Cormelles dans la tourmente

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Depuis une dizaine de jours, l'Entente Sportive Cormelloise est en émoi. Le club phare du football féminin dans l'agglomération caennaise est en situation de crise depuis l'élection d'un nouveau bureau directeur, le 27 juin dernier. Aucune joueuse ne s'est encore réengagée et les incertitudes restent nombreuses.


L'ES Cormelles a-t-elle l'art de se compliquer la vie ? En apparence, tout allait pour le mieux au terme de la saison 2012-2013. Les garçons obtenaient une double montée, certes à des niveaux modestes (PH pour l'équipe première, D3 pour la réserve), et les filles se hissaient au sixième rang du classement de deuxième division. L'aspect sportif, unanimement jugé satisfaisant, reflétait pourtant très mal la situation interne. En coulisse, les tensions se faisaient plus fortes semaine après semaine. L'orage qui menaçait a éclaté jeudi 27 mai au cours d'une assemblée générale extrêmement houleuse. Depuis, deux camps s'affrontent et prennent en otage des joueuses « frustrées et tristes », selon l'une d'elles. Car si l'ESC est un club mixte, légèrement plus masculin que féminin dans ses effectifs (205 licenciés dont 95 filles), c'est bien sa vitrine qui est au coeur des discussions.


Emblème de Cormelles, la section féminine est l'objet de toutes les préoccupations depuis deux semaines et la démission d'Olivier Cahoreau. Il avait été élu président trois ans plus tôt, dans la foulée d'une accession en D2 dont il avait été un acteur majeur. Olivier Cahoreau était alors entraîneur de l'équipe première. Valérie Bourel était sa capitaine, Thierry Bourel son adjoint. Le trio est brouillé depuis – Olivier Cahoreau d'un côté, les Bourel de l'autre – et forme la base du conflit actuel à l'ESC. « Ce qui se passe n'est ni plus ni moins une querelle entre personnes, qui a fait croire que cela allait avoir un impact sur les projets sportifs du club, expose l'actuel président du club, Thierry Bourel. Sur le plan sportif, on a eu des résultats excellents dans quasiment toutes les catégories, mais cette querelle a amené le club au bord de l'implosion. » Olivier Cahoreau a renoncé à ses fonctions trois jours avant l'assemblée générale, qui devait dès l'origine élire un nouveau bureau directeur. Dans la foulée, ses soutiens au sein du précédent bureau ont démissionné à leur tour, laissant le champ libre à une autre liste.


80 % du nouveau bureau directeur représente la section masculine


Pour l'ancien entraîneur cormellois Vincent Lehay, qui ne sera resté qu'un an à la tête de l'équipe, Olivier Cahoreau « n'en pouvait plus ». L'origine du problème n'est pas à chercher dans des projets sportifs discordants mais dans de simples mésententes humaines. « En avril, j'ai révoqué deux personnes du comité directeur parce que nous ne pouvions plus travailler avec elles, Emmanuel Catherine et Valérie Bourel. Cette dernière avait un comportement conflictuel avec différentes personnes depuis de nombreuses années. Elle n'a pas accepté la décision prise à son encontre. La fronde est montée à l'intérieur du comité directeur et il y a eu scission. Ils ont alors monté cette affaire en épingle pour intégrer les garçons. » Avant cette assemblée générale, la section masculine n'avait aucune représentation dans les instances du club. Pointée du doigt dans le passé pour des attitudes extra-sportives, renouvelée entre temps dans de grandes largeurs, elle postulait à un rôle plus important dans les sphères de l'ESC.


Les aspirations masculines ont été écoutées au-delà des espérances quand est venu le moment d'élire le nouveau bureau directeur, jeudi 27 juin. Volontairement délaissé des féminines, le comité directeur a accordé sa confiance à la liste emmenée par Thierry Bourel. Le bureau directeur élu est composé à 80 % de garçons. « Les filles se sont senties humiliées et ignorées », affirme Olivier Cahoreau. « Nous avons été élus démocratiquement, répond Thierry Bourel. Des gens du secteur féminin n'ont pas voulu entrer dans le bureau et ont démissionné juste avant alors qu'ils étaient libres de se présenter. Il y avait vingt places à pourvoir dans le comité directeur, il y a eu quinze personnes élues. Il faut prendre ses responsabilités. Ils n'ont pas voulu se faire élire, après c'est un peu facile de tirer à boulets rouges sur les gens qui ont été élus. » Pour le manager de la section masculine, qui fut pendant dix-huit ans au contact des féminines (en étant notamment entraîneur-adjoint et entraîneur des gardiennes), Olivier Cahoreau a fait face à un « vote sanction » consécutif à ses différends avec Valérie Bourel. « Il y a eu des divergences au niveau du comité directeur parce que quelques personnes du secteur féminin, dont le président, avaient ciblé une personne de ce comité directeur, éducatrice au club, qui est ma femme. Ils lui ont reproché des tas de choses injustifiées. Ça a fini par un clash. Beaucoup de gens n'ont pas été dupes et ont vu les manœuvres. »


