Clément Lumé : «  On n'est pas loin de la vérité »

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Il aurait pu être gardien numéro 1 dans un club de National. Il aurait dû l’être dans celui de Sablé-sur-Sarthe, désireux d’accéder en CFA. Pourtant, c’est toujours les cages d’Hérouville que Clément Lumé protège avec passion. L’ancien malherbiste, qui s’était pourtant engagé à Sablé en fin de saison dernière, a rempilé avec le SCH quand celui-ci s’est vu administrativement maintenu au dernier échelon fédéral. Il revient dans un long entretien sur cet épisode peu banal, mais également le début de saison d’une équipe qui jouera gros demain face à Locminé.

 

Le tirage au sort du sixième tour de la Coupe de France a eu lieu mercredi et vous a réservé Brécey. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Je pense que les six autres équipes voulaient tomber sur Brécey, nous aussi. On est satisfait du tirage. Ce ne sera pas un match facile. Il y aura certainement pas mal de public, on ne connaît pas la qualité du terrain... Il faudra livrer un vrai match de coupe pour passer.

 

La Coupe de France, vous l'abordez avec quel état d'esprit et quelles ambitions ?

Il y a deux ans, on s'était fait éliminer au septième tour. Si non gagne contre Brécey, on égalera le record du club. C'est notre objectif au niveau des joueurs. Les dirigeants n'ont émis aucun objectif.

 

Vous avez inscrit six buts dimanche dernier pour éliminer Cherbourg (6-2). Toujours bon pour la confiance...
Tout à fait. Les attaquants ont repris de la confiance sur ce match-là et l'équipe également dans son ensemble, vu que nous avons réussi à reproduire sur une bonne partie du match ce qu'on fait à l'entraînement, que ce soit sur les schémas de jeu offensifs ou sur les zones de récupération. On a vu que ça a payé. On sait que ce qu'on travaille à l'entraînement peut marcher, que ce soit contre une DH ou une CFA 2. Il faut qu'on arrive à le faire en CFA 2, mais sur 90 minutes. Ce qu'on ne fait pas encore actuellement.

 

« Dans le jeu, on y est »

 

En championnat, vous êtes derniers après cinq journées. Est-ce un remake de la saison dernière ou la situation est-elle différente ?

Sur le plan comptable, c'est exactement la même chose que l'année dernière. Dans le jeu, ça n'a rien à voir. Même si on commet encore quelques erreurs, on est bien plus prêts que l'année dernière, que ce soit sur le plan physique ou dans la connaissance du niveau. Il faut qu'on retrouve cette énergie supplémentaire qu'on avait en fin de saison dernière, quand on n'avait pas le choix que de gagner pour se maintenir. On y est presque.

 

Vous avez ce sentiment qu'il ne manque pas grand-chose ?

Oui, parce qu'on peut vraiment gagner les deux matchs nuls qu'on faits. On doit les gagner, même. En revanche, sur les défaites subies, ce sont des matchs où on est passé à travers de A à Z. L'effectif est plus faible que l'an dernier, puisqu'on a perdu des joueurs et qu'on n'a pas recruté, donc il faut qu'on évite absolument les blessures. Mais on n'est pas loin de la vérité. C'est moins inquiétant que l'an dernier.

 

Le fait d'être déjà dernier et de ne pas encore avoir gagné peut-il avoir une incidence négative sur le plan mental ?

Pour le moment, non. On a été frustré de ne pas gagner les deux matchs à domicile, qui auraient pu lancer notre saison. Forcément, ça aurait fait du bien mentalement. Mais on n'est qu'à la cinquième journée. L'année dernière, on avait attendu la quatorzième pour gagner. On est loin de se mettre la pression pour le moment. En revanche, on sait que ce week-end sera déjà un tournant de notre saison. Le match contre Locminé, dernier avec nous. Ce sera inquiétant si on perd ce week-end. On aborde ce match contre Locminé, dernier avec nous, pour le gagner, lancer définitivement notre saison et pourquoi pas enchaîner avec la Coupe de France.

 

Locminé était déjà un adversaire direct parmi les plus proches la saison dernière...

