Le Stade Malherbe prépare sa féminisation

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Le sujet anime depuis quelques mois le microcosme du football féminin bas-normand : le Stade Malherbe va créer une section féminine. Anticipant la future obligation fédérale, le club du président Fortin a pris le sujet à bras-le-corps. Source de polémiques, le dossier a été abondamment commenté malgré la discrétion préconisée par les dirigeants caennais. Où en est-il vraiment ? Nous avons interrogé les principaux acteurs.



Des filles au Stade Malherbe ? Voilà longtemps qu'il n'y en a plus, du moins sur le pré vert. Quand quelques clubs d'élite suivaient la voie tracée par l'Olympique Lyonnais, qui s'est installé sur le toit de l'Europe en consacrant 3,5 millions d'euros à ses footballeuses, le SM Caen ne témoignait aucun intérêt particulier à la création d'une section féminine. L'élection de Noël Le Graët à la tête de la Fédération française de football a initié un nouveau mouvement. Dans la foulée de sa prise de fonction, surfant sur l'effet Coupe du Monde (la France prit la quatrième place), le Breton annonçait sa volonté de dynamiser la pratique féminine. Parmi les pistes évoquées, devant conduire à faire de la France « une nation de référence en terme de licenciées » et de performances, l'une d'elles a retenu toutes les attentions. « Je vais faire passer un texte où dans les trois ans qui viennent, chaque club pro devra avoir une équipe féminine patronnée sur son district », confiait Noël Le Graët en septembre 2011. Lui-même n'avait pas attendu d'occuper ses nouvelles responsabilités fédérales pour montrer l'exemple avec sa structure, Guingamp. L'été dernier, Saint-Brieuc, pensionnaire de Première Division, dissolvait sa section féminine et transférait ses droits sportifs – moyennant finances – à l'En Avant.


Ce type de démarche, propre au football, revêt un intérêt mutuel. Le club masculin s'octroie à moindres frais et dérangements les services d'une équipe capable d'évoluer au plus haut niveau national. Du clé en main. La section féminine dispose pour sa part de nouvelles ressources financières lui permettant de s'asseoir plus aisément à un certain niveau de compétition, via notamment des contrats fédéraux (les contrats pros n'existent pas dans le football féminin). Cinq des six premiers de D1 jouent sous les couleurs d'un club professionnel masculin. Tous ont absorbé une section féminine déjà existante. Seul Juvisy résiste, et plutôt bien puisqu'il est actuellement leader du championnat. En Basse-Normandie, ni Condé-sur-Noireau ni Cormelles-le-Royal, qui ont tous deux connu l'élite nationale, ne semblent actuellement en mesure d'y retourner. « En tout cas, ils ne pourront pas y rester, précise Mylène Pannier, cadre technique régionale en charge notamment du secteur féminin. Il n'y a que Malherbe qui peut mettre les moyens pour perdurer en D1. Les autres n'ont pas les reins assez solides, on l'a bien vu dans le passé. » L'avenir du football féminin passe aujourd'hui par les hommes, en attendant qu'il vole par ses propres ailes.


« Une préférence pour Cormelles », mais...


Cela, Cormelles l'a vite compris. Pensionnaire de Deuxième division après avoir fait un petit tour à l'étage supérieur au début des années 2000, le club de l'agglomération caennaise songe depuis longtemps à se rapprocher du puissant voisin. Olivier Cahoreau, président de l'ES Cormelles et entraîneur de l'équipe première, ne le cachait pas en septembre dernier. « Cela fait trois ans que je suis en relation avec le Stade Malherbe. J'ai eu une fin de non-recevoir à chacune de mes propositions. Mais si une obligation arrive, ils vont devoir se poser la question. » L'obligation n'est pas encore arrivée, puisqu'aucun texte n'a été voté, mais Caen a donc anticipé la chose. Cormelles a naturellement retenu son attention quand le dossier "football féminin" a été mis sur la table. Ses atouts sont conséquents, entre des infrastructures de qualité (Malherbe s'est d'ailleurs entraîné pendant trois mois à Cormelles la saison dernière), deux équipes évoluant au niveau national (les séniors sont en D2, les U19 en championnat national), une école de football, près de 90 licenciées et une réelle proximité géographique. « Le Stade Malherbe a une préférence pour Cormelles », assurait Alain Palud, adjoint aux Sports de Cormelles, le mois dernier.


