Camille Leclerc sur la route de Rio : épisode 1

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À seulement 24 ans, Camille Leclerc est un des plus beau palmarès actuels du sport caennais. La rameuse, licenciée depuis dix ans à la Société Nautique de Caen et du Calvados, collectionne les podiums et les titres au plus haut niveau national. Elle a également lancé sa carrière sur la scène internationale. La championne d'aviron rejoint une toute autre équipe, celle de Sport à Caen, pour nous faire vivre sa passion et son rêve : celui de participer aux Jeux Olympiques de Rio en 2016. Dans cette première chronique, elle détaille son parcours depuis ses débuts à l'âge de treize ans jusqu'à son actualité dans le collectif tricolore.


Tout a commencé bien avant ma naissance, ma mère ayant pratiqué ce sport quand elle était plus jeune et remporté les championnats de France en quatre de couple cadette. Elle ne m’en a jamais parlé. C’est en passant un certain nombre de fois au-dessus du viaduc de Calix que j’ai repéré ces petits bateaux tout en bas… Étant jeune et insouciante, je me suis posé la question de savoir ce que c’était. J’ai appris ainsi qu'il s'agissait de « bateaux d’aviron » et j’ai demandé à ma mère si je pouvais essayer. Chose dite, chose faite : me voilà un mercredi après-midi de de septembre, alors âgée de 13 ans, embarquée dans une yolette (gros bateau stable à quatre rameurs et un barreur).


Je ne me souviens pas bien de la sortie mais je suppose que j’ai dû accrocher directement puisque que je rame encore aujourd’hui. Je me souviens juste d’une chose… Le barreur… Il s’appelait Matthieu et c’était l’entraîneur...


Première année, la découverte de l’entraînement avec une coéquipière qui va devenir une de mes meilleures amies. Premières compétitions, je me découvre l’âme d’une vraie compétitrice, bien que je me souvienne que le stress était terrible pour moi à cette époque. Sûrement l’envie de bien faire, de ne pas décevoir et de donner le meilleur pour réussir. Je termine 8e en double aux championnats de France, avec l’envie de faire mieux l’année d’après.


Mes années cadettes auront renforcé ma volonté de gagner et forgé mon caractère de « leader ». Je termine 5e en quatre de couple ma première saison cadette. La deuxième saison est l’accomplissement d’une année chargée en entraînements (5 à 6 entraînements par semaine) et très forte en émotion avec un groupe très soudé. Nous sommes championnes de France sur le plus beau bassin de France : Aiguebelette. Un des meilleurs souvenirs encore à l’heure actuelle…


Première compétition européenne en junior


Arrivée en junior, dans la cour des grands, les choses sérieuses commencent ! On m’a prédit que je réussirais en junior, je prends les choses un peu trop à la légère et mon caractère me joue des tours… Je me qualifie pour les championnats de France « bateaux courts » en bateau individuel, mais je ne passe pas le contre la montre pour 1 seconde… Je termine 25e et rentre à la maison très déçue et frustrée !! Deuxième saison junior : déterminée à prouver que la saison précédente est une erreur et que je vaux mieux que cette 25e place, je m’entraîne plus sérieusement et je termine 6e en individuel. C’est une belle satisfaction personnelle et pour mon entraîneur, à qui j’ai donné du fil à retordre… J’obtiens un billet pour les championnats d’Europe junior où je terminerais 6e en double. J’obtiens également la médaille d'argent avec mes coéquipières en quatre de couple. Médaille indécise puisqu’une des rameuses a couru en étant blessée à l’épaule, donc médaille savourée à 200% !


Je passe, en 2009, dans la catégorie sénior. Individuellement, je vais mettre trois ans avant de rentrer en équipe de France -23 ans. Petite précision : je cours dans la catégorie « poids léger ». En individuel, ce sera 59kg maximum et en collectif, la moyenne du bateau devra être de 57kg.


En 2009, je termine 9e en individuel. Place honorable au vu de la concurrence très relevée. Avec mes coéquipières, nous sommes en huit pour les championnats de France sprint (1000m), nous espérons la médaille mais un incident technique pendant la finale fait que nous terminerons 6e… Grosse déception collective… Comme une envie de revanche pour la saison suivante !