C'est une équipe qui a été maintenue par la DNCG comme nous. Je pense par conséquent qu'ils rencontrent les mêmes problèmes que nous. Leur effectif avait été rebâti pour la DH comme nous initialement. Sur les deux confrontations contre cette équipe-là, il faudra essayer d'aller chercher les huit points. C'est d'autant plus important de gagner ce week-end qu'on évoluera à domicile et que ce sera l'inauguration du stade.

 

Que devez-vous réussir à améliorer sur le plan du jeu pour passer le cap et décrocher cette première victoire ?

Dans le jeu, on y est. Quand on est tous ensemble à la récupération, quand chacun respecte son poste et son rôle que le coach fait travailler toute la semaine à l'entraînement, on a déjà dominé largement, mais uniquement sur des périodes d'un quart d'heure ou d'une demi-heure. Jamais sur 90 minutes entières. C'est au niveau de la concentration ou de l'état d'esprit qu'on lâche parfois. L'an dernier, quand on avait le couteau sous la gorge, on arrivait à tenir 90 minutes.

 

Vous évoquiez ce nouveau stade, on imagine qu'il constitue un réel atout par rapport à la saison dernière...

On préfère être à Prestavoine qu'à Venoix, parce que ça permet aux gens de venir plus facilement. Après, est-ce que ça va vraiment nous avantager, je ne sais pas, parce qu'on s'entraîne sur synthétique toute la semaine. On n'a pas de terrain en herbe éclairé le soir. La qualité du terrain de Prestavoine était bien jusqu'à présent, mais elle s'est beaucoup dégradée le week-end dernier avec le match de Coupe de France contre Cherbourg. On va voir comment, au fil de l'année, le terrain évoluera. On ne sait pas encore s'il pourra faciliter notre jeu. Au niveau des repères, la plupart des joueurs a déjà joué là dans les catégories jeunes. Ce n'est pas quelque chose qui peut nous perturber.

 

« Pourquoi pas vivre du foot quelques années »

 

Personnellement, comment vous sentez-vous en ce début de saison ?

Bien. Je fais de bons matchs, après ça ne se traduit pas encore en termes de points. On encaisse toujours des buts et on n'a pas retrouvé la même solidité défensive qu'en fin de saison. Je travaille pour retrouver ce niveau. Ça revient doucement.

 

Revenons sur l'épisode de votre départ à Sablé/Sarthe puis votre retour à Hérouville quand le maintien administratif du club a été appris. Un épisode compliqué ?

Ça a été compliqué parce que ça s'est fait vraiment au dernier moment, quand plus personne n'y croyait, à une période où tout le monde était en vacances. Ça a été compliqué aussi parce que Sablé m'avait vraiment mis dans de bonnes conditions, à la fois sur le plan sportif parce qu'ils jouaient la montée, et sur le plan financier et personnel. Le club avait vraiment tout fait pour que je vienne, en me trouvant un appart', etc. J'étais vraiment content d'aller là-bas aussi parce que ça me permettait d'allier le sportif - jouer une montée en CFA - et le professionnel, puisque je devais enseigner parallèlement sur Alençon. Il a fallu faire un choix. Je voulais absolument rester en CFA 2. Quand Hérouville s'y est maintenu, ça m'intéressait toujours. J'ai pu m'arranger pour retrouver un poste dans l'éducation nationale plus près de Caen. Je pouvais allier de nouveau le sportif et le professionnel. Ça me permet de rester dans un environnement que je connais, avec mon appart', mes amis et ma famille. C'est aussi ce qui a pesé.

 

Le choix a dû être fait rapidement ?

Ma décision a été prise une semaine après l'annonce du maintien d'Hérouville. Il fallait que je réfléchisse dans un premier temps. Je devais aussi obtenir les garanties avant de resigner à Hérouville. Étant donné que j'avais toutes les garanties à Sablé, je n'allais pas m'engager du jour au lendemain avec Hérouville sans les avoir. Il y avait quelques détails à régler sur le plan sportif et sur le plan professionnel.

 

Vous arrive-t-il de penser que vous êtes peut-être passé à côté d'une opportunité ?

