Virginie Couillard ne jure que par le but

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Dans le petit milieu du football féminin bas-normand, la nouvelle avait fait grand bruit. Après presque vingt ans passés à Condé-sur-Noireau, Virginie Couillard décidait de poursuivre sa carrière à Cormelles, autre club de deuxième division, l'été dernier. L'avant-centre de 28 ans au caractère bien affirmé est désormais la redoutable finisseuse qui manquait au club de la banlieue caennaise. Portrait d'une joueuse phare du football régional.


Virginie Couillard est de la caste des buteurs. Elle est de ces compétiteurs qu'une victoire, un bon match ou des passes décisives ne sauraient totalement combler s'ils ne s'accompagnent pas d'un but ou, mieux encore, de plusieurs. « Quand je parle avec d'autres attaquants, on est d'accord. Si on ne marque pas pendant un match, pour nous le match a été mauvais. Je ne tirerai pas la tronche en sortant si on a gagné, mais au fond de moi je me dirai "il faut que je marque la prochaine fois". »


Sur un terrain de foot, Virginie Couillard ne jure que par le but. Et cela fait plus de vingt ans que ça dure. Enfant, elle tape dans ses premiers ballons sur la cour de récréation. Ses qualités ne passent pas inaperçues aux yeux de ses petits camarades, qui la motivent à rejoindre le club du village ornais où elle habite. Virginie y passera une saison avant d'être recrutée par Jean Elisabeth, président du Football Club Féminin Condéen. Buteuse, déjà. « J'ai toujours joué devant. » A 16 ans, elle fait ses premiers pas en deuxième division. Quelques années plus tard, elle répond à sa seule convocation internationale, en équipe de France des moins de 20 ans. Condé-sur-Noireau alterne entre D2 et D1, Virginie Couillard enfile les buts inlassablement. En 2002-2003, elle termine même meilleure buteuse de D2 avec 23 réalisations à son actif.


Virginie Couillard, « ultra-généreuse et un peu clown » (A. Inesta) dans la vie de tous les jours, a fait de son petit gabarit (1,55 m) son arme majeure. Sa vivacité et ses qualités techniques n'ont d'égal que sa lucidité devant le but. « Elle est très efficace, souligne sa coéquipière et amie Angèle Inesta. Quand nous on aurait tendance à faire une dernière passe, elle cherche la cage aussitôt. C'est une pure numéro 9. » Insaisissable, inépuisable aussi, elle est un poison pour les défenses adverses, qu'elle aime bien faire tourner en bourrique. « Même à l'entraînement, il vaut mieux l'avoir avoir soi que contre soi, sourit sa camarade. Elle est tellement à l'aise techniquement qu'elle arrive à jouer dans la compétition. Elle aime bien nous mettre des petits ponts à l'échauffement. »


« Avant, s'il fallait que je mette le pied... »


Ses buts – sept en huit matchs cette saison – sont l'alliance de « choses innées » et d'entraînement, « des gammes que je répète toujours ». Ils doivent beaucoup, aussi et surtout, à un mental d'acier. Virginie Couillard est une compétitrice acharnée, ce qui lui a valu un certain nombre d'inimitiés et presque autant de cartons, pas toujours jaunes. « Elle a parfois eu du mal à se contrôler dans le passé », avance Angèle Inesta. Son approche a toutefois évolué après sa grave blessure subie en avril 2010 (rupture des ligaments croisés). « Avant, s'il fallait que je mette le pied et que la fille sorte blessée, je m'en foutais, reconnaît-elle un peu crûment. C'est l'âge un peu con, où il faut absolument que tu gagnes, que tu t'imposes. Ce n'est plus ma vision. Je suis toujours compétitrice mais je n'irai plus faire un attentat sur une fille. Je suis plus là pour m'amuser, pour le plaisir de gagner et le plaisir de jouer au football. »


Sa blessure au genou, qui l'a éloignée des terrains pendant plus d'un an, a marqué un tournant majeur dans sa carrière. Virginie Couillard est en pleine bourre quand ses croisés lâchent. Elle a inscrit 18 buts en 15 matchs, Condé est en course pour une quatrième montée en D1, mais l'avant-centre n'est pas loin du surmenage entre le foot et son boulot. « Je faisais énormément d'heures au travail et je n'avais pas une hygiène de vie super saine non plus. Je n'ai pas été assez exigeante avec moi-même. C'est pour ça que j'ai la blessure amère. Je l'ai encore en travers de la gorge. Ça a été très dur moralement. » La longue absence est propice aux réflexions. Virginie Couillard, Condéenne de toujours, décide de passer chez le rival, Cormelles. « Ça a été dur de quitter Condé parce que j'ai grandi là-bas, j'y ai fait toutes mes classes et j'y ai vécu pas mal de trucs, mais il fallait que je tourne la page. »


Objectif : rejouer en D1


L'aventure condéenne, longue de dix-neuf années, s'est terminée par une victoire en Coupe de Basse-Normandie, au mois de juin dernier. Il reste aujourd'hui les souvenirs. Les plus beaux sont ceux des trois accessions en D1 en 2003, 2006 et 2008. La D1, Virginie Couillard y a goûté. Elle se souvient notamment des matchs contre Lyon, « un calvaire en tant qu'attaquante. Tu perds 9-0, tu touches dix fois le ballon, c'est les dix fois où tu engages. » En 2006-2007, elle a tout de même marqué 11 buts en 20 matchs. Mais l'élite n'est pas une obsession. « J'ai vu ce que c'était. Pour moi, c'était un niveau assez élevé. Je ne sais pas si j'avais les capacités d'adhérer à un meilleur club en D1. Je ne me sentais peut-être pas capable et je n'avais pas forcément l'envie. Le football est toujours resté en second plan. » Dans un milieu totalement amateur, sauf pour les meilleures, Virginie Couillard a toujours privilégié ses études puis son travail de responsable à Décathlon. Même son unique sélection en équipe de France des moins de 20 ans, « qui marque forcément », ne lui laisse pas de regrets. « Honnêtement, je ne pense pas avoir manqué quelque chose en équipe de France. Je ne me suis peut-être pas donnée les moyens non plus d'intégrer cette équipe. » Pas question de sacrifier vie privée et vie professionnelle au profit d'une passion sans certitudes.


La raison ne va pas à l'encontre de l'ambition. Virginie Couillard aspire à rejouer en première division avec Cormelles. Mais à plus court terme, c'est d'abord tout son potentiel physique qu'elle veut récupérer. « Je suis à 70-80 % de mes capacités », estime-t-elle, pas totalement convaincue par son début de saison. Sa force de caractère ne laisse aucun doute quant à la réalisation de ce premier objectif. « Elle sait ce qu'elle veut dans la vie et elle arrive à l'obtenir », dit à son sujet Angèle Inesta. Virginie Couillard ne fait jamais dans la demi-mesure. Le terrain n'en est qu'une forme d'expression. « Je joue comme je vis et je vis comme je joue. »

 

Photo Benjamin Bourel

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