Bruno Bini : « C'est ça, le foot »

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Personnage atypique, Bruno Bini a donné une âme à cette équipe de France féminine qui vole de succès en succès. Il est longuement revenu hier sur la victoire de ses joueuses contre le Pays de Galles au stade d'Ornano, l'engouement populaire qui l'a accompagnée et les Jeux Olympiques. « Pour moi, le plus grand désir est de se sentir désiré. J'ai l'impression que l'équipe de France féminine est désirée partout où elle va. C'est fantastique. »


Bruno, on imagine que vous êtes satisfait de votre équipe ce soir...

Oui, plus sur la deuxième période. On avait travaillé deux trois trucs hier lors de la mise en place, cela n'a pas complètement fonctionné à mon goût en première période. On savait que cette équipe resserrait exagérément côté ballon, donc il fallait changer rapidement de côté. À la mi-temps, je leur ai expliqué qu'elles avaient beaucoup de libertés de jouer, mais qu'il y avait tout de même un cadre dans lequel il fallait évoluer. Quand on voit le troisième but, c'est ça. C'est exactement la mise en place d'hier. On est content, Élodie aussi. On a profité de sa vitesse, mais pas que de cela. Quand je vais revoir le match, je vais être enthousiaste par rapport à la qualité de ses contrôles. Elle a été techniquement comme jamais elle n'a été. Ce n'est pas un hasard si, sur trois occasions, elle en met quatre au fond. Elle est en pleine confiance.


Elle a passé un cap, cette saison ?

C'est toute l'équipe qui a passé un cap, c'est le staff qui a passé un cap, c'est tout le monde.


On a vu beaucoup de mouvement : c'est quelque chose que vous avez travaillé ?

Quand vous avez des joueuses de cette qualité, c'est le jeu qui veut ça. C'est notre jeu d'attaquer, de déstabiliser l'adversaire. Ça a un peu moins bien fonctionné contre l'Ecosse. Là, on a vu quelques mouvements intéressants. Je leur ai dit qu'elles pouvaient être contentes, jusqu'au mois de juin je vais les laisser tranquilles. Elles vont être en vacances du sélectionneur. Je ne les reprendrai qu'après le championnat. A partir de demain (aujourd'hui), vous pourrez parler des Jeux Olympiques. On a atteint notre objectif : six matchs, dix-huit points. On a un pied (à l'Euro), on passera le corps en septembre, mais on n'y est pas encore. Laurent Blanc a passé la journée avec nous, il nous a parlé de son expérience en équipe de France. Ça peut arriver de rater les deux derniers matchs. On est serein mais lucide aussi. On respecte tout le monde.


Le public est venu nombreux vous soutenir...

Quel public ! On a vu Lens, ici... J'ai dit aux filles à la mi-temps, « le public ne va pas vous porter, il va vous transporter ». Ce que j'aime dans le foot avec les femmes, c'est que c'est un public bon enfant. Il n'y a pas « oh hisse... machin » et des choses du genre. Le jour où il y aura ces propos-là, je partirai. Je me régale. Vous pouvez venir en famille tranquillement. Il y avait beaucoup de jeunes, beaucoup de gamines... C'est ça, le foot. Aujourd'hui, tout était ouvert, les tribunes du bas comme les tribunes du haut. Ça transporte les filles. Vous imaginez qu'elles jouent en club devant 150 spectateurs, 200 voire 500 quand c'est bien ? On se sent soutenu. Pour moi, dans la vie, le plus grand désir est de se sentir désiré. J'ai l'impression que l'équipe de France féminine est désirée partout où elle va. C'est fantastique.


Vous attendiez-vous à voir cet engouement populaire perdurer après la Coupe du Monde ?

Ça dépendait aussi du jeu qu'on allait faire. On continue à faire du jeu et les filles n'ont pas changé. La grande peur de tout le monde, je ne sais pas pourquoi, c'est que les filles changent. Moi, je n'ai pas peur. Quand il y en a une qui s'écarte un peu, on se dit les choses. Il est vrai que c'est plus facile de partager les galères que les succès, mais en équipe de France on se dit les choses. Des fois, ça pète, et après on repart sur de bonnes bases.


Cet engouement vous donne-t-il une pression supplémentaire pour les Jeux Olympiques ?

Non, j'ai beaucoup de distance vis-à-vis de ça. France – Angleterre (quart de finale de la Coupe du Monde 2011), 88ème minute. Poteau rentrant, on est des très bons. Poteau sortant, je suis un très con. Un demi-centimètre, à quoi ça tient ? Et pourtant, on a fait le même match. Aux Jeux Olympiques, on va y aller pour chercher une médaille, la plus belle si c'est possible, mais on sait très bien qu'on peut sortir dès les poules. La grande différence, c'est qu'elles sont persuadées maintenant qu'elles sont capables de le faire. C'est comme le bourdon. Normalement, ça ne peut pas voler un bourdon, c'est prouvé scientifiquement. Son corps est trop lourd par rapport à ses ailes. Mais lui il ne sait pas qu'il ne peut pas voler, donc il vole. Donc nous on va aller chercher une médaille aux Jeux Olympiques.

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