D'après nos informations, la section féminine de Cormelles et le Stade Malherbe étaient sur le point de signer leur fusion au début du mois de janvier. C'est alors qu'il s'est produit un sérieux contre-temps. La municipalité de Cormelles a affiché ses réticences face à la manœuvre. « On est partagés, reconnaît Alain Palud. Quelques conseillers se posent des questions. Cela fait quarante ans que Cormelles a un club féminin. La ville est connue pour ça. La commune s'inquiète un petit peu, elle a peur que cela coûte cher et elle se demande ce qu'il adviendra des jeunes filles non-conservées par Malherbe. S'il y avait eu un vote [en conseil municipal, le 6 février], je pense que le non passait. Or c'est le conseil municipal qui décide. » Un groupe de travail a été constitué pour tenter de répondre aux questions soumises par les élus. Il rendra ses conclusions le mois prochain. « C'est le flou artistique, déplore Olivier Cahoreau. Ces questionnements sont légitimes, mais sportivement, les choses sont calées pour nous. C'est important pour le club. Il pourrait grandir plus vite avec de nouveaux atouts logistiques et financiers. »


« On ne veut pas se tromper »


Les atermoiements cormellois ont contraint le Stade Malherbe à revoir ses plans. Le lancement de la section féminine, prévu dès 2012, a été reporté d'une année. « Le président [Fortin] souhaitait la monter assez rapidement, indique Alain Caveglia, directeur sportif en charge du dossier. En fait, on a décidé de prendre notre temps. Il y aura une section féminine au Stade Malherbe, mais ce ne sera pas pour 2012. » Qu'en sera-t-il en 2013 ? Caen a deux solutions : rester sur l'optique d'une absorption avec transfert de droits sportifs (ce qui lui permettrait de débuter au niveau où la section féminine qui l'a rejoint aurait dû évoluer) ou bâtir de lui-même sa propre section. Seul l'Olympique de Marseille a agi de la sorte parmi les clubs "masculins", de plus en plus nombreux à disposer d'une ou plusieurs équipes féminines. « Au départ, on était plutôt sur une fusion, avance Alain Caveglia. Maintenant, on se pose la question. On regarde tout, on essaie de prendre le maximum d'informations avant de trancher. On ne veut pas se tromper. Une fusion, ça veut dire prendre toute la section féminine. Il faut qu'il y ait le même esprit que le Stade Malherbe. On essaie d'avoir le maximum de renseignements et le maximum de garanties pour ne pas se planter. » Le Stade Malherbe, assure l'ancien attaquant du HAC, est « en pleine réflexion » et n'a encore rien décidé. Il préfère avancer dans la discrétion. « Beaucoup de gens ont parlé sur ce dossier, donc maintenant on ne dit plus rien. »


Si les dirigeants caennais ne parlent pas plus, c'est aussi parce qu'ils conservent beaucoup de questions en suspens. Sur leurs ambitions, par exemple. Malherbe aura-t-il une section féminine pour se conformer seulement au règlement, ou aura-t-il pour objectif de rivaliser avec les meilleures formations françaises ? « On est également en pleine réflexion à ce sujet, répond Alain Caveglia. C'est tout nouveau, on y travaille seulement depuis fin 2011. On a rencontré du monde, maintenant on réfléchit. Mais si on fait quelque chose, autant le faire bien. » Par son prestige, le Stade Malherbe sera « inévitablement le club d'élite de la région », précise Mylène Pannier, qui lui voit bien ambitionner la Première division à moyen terme. Comme d'autres conseillers techniques régionaux, elle a été consultée par Malherbe. « Ils nous ont demandé notre avis sur les clubs porteurs de la région, la manière dont ils sont structurés, etc. Ils prennent le dossier à coeur. » Trois à quatre salariés du club travaillent « pas au quotidien mais régulièrement » sur la section à venir. Ce ne sont pas eux qui décideront, mais le directoire.