En 2010, je termine 8e en individuel, une petite place grappillée avec un niveau toujours aussi relevé. Je participe à une régate internationale mais il n’y aura pas de suite.

Je parlais de revanche, chose faite : nous gagnons les sprints en huit !!! Souvenirs inoubliables de cette préparation et ces courses à huit… Une envie décuplée, les paroles de l’entraîneur pour nous donner la force de guerrières… A noter que je rame avec ma mère dans ce bateau, première fois au club que mère et fille sont médaillées ensemble !


En 2012, le tournant...


En 2011, une place de perdue pour moi, je me retrouve 9e mais je suis prise en tant que remplaçante pour les championnats du monde -23 ans ! Je rentre enfin dans le collectif et vais découvrir le monde des grands !! Je confirme ma performance pendant le stage terminal et je me titularise pour courir le skiff à Amsterdam où je vais terminer 9e.

Ce stage et cette compétition en skiff m’auront beaucoup apporté, physiquement et mentalement. Faire des courses internationales en skiff a été une superbe expérience !

Nous terminons 3e en double poids léger avec ma coéquipière Delphine Cavoit (photo podium ci-contre). C’est ma première médaille aux championnats de France Elite.


En 2012, tournant de ma « carrière ». J’ai à cœur de rentrer en finale en skiff, cela fait trois ans que je tourne entre la 8e et 9e place, il est temps que je figure parmi les six meilleures françaises ! C’est avec détermination que je réussis à me qualifier en finale et je décroche la 3e place : médaille de bronze !!! Résultat plus qu’inattendu pour moi ainsi que pour les autres. Je me souviens encore de cette course où j’ai tenté le tout pour le tout, je n’avais rien à perdre car mon contrat était rempli. Entendre mon coach hurler « T’es 3e, t’es 3e, t’es 3e » pendant la course est quelque chose qui m’a donné des ailes et permis de me surpasser jusqu’au bout pour décrocher cette médaille. Médaille qui a un autre goût que celles obtenues en bateau collectif. C’est une victoire personnelle qui récompense mes efforts à l’entraînement durant toute l’année et les saisons précédentes.


Je participe donc aux championnats du Monde -23ans, cette fois-ci en double poids léger avec Rachel Jung. Nous terminerons 9e après de bonnes courses dans une catégorie relevée puisque seule embarcation olympique dans la catégorie femme poids léger…

Les championnats de France en bateau collectif sont un vrai succès ! Au mois de juin, nous faisons un essai avec Delphine, moi et les deux meilleures juniors pour monter un quatre de couple afin d’aller chercher une médaille. Des sorties plus que géniales, des sensations de folie… Nous allons chercher la médaille d’or devant des Grenobloises qui sont vraiment plus fortes que nous sur le papier, mais avec la volonté démultipliée et le collectif qui nous unit, nous les écrasons à chaque course jusqu’à la finale !!!

Cela restera le bateau où je garderai les meilleurs souvenirs, tant niveau performance qu’au niveau sensation de glisse, de vitesse… Le « kiffe total » !


et en 2013 le piment


L’année 2013 est quelque peu… Pimentée... Sans le vouloir, je pense que ma 3e place est acquise et que de remonter sur le podium ne sera qu’une simple banalité. Grave erreur de ma part, malgré les mises en garde de mon entraîneur, j’en fais qu’à ma tête et je « prends la confiance » sans le vouloir et sans m’en rendre compte… Ce qui me vaut une 4e place, et une bonne remise en question ! Je ne suis plus -23 ans donc page blanche pour la sélection en équipe de France. Avec du recul, je pense que cela m’aura fait du bien et m’aura permis de prendre conscience que les performances ne sont pas acquises d’avance !


