la neuvième place. Cette grande blonde de 21 ans a de la suite dans les idées et l'avenir devant elle.


Camille Leclerc avait 13 ans quand elle a débuté l'aviron. Après sept ans d'équitation et des détours par la gymnastique et le basket, la jeune fille a pris en 2003 une décision qui allait changer le cours de son existence. Ce n'était pas par hasard si elle s'initiait à cette discipline éprouvante, alliant des qualités techniques, physiques et bien sûr mentales. Fille d'une rameuse ex-championne de France cadette, elle avait certainement grandi dans un terreau favorable. « Quand j'étais petite et qu'on passait sur le viaduc de Calix, je regardais les petits bateaux et je me demandais ce que c'était, raconte-t-elle. Un jour m'a mère m'a dit "tu vas essayer". Ça m'a tout de suite plu. »


Ses premiers pas sur l'eau, Camille Leclerc les a faits à bord d'une yolette, une grosse barque que Matthieu Chapron, aujourd'hui son compagnon et son entraîneur, barrait. Rapidement, son club a décelé un potentiel qui pourrait la mener loin. « On a vu directement qu'elle avait des qualités, se souvient Matthieu Chapron. On a senti chez elle une envie de percer. Elle gagnait toutes les courses régionales quand elle était jeune. » L'avenir, dans un premier temps, était à envisager sur la scène nationale. Alors qu'elle n'a pas encore 16 ans, Camille Leclerc devient championne de France cadette avec le quatre de couple caennais. « Le président a commencé à me dire que je pourrais faire quelque chose. Depuis, j'ai toujours eu ça dans la tête. » La demoiselle s'est employée à donner raison à Daniel Transon. Trois podiums nationaux (dont une première place avec le huit séniors en 2010) ont complété sa collection personnelle, agrémentée de deux médailles en Coupe de France (compétition qui se dispute entre ligues) et d'une participation aux championnats d'Europe juniors.


Un sport extrêmement exigeant


Cette ascension, Camille Leclerc la doit d'abord à son caractère, au-delà de qualités techniques indéniables. « J'ai l'esprit super compétiteur depuis que je suis toute petite, souligne-t-elle. J'ai toujours été déterminée. » Il en faut, de la volonté, pour accepter ne serait-ce que le planning d'entraînement : sept à huit séances hebdomadaires, dont deux de musculation, 100 km à la rame par semaine en période de préparation, du footing, du vélo, de la natation... « L'hiver, c'est dur, il faut s'accrocher », reconnaît l'athlète, qui aime pourtant rien moins que « se mettre la misère ». « A la fin, on est content », sourit-elle. Le plaisir reste le moteur d'une discipline amateur, où la seule (petite) rémunération provient de la bourse d’État allouée aux sportifs de haut niveau.


Mais la satisfaction majeure, pour une compétitrice comme Camille Leclerc, c'est encore « d'arriver à l'objectif fixé ». Dans ce domaine, elle a été « comblée » cette année. Pas de troisième titre français (elle a obtenu le bronze avec Delphine Cavoit en juin), mais une première participation à des championnats du Monde séniors (moins de 23 ans) avec l'équipe de France. En juillet, Camille Leclerc a pris la neuvième place de la compétition en skiff (bateau individuel). « Je comptais aller aux championnats du Monde mais je ne m'attendais pas à être titulaire. J'ai réussi à progresser de course en course, c'est vraiment un point positif. Je ne savais pas du tout mon niveau. Je fais neuvième, la même place qu'au championnat de France dans la même embarcation au mois d'avril. C'est rigolo. »


Les JO 2016 dans un coin de la tête


En quelques mois, la licenciée de STAPS a franchi un palier conséquent, sans que cela ne surprenne vraiment la Société Nautique de Caen Calvados, son club de toujours. Pour autant, ce cheminement ne doit constituer qu'une étape de plus vers le très haut niveau. « Les Mondiaux moins de 23 ans sont un tremplin pour propulser les jeunes séniors vers les championnats du Monde élite, explique Camille Leclerc. Il y a une grosse marche entre les moins de 23 et les A. Je suis une tortue, moi. Je progresse lentement, mais je compte y arriver ! » La Caennaise dispose d'une marge de progression « très importante, physiquement et mentalement » en ce sens, juge son entraîneur.


Pour l'exploiter, elle va commencer par augmenter le nombre d'entraînements, inférieur jusqu'à présent à celui que s'imposent les toutes meilleures Françaises. Mais ça ne fera pas tout. La clé se situe certainement dans la tête. « Elle se sous-estime beaucoup, elle n'arrive pas à se surpasser comme elle pourrait le faire, regrette Matthieu Chapron. Quand elle se surpassera comme on pense qu'elle en est capable, là elle va vraiment cartonner. Après, est-ce qu'elle va réussir à tenir jusqu'à ce qu'elle soit vraiment balèze ? Je ne sais pas. Elle a ses études, sa vie de femme... Est-ce qu'elle va être capable d'attendre et de s'entraîner durement jusqu'à ce qu'elle explose complètement ? On peut devenir champion olympique à 36 ans... »


Les Jeux Olympiques, c'est le rêve encore flou de Camille Leclerc. En 2016, à Rio, elle aura 26 ans. « J'aimerais bien y être, mais j'ai déjà du mal à réaliser que j'ai été aux championnats du Monde... C'est quand même quelque chose mais je ne me vois pas à ce niveau-là. Je me considère "normale". Je ne suis pas encore à un niveau exceptionnel. Au fond de moi, je me remets tout le temps en question. L'année prochaine, ce sera ma dernière comme moins de 23 ans. Il faudra que je m'entraîne bien pour entrer dans le premier bateau et avoir une médaille. Je pense que j'avais le même niveau que deux filles qui étaient dans le quatre de couple et elles ont été médaillées. Je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas pour moi. »


« Elle est dans la vie comme dans l'aviron »


Pour aller plus loin, celle qui envisage des études de kiné devra peut-être quitter Caen pour rejoindre un pôle et des rameuses de son niveau. Si cela doit se faire, ce ne sera pas de gaîté de coeur. « J'aime l'esprit d'équipe ici. Tout le monde s'adore. C'est peut-être triste à dire, mais tous mes amis sont pratiquement au club. Nous, on n'a pas beaucoup d'individualités très fortes, mais le fait d'être soudés nous rend meilleurs que certaines équipes aux individualités supérieures. » Dans ce collectif, Camille Leclerc tient sa place de leader, sur son embarcation comme en-dehors.


En-dehors, qui est-elle justement ? « Elle est dans la vie comme dans l'aviron, répond son ami : déterminée, organisée, bonne vivante quand elle se laisse aller. Comme elle se met la pression, elle est toujours rigoureuse avec elle-même. Elle est hyper-droite dans ce qu'elle fait. L'aviron la guide dans la vie de tous les jours. Elle le vit pleinement. Elle fait tout pour l'aviron. Je ne sais pas si c'est une qualité ou un défaut, en fait. » La demoiselle ne s'en cache pas : « ma vie tourne autour de l'aviron ». Il le lui rend bien.

Commentaires (0)
Seul les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire!
 

Aidez-nous !

Vous souhaitez contribuer à la pérennité et au développement de Sport à Caen ? Aidez-nous !

Contact

Vous souhaitez :

- Écrire des articles ?
Communiquer des informations ?
-
Devenir annonceur ?

Contactez-nous : redaction@sportacaen.fr