Vincent Lehay remplacé par Anthony Thomas


L'AG passée, Valérie Bourel nommée secrétaire du club contre le souhait des joueuses, avec qui les relations sont très compliquées, il était temps pour les nouveaux dirigeants de se pencher sur l'aspect plus sportif des choses. Premier dossier : l'entraîneur. Recruté un an plus tôt par Olivier Cahoreau, Vincent Lehay avait le soutien du vestiaire. « Il avait réussi à former un groupe », souligne une cadre de l'équipe. Les résultats et la dynamique d'ensemble plaidaient en sa faveur. D'autres éléments ont pourtant conduit le bureau directeur à ne pas le reconduire dans ses fonctions. « On ne souhaitait pas forcément se séparer de Vincent Lehay, précise Thierry Bourel. Sauf qu'en même temps nous avons eu des éléments concrets faisant état d'une action menée par M. Cahoreau, Vincent Lehay et d'autres personnes du staff féminin pour monter une section féminine parallèle, avec un bureau distinct des garçons. Les gens du comité directeur se sont sentis touchés par ça et leur position a radicalement changé. La confiance n'était plus possible. » L'ancien entraîneur de l'AG Caen a appris sur son répondeur qu'il n'était pas conservé. Les joueuses ont modérément apprécié la manière.


Ces mêmes joueuses avaient rendez-vous avec leurs nouveaux dirigeants, et leur ancien entraîneur, vendredi soir. Conviées la veille ou le jour même de la réunion, elles ne sont venues qu'à trois. Beaucoup d'entre elles ne souhaitent pas être mêlées par voie de presse aux « règlements de compte » actuels qu'elles déplorent. « On est victimes de ce qui se passe, on ne le gère pas, souligne une joueuse. À l'heure actuelle, on est incapable de savoir qui continue et qui arrête. Personne n'a de certitude. Ce sera plus clair dans une semaine ou deux. » Inquiets d'une possible vague de départs, Thierry Bourel et son équipe ont envoyé un signal rassurant à leur effectif féminin en nommant Anthony Thomas comme nouvel entraîneur. Ce jeune quadra avait pris les rênes des U19 nationales en cours de saison dernière. Son CV comporte surtout un passage par Condé en D1 et D2. « Il peut être fédérateur pour les gens indécis à poursuivre chez nous. Les anciennes de Condé ont joué avec lui. Il y avait une autre solution interne mais elle aurait fait certainement plus de vagues donc on l'a laissée de côté. Un entraîneur extérieur a décliné l'offre pour des raisons familiales, bien que le projet l'intéressait. » En dépit de cette décision, « 70 % de l'équipe première ne resigne pas à l'heure actuelle, estime Olivier Cahoreau. Les filles sont très déçues par ce qui vient de se passer. »


« Je ne vis plus »


Certaines pensent arrêter, d'autres ont pris contact avec Condé. La création d'un nouveau club féminin à Cormelles, un temps évoquée par Olivier Cahoreau, semble difficilement réalisable. La nouvelle structure n'aurait pas le droit d'accueillir plus de six mutées. « On va attendre de connaître le désir des filles, précise l'ancien entraîneur et président. Par contre, on cherche à délocaliser l'école de foot. » L'histoire ne va pas en rester là et pourrait même connaître de nouveaux rebondissements sur le plan extra-sportif. En attendant, Thierry Bourel ne cache pas un certain désarroi. « Depuis jeudi (27 juin), je ne dors pas pour ainsi dire. Je ne vis plus. Je prends la présidence pour aider le club et je n'ai que des tracas. Les gens sont aigris par rapport à une élection qui ne correspond pas à ce qu'ils attendaient. Je veux que tout le monde trouve sa place et se respecte dans le club. C'est loin d'être le cas en ce moment. Les histoires, ça ne nous intéresse pas. On veut que des plus petites aux plus grandes, tout le monde puisse s'y retrouver et jouer au ballon. » En ces temps chahutés, Cormelles ne veut pas oublier l'essentiel. Il n'empêche que la saison qui arrive ne se présente pas sous les meilleurs auspices...

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