Condé, leader invaincu mais frustré

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Quatre victoires en quatre matchs – et un seul but encaissé – pourraient faire du FCF Condé, seul leader du groupe B de Division 2 féminine, un club comblé en ce début de saison. Il n'en est pourtant rien. Le tableau dressé par l'entraîneur Alexandre Leduc est loin de correspondre au bilan comptable. Condé gagne, certes, mais sans produire une qualité de jeu à la hauteur de son potentiel et de ses ambitions. Renforcées par plusieurs arrivées majeures à l'intersaison, les Condéennes ne cachent pas leurs envies de D1.



Alexandre, votre équipe a souffert dimanche pour se défaire de Cormelles dans ce derby à la saveur toujours particulière (2-1)...

Les derbys sont des matchs où le classement n'existe pas. Ça génère des émotions différentes chez les joueuses. Autant le championnat est une continuité, autant le temps s'arrête le temps d'un derby. J'avais dit aux filles que c'était le match que je craignais le plus sur ce début de saison. Il a été quand même satisfaisant. L'équipe d'en face, après un départ assez délicat, n'avait rien à perdre. Jouer sans pression est toujours plus simple que jouer avec. Ce facteur compte aussi. J'ai senti mes joueuses un peu tendues. Pour certaines, c'est le match de leur saison. Le derby arrivait un peu tôt.


Vous avez encaissé votre premier but de la saison sur ce match...

C'est toujours un moment assez délicat de prendre un but quand on n'en a pas encaissé depuis longtemps. On le prend à un moment où il y avait une euphorie certaine parce qu'on venait de marquer notre deuxième but. Même si le contenu n'était pas très intéressant, mener 2-0 contre Cormelles revenait à mettre son empreinte sur la rencontre. Il y a deux-trois minutes derrière une euphorie où il faut être des plus efficaces défensivement. On ne l'a pas été, même si l'action cormelloise est très bien construite aussi. C'est à nous de grandir.


Les chiffres du début de saison laissent à penser que vous vous appuyez essentiellement sur une grosse solidité défensive. Est-ce le cas ?

C'est important d'avoir une solidité défensive pour être dans les hauteurs du classement. La volonté d'être efficace défensivement correspond aussi à celle d'essayer de maîtriser le ballon, chose qui n'est pas forcément le cas en ce moment. Ça n'enlève rien au fait que les filles sont désireuses de bien faire dans l'animation défensive. Celle-ci est assez intéressante. Les joueuses savent bien que dans le contenu il y a des défaillances, mais elles gardent en tête l'idée de préserver leur but vierge. Il y a des satisfactions de ce côté-là.


« La recette ne prend pas »


Dans le jeu, estimez-vous que votre équipe a une grosse marge de progression ?

Bien sûr ! On est dans un exercice de construction. Ça ne fait que deux mois que je travaille avec elles. On est en train de poser les premiers jalons de l'animation offensive. Il faut créer des automatismes et cela demande du temps. Il faut déjà que j'arrive à trouver le meilleur poste pour chaque joueuse. Aujourd'hui, je suis en pleine ébauche sur ce travail. On est dans une attente. Les filles y compris, elles attendent de s'épanouir davantage sur le terrain. On s'épanouit par le jeu, et je suis un entraîneur qui aime le jeu. Pour l'instant, je n'ai pas trouvé la formule. On met quelques ingrédients mais la recette ne prend pas. Peut-être faut-il un déclic, un élément déclencheur. Il faut qu'on en discute ensemble et qu'on trouve un schéma de jeu bien précis. Le plus important est qu'on revienne au plaisir sur le terrain. Les joueuses ont des qualités techniques intéressantes. Il faut au moins qu'on fasse du jeu. Si on fait du jeu, on prendra certainement des risques, mais je préfère gagner 5-4 que gagner 1-0 en n'ayant rien fait.


Malgré le bilan parfait sur le plan comptable, les premiers enseignements ne sont pas tous positifs ?

Il n'y a rien à dire sur le plan comptable. Le bémol se situe dans le contenu. En ce moment, c'est plus difficile. Elles sont capables de faire bien mieux. Elles sont peut-être tétanisées, dans l'attente de quelque chose de concret. Je n'ai pas toujours aligné les mêmes joueuses jusqu'à présent. Certaines sont un peu perturbées dans le sens où elles ne jouent pas toujours au même poste. Je suis en train de chercher la bonne formule. En cherchant la bonne formule, on s'expose parfois à faire un peu moins de jeu. Il ne faudrait pas que les filles deviennent prisonnières de l'enjeu maintenant qu'elles ont un statut de leaders. J'aimerais qu'on laisse ça de côté et qu'on revienne à des valeurs de base : prendre du plaisir par le jeu. On va essayer de changer notre fusil d'épaule. Prendre des points, c'est bien. Prendre des points différemment, c'est encore mieux.