Autre énorme déception… Ma coéquipière Agathe Pichon se fait contrôler positive à des corticoïdes a cause d’une maladie… Ce qui lui vaut la peine d’être suspendue jusqu’en octobre, donc pas de championnat en double avec elle alors que c’était le leitmotiv de la saison pour nous deux, nous avons énormément travaillé ce double. Des entraînements à 7h, 8h, 19h… Des kilomètres mis bout à bout… Beaucoup de plaisir et des sensations géniales qui finissent en fumée à cause d’une bêtise ! Je remonte donc en double avec mon ancienne coéquipière, Delphine, bien moins entraînée… Tactiques de courses différentes donc, nous réussissons à gagner pour sept petits centièmes ! Victoire avec un goût très particulier… Même si gagner avec Delphine reste très plaisant !

Pour les championnats de France sprint, nouvelle distance : 500m. Nous réitérons le huit ! Nous terminerons 2e derrière Grenoble qui est plus fort cette fois ci. Toujours autant de plaisir à faire des courses et monter sur un podium avec huit copines !


Nous arrivons en 2014, grosse envie de montrer que je sais rebondir ! Je rentre en école de kinésithérapie à Paris et j’intègre le pôle France INSEP, gros changement de vie pour moi ! Je suis très attachée à ma petite vie simple, à mon club qui m’a permis d’atteindre mon niveau actuel et très proche de ma famille... Je vais mettre quelques mois à m’habituer à ma nouvelle vie, la Marne est compliqué à naviguer : les péniches, le courant, les tourbillons… Ça change du canal de Caen !! Loin de mes proches, c’est assez difficile au début même si Matthieu (si vous avez bien suivi au tout début) m’a suivi jusqu’à Paris… Puis les stages avec la team France s’enchaînent et le temps passe vite, on se retrouve aux championnats de France bateaux courts, où je termine deuxième ! Je monte sur le podium pour la deuxième fois en individuel, c’est une grande satisfaction même si la première marche aurait été la perfection.


L'année prochaine sera cruciale


Je gravis les marches petit à petit, je participe à mes premières compétitions dans la cour des grands, avec la championne de France : les championnats d’Europe en Serbie, début juin. On jauge le niveau assez rapidement puisque l’on termine 14e de cette première échéance internationale… On manque de rentrer dans les douze de peu, on prend note pour plus tard. Puis viennent les championnats de France bateaux longs une semaine plus tard, auxquels je participe évidemment avec ma coéquipière Agathe Pichon. Grosse revanche à prendre face à l’année précédente… Nous dominons tout le week-end et nous prenons de plus en plus de plaisir sur chaque course !! Nous remportons notre médaille d’or tant attendue pendant un an…


S’enchaîne un stage de deux semaines pour la dernière régate internationale : la prestigieuse étape de coupe du monde de Lucerne !! Décor de rêve… Bassin au top… La densité de notre embarcation se fait ressentir : les Américaines, Chinoises, Australiennes, Néo-Zélandaises, Sud-Africaines viennent se rajouter aux concurrentes déjà présentes aux championnats d’Europe. Je suis alignée avec ma coéquipière de 2012, qui fait 3e en individuel. Malgré beaucoup d’engagement, nous terminons également 14e.

Il n’y aura pas de championnat du monde pour nous cette année, afin de pouvoir travailler et progresser pour revenir plus forte en 2015, année très importante puisque qualificative pour les JO de Rio en 2016. Onze bateaux seront qualifiés pour les championnats du monde qui se dérouleront en août, à Aiguebelette, en France !!


En attendant, je suis repartie pour deux semaines de stage par mois avec mes coéquipières : deux semaines à Aiguebelette fin août, deux semaines à Soustons en octobre, deux semaines à Libourne en décembre, deux semaines à Font Romeu pour du ski de fond en janvier, deux semaines à Mimizan en février… Je suis plus motivée que jamais, je sais maintenant la hauteur de la marche à franchir afin d’espérer une qualification de mon bateau. Je m’entraîne tous les jours en pensant à cet objectif, j’ai augmenté la quantité et la qualité de mes entraînements.


Chaque coup de pelle, chaque barre de musculation soulevée, chaque footing, chaque pas compte pour arriver à mon objectif ultime : les JO de Rio !!!


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