Le roller derby, ce sport de contact féminin

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Écrire un article sur le roller derby n'est pas chose aisée. Pas pour les cinquante pages de règlement d'un sport où, contrairement aux idées reçues, tous les coups sont loin d'être permis. Nous laisserons ces subtilités aux principales intéressées. Non, la difficulté provient de la nécessité de démêler le vrai du faux dans les clichés véhiculés par cette discipline récente. C'est parce que c'est un sport de contact féminin aux origines militantes que le roller derby intrigue autant qu'il séduit.

 

 

Beaucoup de choses sont dites et écrites sur le derby roller, mais il suffit d'assister à un seul entraînement pour se rappeler de son essence. Le derby est d'abord un sport, pas moins exigeant qu'un autre. Sans doute plus, même. « C'est un sport très difficile, affirme l'entraîneur caennais Max Boulland. Il faut, avant d'être considéré comme une joueuse de niveau correct, un an de formation. Peu de gens s'y accrochent. Avant de prendre plaisir à faire une belle action collective, on en prend plein la gueule en solo. » Pendant plusieurs mois, les recrues vont apprendre la base de la pratique : patiner et tomber. Celles qui arrivaient en pensant faire du patin à roulettes entre filles ont été surprises, « même si au début ça parlait vachement chiffons, etc. ». Ce n'est que quand elles maîtriseront les fondamentaux que les roller girls pourront réellement s'adonner à leur discipline.


Un sport complet avant tout


Le roller derby ? Un sport créé par des Américaines dans les années 1930, mais dont la forme actuelle n'existe que depuis le début du siècle. « C'est un sport collectif, décrit Alisson Duvey, aussi connu dans le milieu sous le nom de Chantal d'Acier. Deux équipes s'affrontent en patins (quads) sur une piste ovale. Chaque équipe est composée de cinq joueuses : quatre bloqueuses et une jammeuse, considérée comme une attaquante. Le but des jammeuses est de traverser le pack adverse (formé par les bloqueuses) le plus de fois possible sur des rounds – des jams – de deux minutes. Le but des bloqueuses va être d'éjecter, bloquer ou faire tomber la jammeuse adverse tout en aidant sa propre jammeuse à se frayer un passage. » Le roller derby est un sport de contact où les coups sont évidemment règlementés. Il est interdit d'utiliser les mains et les coudes pour gêner son adversaire. Les croche-pieds sont également honnis. Près de quinze arbitres surveillent les débats et pénalisent les joueuses contrevenantes.


Les roller girls l'assurent : leur sport n'est pas violent. Du moins, pas plus qu'un autre. Il requiert surtout agilité, vitesse, endurance, sens tactique... et opiniâtreté. « C'est un sport qui allie beaucoup de choses en même temps, estime Océane Poulain, passée du foot au derby sans le moindre regret. Au premier match que j'ai vu, j'ai dit "ouah je veux faire pareil". Même quand on ne connaît pas les règles, on apprécie le côté spectaculaire. » Spectaculaire, le derby l'est à plus d'un titre. Par son jeu, on l'a vu, et sans doute autant par son environnement. S'il fait beaucoup parler et qu'il se répand rapidement, c'est parce que le roller derby a quelque chose de plus que les autres. « Il y a une particularité culturelle », reconnaît Océane. Bas résilles, mini-shorts, chaussettes hautes débardeurs moulants, noms de scène... bienvenue dans un univers quelque peu décalé.


Entre clichés et folklore


« Tout le monde vient avec son cliché, reconnaît Alisson Duvey, la capitaine caennaise. Certaines aiment bien le délire pin-up, d'autres punk... Même si c'est un sport qui cache une certaine discipline, tu as la liberté de venir comme tu es. Je suis attachée à l'esprit "bas résilles" du sport. Pour moi, c'est féministe de pouvoir s'assumer telle qu'on est. C'est aussi ce que les spectateurs aiment. Même si ça peut paraître cliché, on essaie de conserver ce folklore. » Féministe. Le mot est lâché, et pourtant il ne faut pas l'unanimité. « Sport féministe ? Sport féminin, répond Max Boulland. Comme le rugby était à la base masculin, le derby est à la base féminin. Je ne me pose pas d'autres question. On ne sent pas le "girl power" dans l'équipe. »


