Patrice Garande : « Les JO, c'est un truc exceptionnel »

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A l'été 1984, Patrice Garande avait 24 ans et il venait de terminer meilleur buteur de première division avec l'AJ Auxerre. L'actuel entraîneur du Stade Malherbe avait été sélectionné aux Jeux Olympiques de Los Angeles. Auteur du premier but tricolore de la compétition contre le Qatar, il s'est blessé peu après et n'a repris la compétition qu'en finale contre le Brésil. Alors que les Jeux de Londres battent leur plein, Patrice Garande n'a rien oublié de cette aventure humaine et sportive.

 

« Ça reste pour moi le plus gros souvenir de ma carrière. J'ai de très grands souvenirs de tout ce que j'ai fait en tant que footballeur professionnel, mais les JO, c'est un truc exceptionnel. C'est la plus grande compétition du monde. A mes yeux, c'est plus fort qu'une Coupe du Monde. Les JO regroupent tous les sports, toutes les cultures, toutes les nationalités. C'est un mélange incroyable. A Los Angeles, j'étais à la cafet' avec la petite gymnaste Mary Lou Retton (médaille d'or du concours général, ndlr), au Coliseum j'ai vu Carl Lewis faire ses trois médailles d'or… C'est quelque chose de vraiment exceptionnel.

C'est là-bas que j'ai pris conscience qu'en ma qualité de footballeur j'étais un assisté. Il y a un mec qui remplissait ma feuille de sécurité sociale, un mec qui s'occupait de mes impôts, un mec qui m'amenait mon équipement… D'un coup, on se retrouve avec des athlètes qui font tout tout seuls. Et ils peuvent perdre tout le fruit de leur travail pour un dixième ou un centième de seconde. Je raconte souvent cette anecdote mais je m'en rappellerai toujours. Il y a toujours un endroit aux Jeux où les athlètes peuvent revoir leur course, la compétition, et suivre les Jeux. Joseph Mahmoud était avec nous. Il s'est levé, il a pris son sac, il est monté dans le bus, il a fait son échauffement, il a gagné sa médaille, il a repris le bus et il est rentré.

 

J'ai pris conscience de l'impact que ça avait au retour. On est coupé du monde, on est dans notre bulle. Quand je suis rentré, que j'ai vu la rétrospective des Jeux, avec l'enthousiasme des commentateurs et l'impact que ça avait en France, je me suis dit "j'étais là". On est la première équipe de sport collectif en France à avoir gagné une médaille d'or. Depuis, il n'y a pas une équipe de France de football qui s'est qualifiée pour les Jeux. Et à mon avis ce n'est pas près d'arriver.

On avait annoncé qu'on allait là-bas pour gagner la médaille, et on l'a fait. Quelque chose a changé dans la mentalité française par rapport à la compétition et par rapport à des objectifs précis. C'était la première fois que des professionnels participaient aux Jeux. Les pros avaient le droit de participer à condition de ne pas avoir eu de sélection en championnat d'Europe ou en Coupe du Monde. Ça reste une aventure humaine et sportive exceptionnelle, un moment extraordinaire. On était une bande de potes. On avait un super entraîneur, Henri Michel. On faisait ce qu'on voulait. Quand tu as tout un stade avec des gens debout qui chantent l'hymne américain… t'es américain, c'est obligé. Il y avait une identification au pays incroyable. Carl Lewis, je l'ai vu se faire aduler et siffler. Le seul regret que j'ai, c'est de ne pas avoir fait la cérémonie d'ouverture. C'est fantastique.

On a disputé la première partie de la compétition à Napolis. Ça ne ressemblait à rien d'autre qu'un tournoi de foot. C'est quand tu arrives dans le village olympique que ça devient incroyable. On a joué au Rose Bowl de Pasadena (en banlieue de Los Angeles), un stade mythique pour le sport américain. A l'époque on avait battu le record pour un match de foot. Il y avait 103 000 spectateurs je crois. S'il y en avait 15 000 qui comprenaient quelque chose au foot… Tu mettais des chandelles, les mecs gueulaient (sourire). C'était marrant à voir.

Il y a un paquet de grands joueurs qui ont gagné une Coupe du Monde et qui rêvent de participer aux Jeux Olympiques. Il ne leur manque que ça, cette émotion-là. Quand tu fais les Jeux Olympiques pour ton pays, tu ressens une vraie appartenance. Il y a quelque chose qui se passe par rapport à tes couleurs. »

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