Le football féminin se développe à la base

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La rentrée du football féminin s'est déroulée samedi dernier à Cormelles. 120 jeunes filles âgées de six à quatorze ans avaient répondu favorablement à l'invitation du district du Calvados. Leur présence autrement plus conséquente que lors des précédentes éditions a témoigné du développement de leur pratique à la base de celle-ci. La marge de progression reste immense mais les choses commencent à avancer.

 

 

Pauline a treize ans et le football dans le sang. Elle joue au club de son quartier depuis « sept ou huit ans », a du talent à revendre et une ambition affirmée qu'elle confie pourtant timidement. « J'ai envie de faire quelque chose dans le foot. Mon rêve est d'aller en équipe de France. » Comme 120 demoiselles, quasiment toutes plus jeunes qu'elle, Pauline était à la rentrée du football féminin samedi 6 octobre à Cormelles. Au programme : du jeu, du jeu et du jeu. Seul un atelier de motricité, réservé aux plus petites, accompagnait l'organisation des matchs sur terrain réduit. Les quelques gouttes d'eau tombées, matérialisant un ciel chargé, n'ont pas refroidi l'ardeur des participantes ni la satisfaction de leur entourage. « Les filles étaient pressées de venir, indique Stanislas Sureau, éducateur au club du Chemin Vert. Elles étaient contentes de se retrouver avec d'autres filles et de faire de la compétition. » Le mot a beau être banni par les instances – on parle de découverte et d'apprentissage jusqu'aux U15 – l'envie de gagner est déjà bien présente. L'intérêt majeur réside néanmoins ailleurs. « Ça fait du bien ce genre de journée, sourit Olivier Cahoreau, président du club hôte. Ça montre que le foot féminin existe sur la région et ça donne envie de le développer encore plus. Il y a dix ans, ce genre de rassemblement n'existait même pas. » Venus nombreux observer leurs protégées, les parents ont tout autant apprécié le format. « C'est génial, assure Patricia Hamel, maman de Nassima. Les filles sont bien encadrées. »


Les encadrants ? Un petit bataillon de volontaires engagés dans le cadre du service civique, ce dispositif adressé aux 16 – 25 ans désireux de contribuer à l'intérêt général au sein d'un domaine bien déterminé. Leur mission ? Développer le football féminin à la base, parmi les jeunes filles âgées de 6 à 11 ans. Concrètement, l'objectif de la Ligue de Football de Basse-Normandie, titulaire de ce service civique, consiste en l'augmentation du nombre de licenciées par la création de nouvelles équipes et d'écoles de football féminines. Après quelques mois d'activité, le programme porte déjà de beaux fruits. La Copa féminine, organisée lors de la venue de l'équipe de France à Caen le 4 avril dernier, a accueilli 120 équipes de footballeuses en herbe encore non-licenciées. La Ligue a poursuivi cette action au travers de plateaux. Avant la tenue du premier, qui aura lieu samedi 20 octobre, il y avait donc une rentrée des classes au niveau départemental. La participation, qui a souffert des conditions climatiques, a ravi les organisateurs. « On est satisfaits, annonce Benoît Lagarde, conseiller départemental pour le football d'animation. C'est un travail de fond qui est mis en avant, celui mené depuis l'an dernier par les services civiques. Tout l'enjeu est de conserver ces demoiselles et d'en recruter de nouvelles. »


Grandir par la masse


En deux ans, le taux de participation a fait largement mieux que doubler. La saison dernière, l'événement avait même été annulé faute d'un nombre suffisant de joueuses. La progression du football féminin est manifeste à tous les étages. Et le premier d'entre eux concentre le plus d'efforts.

« Le football masculin a commencé par énormément de masse, rappelle Olivier Cahoreau. Il faut faire pareil chez les filles. Le football féminin commence à la base. » Sa croissance doit néanmoins beaucoup à la petite élite que constitue l'équipe de France, vitrine idéale à plus d'un titre. La qualité de jeu, les bons résultats et le charisme des joueuses font un excellent cocktail pour la promotion de la discipline auprès du plus grand nombre. « Le combat du foot féminin est presque gagné, poursuit avec entrain le président de l'ES Cormelles. Il n'y a plus de connotation négative. Les choses sont entérinées. » Si le foot sort peu à peu du tout masculin, des réticences demeurent tout de même, en particulier chez les joueurs. « De 13 à 17 ans, il y a deux fois plus de machisme, même dans un club comme le nôtre où le foot féminin est très ancré », témoigne Olivier Cahoreau, opposé à la mixité. « La vision du foot féminin change chez les plus grands, estime pour sa part Stanislas Sureau. C'est moins vrai chez les petits. Ils ne voulaient pas d'entraînements mixtes en début de saison. » En compétition, la mixité est autorisée jusqu'à 15 ans. Au-delà, il faut se tourner vers les équipes féminines pour poursuivre sa passion.


Pauline a prévu de suivre cette voie à la rentrée prochaine. Quand elle ne joue pas avec ses deux sœurs, également footballeuses, elle pratique son sport avec des garçons. Seule fille de l'équipe. Pour elle, la mixité n'a rien d'un problème. « Ça se passe très bien dans l'équipe et on progresse beaucoup plus vite avec les garçons, surtout au niveau physique. Ce n'est pas du tout le même niveau. » A l'âge de Pauline, la différence tend néanmoins à se réduire. La qualité de jeu déployée par les meilleures équipes féminines de jeunes est aussi séduisante que prometteuse. Avec elles, le vœu formulé par Olivier Cahoreau – « il faut que le football féminin gagne en crédibilité en terme de jeu dans les catégories supérieures » – se réalisera d'ici quelques années. Pour l'heure, le niveau régional apparaît relativement faible chez les séniors. Il souffre aussi d'une représentation réduite. Cinq équipes composent le championnat de Division d'Honneur en Basse-Normandie. Il n'y a que sept autres équipes à onze dans la région, réunies en Promotion d'Honneur.


« Elles apprennent plus vite »


Beaucoup de ces footballeuses adultes ou en passe de l'être ont chaussé leurs premiers crampons sur le tard. La proportion sera sans doute bien différente quand les générations suivantes prendront le relais. Le football s'est féminisé chez les plus jeunes, même si la gent masculine n'y est pas étrangère. « Il y a souvent quelqu'un de la famille, un frère par exemple, qui joue déjà », indique Stanislas Sureau. Nassima, 10 ans, s'est inspirée pour sa part de son « tonton, un joueur professionnel ». L'oncle en question est Youssef El Arabi, de quoi faire naître quelques vocations familiales. L'effet boule de neige joue aussi à plein. « Au début, elles étaient trois. Les copines sont venues, et maintenant elles sont dix », signale Stanislas Sureau. Ce dernier, arrivé début septembre à la tête de plusieurs équipes du Chemin Vert, apprécie l'expérience chez les jeunes filles. « Elles écoutent plus que les garçons, donc elles apprennent plus vite et comprennent plus vite. Elles ont davantage l'esprit compétiteur. Elles s'amusent autant que les garçons mais elles parlent tout de suite de gagner. On n'est pas non plus toujours derrière elles comme il faut l'être avec les garçons. »


Les jeunes footballeuses se retrouveront cinq samedis matins entre le 20 octobre et le 19 janvier dans la continuité de la Copa féminine. En parallèle, certaines équipes féminines participent déjà aux plateaux masculins. « Au début, les garçons sont surpris, témoigne Olivier Cahoreau. Une fois sur le terrain, ils oublient et ils jouent. » Dans le plaisir du jeu, nulle inégalité. C'est bien là l'essentiel.

 

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