Ce n'est pas la première fois que cela se produit. En refusant Avranches, j'étais passé à côté d'une montée en National. À chaque fois, mes choix ont été dictés par mes études ou ma carrière professionnelle. Ce que je voulais, c'est rester en CFA 2 pour continuer d'avoir une certaine visibilité. Après, c'est plus simple mentalement de jouer une montée, mais on peut dire que j'ai encore plus de ballons pour me montrer dans une équipe qui joue le maintien. C'est l'avantage du poste de gardien de but. De toute façon, même si j'étais resté à Sablé et que l'équipe était montée, j'aurais été obligé de muter professionnellement donc je n'aurais pas pu en profiter.

 

N'êtes-vous pas prêt à mettre entre parenthèses votre métier de professeur d'EPS en cas d'opportunité sportive ?

Je suis professeur stagiaire cette année après avoir obtenu mon concours. Pour être prof "à vie", il faut que cette année de stagiaire soit validée. Si tout se passe bien, je serai certifié à la fin de l'année, et à partir de ce moment-là je pourrai demander une mise en disponibilité pour aller vivre du foot quelques années et revenir dans l'Éducation nationale ensuite. J'espère avoir les mêmes sollicitations que cet été, qui m'auraient permis de vivre du foot dans certains clubs. C'est retardé d'une année. On verra cet été si les offres sont aussi intéressantes que l'été dernier. J'avais eu quelques propositions de CFA et de National. En CFA, c'était pour être gardien numéro 1. En National, il y en avait une pour être numéro 1, l'autre pour être dans le groupe.

 

« Changer la représentation qu'ont les joueurs régionaux du club d'Hérouville »



Avez-vous un statut particulier à Hérouville ?

Oui, j'ai un statut particulier parce que je suis le premier joueur qui n'est pas passé par l'école de foot hérouvillaise, qui n'a pas grandi à Hérouville, à avoir signé ici et à s'être imposé. D'autres ont ensuite fait ce choix, comme Guillaume Léliard, Pierre Sorin la saison dernière, Yoann Gustarimac. Est-ce qu'on se sent à part dans le groupe ? Non. Mais si Mondeville s'était maintenu en CFA 2, bien plus de joueurs de la région auraient voulu faire des essais là-bas ou auraient appelé pour essayer de signer. Lorsque Hérouville se maintient en CFA 2, les joueurs de la région ne viennent pas faire des essais et n'appellent pas le coach. La différence se fait là. Il y a toujours l'image d'Hérouville où il semblerait que ce soit dur de s'intégrer.

 

Ça a été votre cas ?

Non, du tout. Que ce soit moi, Guillaume Leliard, Pierre Sorin ou les quelques-uns qui sont venus d'"ailleurs", on n'a eu aucune difficulté d'intégration. On est peu nombreux à avoir fait cette démarche. Ce n'est pas la volonté du club d'Hérouville d'avoir uniquement des joueurs "locaux".

 

La progression du SCH passera aussi par un changement d'image ?

Si le club veut grandir, il y a deux aspects. La première nécessité, c'est améliorer les structures du club. Il faut qu'on ait des terrains pour nous, qu'on soit en mesure de s'entraîner sur l'herbe. Ensuite, il faut réussir à trouver des sponsors pour amener un peu de sous au club. On sait très bien qu'on est le club le plus pauvre du groupe de CFA 2. Beaucoup de clubs de la région ont bien plus d'argent que nous. Nos primes de match sont seulement de 80 euros, et uniquement pour les victoires. Il n'y en a pas pour les matchs nuls. Les joueurs ayant un fixe se comptent sur les doigts de la main. C'est un gros handicap pour aller chercher des bons joueurs. Ceux qui restent font des sacrifices sur le plan financier. Ceux qui viennent sont vraiment des passionnés. Il faut réussir aussi à changer la représentation qu'ont les joueurs régionaux du club d'Hérouville.

 

Le club a-t-il les armes pour accrocher un maintien ?

Le club, non, parce qu'il est vraiment en difficulté sur pas mal de choses, dans les conditions d'entraînement, les moyens financiers... Par contre, les joueurs ont les moyens. On l'a fait l'an dernier avec beaucoup de chance, de courage et de volonté. Il faut le refaire cette année. On a terminé deuxièmes de la phase retour l'an dernier. À nous d'essayer de le refaire sans avoir le couteau sous la gorge comme l'année dernière. Si on gagne contre Locminé ce week-end, on pense tous que ça peut lancer la machine et nous mettre dans une spirale positive.

 

 

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