Êtes-vous surpris dès lors d'avoir pris seize points sur seize ?

Non, parce que je connais les qualités de mes joueuses. C'est momentanément délicat, mais je sais que ça va revenir. Les filles n'ont pas à rougir des résultats qu'elles ont fait, même si on a fait un hold up à Blanquefort, où c'était un hold up. C'est vrai que le match contre Quimper n'était pas très intéressant dans le contenu. Contre Cormelles, la première mi-temps a quand même été intéressante. Et sur le match d'ouverture à Verchers, on a produit du jeu. On est en train de se chercher. Je suis patient avec les joueuses, je voudrais qu'elles le soient aussi. Elles avaient des automatismes avec le précédent entraîneur. J'essaie d'amener ma patte. Les joueuses sont frustrées parce que le contenu n'est pas celui qu'elles attendent. Elles ont conscience que ce qu'elles proposent n'est pas à la hauteur de leurs ambitions. Elles ont à cœur de vite rectifier le tir. Il faut qu'on crée davantage de mouvement et qu'on le fasse surtout dans les bons timings. Les joueuses doivent être beaucoup plus concernées en séance pour qu'on travaille plus concrètement.


« Agréablement surpris de ce que je vois »


Les joueuses ont fixé elles-mêmes l'objectif en début de saison. Vous jouez clairement les premiers rôles

L'objectif, c'est important d'en discuter. Il faut savoir où on veut aller. C'est important que j'ai des éléments pour pouvoir mettre en place un plan d'action. Ce sont les joueuses qui ont décidé. J'ai dit qu'il fallait être prudent sur le principe de vouloir jouer les premiers rôles. Le dire, c'est une chose. Agir, c'en est une autre. Il faut mettre tous les moyens de son côté, déjà. Les filles doivent être assidues aux entraînements, concentrées, doivent travailler correctement. Quand elles sont fatiguées, il doit y avoir de la transparence, beaucoup de communication entre nous. C'est le cas actuellement. On essaie de trouver des solutions ensemble, dans l'échange. Aujourd'hui, on n'est pas au rendez-vous en terme de contenu, par rapport à ce à quoi on peut prétendre. Il faut laisser l'objectif de côté et revenir à quelque chose de beaucoup plus terre à terre, prendre du plaisir sur le carré vert. Si les filles ont le sourire, elles seront davantage en possession de leurs moyens.


Avez-vous le sentiment de disposer d'une équipe capable de monter en D1 ?

Le championnat est assez homogène et ouvert. L'année dernière, Soyaux avait largement dominé les débats. Cette année, ce n'est pas la même donne, même si je sens les deux équipes parisiennes (Issy-les-Moulineaux et Saint-Maur, qui suivent Condé au classement, ndlr) dans le sens où elles ont de grosses qualités athlétiques et sont efficaces. Chaque match a sa saveur. Il faudra confirmer et se remettre en question à chaque match, comme c'est aussi le cas des autres équipes. Des équipes comme Le Mans, La Roche, Quimper, Blanquefort peuvent perturber ce championnat. Rien n'est acquis. Tous les matchs sont hyper-intéressants. Quand on aura l'enjeu et le jeu en même temps, les filles seront en plein dans ce qu'elles recherchent.


Personnellement, vous vivez votre première expérience dans le football féminin. Vous êtes-vous vite adapté à ce nouvel environnement ?

C'est quelque chose que je découvre et qui arrive à point nommé dans mon cursus. Après huit années chez les garçons, au niveau ligue ou au niveau national, c'est tout nouveau pour moi. Je ne connaissais pas du tout la D2 féminine. Je vois de belles choses. Sur la phase de préparation, j'ai vu dès les premiers jours que les filles étaient capables de faire de belles choses aussi bien techniquement que tactiquement ou que dans l'impact au duel. Je suis agréablement surpris de ce que je vois sur certains matchs. C'est un championnat alléchant.

En ce qui concerne l'approche, je ne parle pas à des filles comme à des garçons. L'approche est différente surtout dans les émotions. Il faut avoir davantage de pouvoir d'anticipation, avoir beaucoup plus de communication. La forme est différente d'avec les garçons. Je marche un peu sur des œufs. Quand on n'a pas beaucoup de recul, on y va à tâtons. C'est un peu ce que je fais. Je suis beaucoup dans l'observation et l'analyse. Je préfère ça plutôt que d'imposer les choses. Ce sont les joueuses qui me donnent les cartes. Je suis à leur écoute. Je ne suis pas là pour tout révolutionner, bien au contraire. Je suis dans la continuité de ce qui a été mis en place, avec un groupe sain. Il faut surtout gérer ce côté émotionnel amplifié chez les demoiselles.

 

Crédit photo : Sandrine Siméon

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