Mélina Mohammadi : « Terminer dans les cinq premiers »

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Huitième sur douze à la trêve, l'ES Cormelles a réalisé une première moitié de saison mitigée en Deuxième Division féminine de football. Des débuts difficiles et des contre-performances face à des mal-classés ont pesé sur le classement des Cormelloises. La milieu de terrain et capitaine Mélina Mohammadi est néanmoins confiante avant la phase retour.



Quel est votre bilan de la première moitié de saison ?

Les débuts ont été un peu difficiles parce qu'on ne se connaissait pas toutes. Il y a des filles de Condé qui sont arrivées à l'intersaison. Il a fallu prendre le temps de trouver ses marques ensemble pendant quelques matchs. Après, on a réussi à se mettre dedans et à faire de bonnes performances. On a concédé quelques défaites pas forcément justifiées. On n'a pas su bien jouer le coup à certains moments de match et ça s'est retourné contre nous. On est une équipe qui veut peut-être trop jouer par moments et on se fait prendre au piège.



Cela se reflète dans vos statistiques, puisque vous êtes meilleure attaque et deuxième moins bonne défense.

Oui, ce sont des stats un peu bizarres ! On marque à chaque match, c'est une belle évolution par rapport à l'année dernière, où on avait beaucoup de difficultés. Par contre, on en prend aussi derrière. On n'est pas assez rigoureuses sur certaines choses défensivement. Ça concerne l'ensemble du groupe, pas seulement la dernière ligne. Il y a encore du travail à faire dans le bloc.



Y a-t-il une petite déception à ne pas être plus haut, vu l'effectif dont vous disposez ?

Si on avait battu au moins Amiens et Gonfreville, qui étaient derniers quand on les a affrontés, on serait quatrièmes ou cinquièmes du championnat. On serait à le place qu'on mérite, je pense. Du coup, on a relancé les deux derniers. Le regret est dans ces deux matchs.



Vous avez du mal à assumer un statut contre les équipes qui sont normalement inférieures à la vôtre ?

C'est toujours plus dur de s'adapter, puisqu'on joue le jeu de l'adversaire. A Amiens, on s'est fait rentrer dedans. On n'a pas forcément été à la hauteur physiquement. Gonfreville, c'était un peu compliqué par le contexte. On n'a peut-être pas préparé ces matchs de la même manière que si on avait affronté les premières.



Comment expliquez-vous des résultats en dents de scie ?

Je pense que c'est la préparation de match. A un moment donné, le groupe est là, il répond présent. Il y a des week-ends où ça ne va pas. Parfois, ça ne veut pas rentrer, aussi. On a fait un match avec pas loin de 6-7 barres ou poteaux. Il faut que ça se stabilise. La deuxième partie va être mieux, parce que là on arrive à trouver notre jeu et à le développer. Ça va porter ses fruits.



Que pouvez-vous espérer sur la deuxième moitié de saison ?

Ne pas perdre de match (rires). Ne pas refaire les mêmes erreurs, se faire plaisir un maximum en prenant les points qu'on peut prendre et finir dans les cinq premiers.



C'est une saison intermédiaire pour Cormelles, sans réel danger de relégation ni espoir de montée ?

Oui. L'objectif est de stabiliser l'équipe. En premier lieu, on joue le maintien, mais on aimerait bien terminer dans les cinq premiers. De toute façon, on n'a pas l'effectif pour jouer en D1. Le palier est énorme. C'est un travail qui va peut-être s'amorcer sur les deux années à venir.



« ES Cormelles, ça parle pas trop. SM Caen, les gens percutent tout de suite. »



La D1, vous y pensez, vous les joueuses ?

On ne l'a pas dans la tête, mais on en a envie. Vu comment l'équipe évolue, on ne se voit pas monter pour redescendre. On veut que ce soit bien construit, qu'on soit largement premières du groupe pour dire "là on est prêtes à faire quelque chose à un niveau beaucoup plus élevé". Le haut de la D1 est très élevé, le bas de la D1 est accessible sur certains matchs. Il faut aussi se faire plaisir dans un championnat et ne pas partir tous les week-ends pour se prendre des 6 ou 7-0.



Au niveau que vous décrivez, dans le haut de tableau de D1, la différence se fait financièrement ?

Oui, je pense. Cinq des six premiers de D1 fonctionnent avec des clubs professionnels masculins. Ils ont des moyens développés, des joueuses payées, des joueuses qui s'entraînent cinq fois par semaine. A Cormelles, on a trois entraînements par semaine. Un club qui veut évoluer au haut niveau doit s'entraîner tous les jours avec l'ensemble de son groupe. Nous, on travaille à côté, on n'est pas payées, ce n'est pas évident.