Condé et l'AG Caen, discrets mais présents


Entre la section autonome, qui démarrerait en district, et une fusion avec Cormelles, soumise aux hésitations de la municipalité, il existe d'autres voies. Elles ont pour noms Condé-sur-Noireau et l'Avant Garde Caennaise. Condé constitue l'équipe la plus performante de Basse-Normandie, tant aujourd'hui (les Condéennes sont cinquièmes de D2) que dans la dernière décennie (trois accessions en D1). « On est capables de construire un projet dans une vision de très haut niveau », expose son président Jean Elisabeth. Officiellement, Condé « n'a pas eu de contact » avec Caen. On est en droit d'en douter sérieusement, même si le Football club féminin condéen ne se fait pas beaucoup d'illusions. « Notre position est simple, poursuit Jean Elisabeth. Si le Stade Malherbe souhaite le concours du FCFC, nous sommes ouverts. Nous avons l'avantage d'être un club uniquement féminin et indépendant. C'est au Stade Malherbe de décider ce qu'il a l'intention de faire. Si on est sollicités, on verra. » Condé prépare déjà la saison prochaine. Avec ambition. « Je pense que la montée sera un de nos objectifs. »


Des trois clubs concernés par une possible fusion, l'Avant Garde est le seul à évoluer en championnat régional. C'est son principal handicap. « Si Malherbe veut une équipe opérationnelle en D2, on n'en est pas loin mais on n'y est pas », constate Fabrice Mahier, président de la section football du plus grand club omnisports de Caen. L'AGC, dont la section féminine n'a que quatre ans, avance sans bruit. « On préfère ne pas communiquer vu toute la polémique qu'il y a eu. Nous, on n'a rien demandé. On n'a pas vraiment de position. On a dit à Malherbe qu'on existait, mais c'est tout. On n'est pas dans la course, on n'a pas fait de dossier. Dès lors que Malherbe ne nous a pas rencontrés, on ne peut pas se dire candidats. » L'Avant Garde « soutiendra le Stade Malherbe quoi qu'il fasse ». Ses forces ? Sa présence à Caen même, son fort dynamisme, en termes de licenciées comme de résultats, et sa qualité d'encadrement reconnue. Le club caennais affiche comme objectif de rejoindre l'antichambre de l'élite. Pas forcément avec le SMC. « Malherbe en D1, ça laisserait de la place à un club de D2, suggère Fabrice Mahier. On pourrait envisager de travailler ensemble. »


Pour le foot féminin bas-normand, « les barrières vont sauter »


La création d'une section féminine au Stade Malherbe rebattra nécessairement les cartes pour le football féminin bas-normand. « Cela lui donnera un coup d'accélérateur, prédit Mylène Pannier. Ce sera la vitrine qui manquait et qui fera plus parler de notre activité. Les barrières vont sauter. Ça va booster les autres clubs du bassin caennais. Les filles qui ne pourront pas jouer au plus haut niveau avec le Stade Malherbe alimenteront les équipes un peu plus faibles hiérarchiquement. Le Stade Malherbe donnera la chance aux meilleures bas-normandes de rester dans la région. Il pourra aussi donner un coup de main aux autres clubs. En outre, ce sera plus facile de développer des actions promotionnelles, d'être médiatisé, etc. » Le "plus" attendu devra néanmoins être entretenu. Quinzième ligue française par le nombre de licenciées, le football féminin bas-normand en a bien besoin.

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