Le côté rockabilly, punk, tatouages, « on en est assez éloigné à Caen », estime Océane Poulain, alias Quinn Cardinal. « On en parle quand même entre nous, précise-t-elle. On a un peu tous les mêmes goûts musicaux, autour du rock, metal, punk. On est plus là pour le sport que pour ce côté-là, même s'il prend une partie majeure avec les uniformes et tout le reste. » Rester fidèle au mouvement féministe initiateur du roller derby sans être enserré dans des considérations extra-sportives, c'est ce qui semble animer l'équipe caennaise. D'autant qu'il n'est jamais inutile de préciser qu'« il ne suffit pas de mettre un short et des patins à roulettes si on veut faire du derby comme aux Etats-Unis ». Il faut avant tout s'investir sans compter son temps (ni parfois son argent), sur la piste comme en-dehors.


Premier tournoi, première victoire


C'est au rythme de trois séances hebdomadaires de deux à trois heures chacune que les roller girls caennaises progressent. Les premières ont débuté en août 2011, quelques mois avant que l'association ne soit officiellement créée. Aujourd'hui, les Leopard Avengers comptent 26 joueuses, en plus des entraîneurs et arbitres. Alisson Duvey, séduite par le concept du roller derby, fut à l'origine du projet. Max Boulland, son compagnon, l'a rejointe. « J'ai acheté des patins aussitôt, je me suis dit que j'allais me lancer là-dedans, explique-t-il. Je n'avais jamais patiné, ou au maximum douze minutes avant de me prendre un mur quand j'avais douze ans. Au bout de deux gamelles, on commence à tenir sur ces "trucs". Étant donné que j'avais déjà de bonnes bases de préparation physique, Alisson m'a proposé de venir aider à la préparation physique. Très vite, j'ai voulu dépasser ce cadre-là. J'étais beaucoup plus intéressé par le patinage, le jeu, le fait de monter un collectif et de contribuer à sa progression. »


Via les réseaux sociaux ou le bouche à oreille, le mouvement s'est fait connaître sur Caen, attirant de nouvelles joueuses. Presque toutes étaient débutantes. Les Caennaises ont joué leurs premiers matchs avec l'équipe de Rouen au sein de la Team Normandy. Devenues suffisamment nombreuses pour évoluer en autonomie, elles ont concouru sous leurs propres couleurs le week-end dernier. Leur premier tournoi s'est soldé par une première place nette et sans bavure : trois victoires (contre Rouen, Lille et le Team Centre) et aucune défaite. « L'objectif était de battre Rouen, raconte Mélanie Laurent, aussi connue sous le nom de Spell Mel. On ne connaissait pas vraiment le niveau des deux autres équipes, mais on ne s'attendait pas à réaliser le Grand Chelem. On a bossé super dur et ça a payé. » Caen s'est jaugé et s'est découvert un niveau de jeu intéressant, bien qu'encore éloigné des meilleures formations présentes à Brest, Nantes ou Bordeaux. Le test sera plus relevé les 15 et 16 juin à Lyon, lieu de la prochaine compétition prévue.


Le roller derby tient à son indépendance


Tout jeune en France, puisqu'il est apparu en 2010, le roller derby compte pas loin de 70 équipes féminines (cinq masculines) mais ne dispose pas encore de championnat. Certaines équipes sont affiliées à la Fédération française de roller sport, mais le sport n'est pas reconnu officiellement. « Il y a des tentatives d'officialiser les choses, mais cela va prendre du temps à se construire, expose Max Boulland. Ce qui est inhérent au derby, c'est que pas mal de filles sont des fortes têtes. Il peut y avoir des oppositions. Le mot d'ordre, c'est rester indépendants, maîtres de notre avenir et de nos règles. » Ouvert mais communautaire, le derby n'entend pas renier ses fondements au nom du sacro-saint développement. Pour continuer de grandir, des concessions seront peut-être nécessaires, sans dénaturer l'esprit « do it yourself » cher aux roller girls.

> La page des Leopard Avengers de Caen sur Facebook.

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