La saison prochaine, les clubs de Ligue 1 auront obligation d'avoir une équipe féminine…

C'est ce que j'ai entendu (sourire). Après, est-ce les clubs masculins vont se donner les moyens de développer la section féminine, je ne sais pas. Il y a des clubs masculins qui ont pris une équipe féminine sans forcément développer des moyens derrière. Lyon a gagné la Ligue des Champions parce que le président a voulu mettre les moyens, pas seulement parce que leur équipe est rattachée à un club masculin.



Si Malherbe voulait s'appuyer sur une section féminine existante, Cormelles aurait de bonnes chances d'être choisi. C'est en tout cas le désir de votre club. Ça changerait beaucoup de choses pour vous ?

Oui, ça changerait des choses. Déjà en termes de reconnaissance dans le football. ES Cormelles, ça ne parle pas trop. SM Caen, les gens percutent tout de suite. En termes de moyens, on pourra développer d'autres choses. Il peut aussi y avoir des matchs en lever de rideau… Mais pour moi, c'est surtout la reconnaissance du football féminin qui changerait.



Et au niveau sportif ?

C'est par là que va se développer la professionnalisation et que le football féminin va grandir. Peut-être qu'après les clubs en-dessous pourront se développer de la même manière. Après, la question des moyens financiers, ça reste compliqué.



« L'équipe de France a donné une bonne image du football féminin »



Vous parlez de renommée, comment vivez-vous le manque de reconnaissance qu'il peut y avoir autour d'une équipe comme la vôtre, qui évolue en deuxième division nationale ?

On a nos habitués, des gens qui viennent nous voir depuis des années, mais il y a un palier énorme entre un stade plein au SM Caen et l'ES Cormelles le dimanche après-midi ! C'est plaisant d'avoir du monde autour de soi, de voir que les gens s'intéressent à ce qu'on fait. Ça crée une dynamique. On a fait des choix pour développer le football, on a donné plus de moyens aux garçons qu'aux filles. C'est dommage parce qu'on aurait pu développer les deux de la même manière. Il ne faut pas non plus voir les choses négativement, ça a quand même pris de l'ampleur au niveau féminin. Mais c'est vrai qu'il y a un fossé énorme entre le football féminin et le football masculin.



Quelle évolution percevez-vous ?

Il y a des centres de formation, des pôles espoirs qui se sont créés, même si ça a été assez tardif par rapport à ce qu'il y a eu chez les garçons et qu'il n'y a pas de pôle espoir dans toutes les grandes villes. Il n'y en a pas à Caen, par exemple, alors qu'il y a des équipes de niveau national à côté. Il y a aussi plus d'équipes, plus de jeunes, plus de catégories enfants. À mon époque, il y avait très peu de filles qui jouaient. À Cormelles, ça va des enfants de six ans aux séniors. C'est une belle évolution qu'il y ait des écoles de foot purement féminines.



Le football féminin a-t-il ressenti l'effet Coupe du Monde, cet été ?

Oui. J'ai trouvé que c'était une belle équipe de France. Ça a permis aux gens de percevoir que le football féminin et le football masculin étaient différents. Elles ont joué le jeu, elles ont été très proches de leurs supporters. On les voyait beaucoup sourire, s'amuser. Elles ont donné une bonne image du football féminin et ça a eu un bon impact.



Quels sont les atouts de la pratique féminine ?

Ce n'est pas la même pratique. Certes, le football féminin va moins vite, mais on est plus axé sur la technique et des choses un peu plus précises que les garçons. Ce sont d'autres valeurs je pense. Le respect est peut-être un peu plus présent, l'amusement aussi. On perçoit moins la compétition.



Un dernier mot sur l'évolution du club de Cormelles. Comment la percevez-vous ?

Cormelles a été en D1 il y a une dizaine d'années. On a joué en D2 ensuite, puis en D3, et on est remonté en D2. Il y a eu des hauts et des bas. À l'heure actuelle, avec l'équipe qu'on a et si l'effectif s'agrandit, il y a peut-être la possibilité d'aller chercher un niveau supérieur. Il y a des bases solides, des filles qui ont de l'expérience, notamment celles qui viennent de Condé puisqu'elles ont connu la D1, et des filles qui jouent ensemble depuis longtemps.

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