Camille Leclerc sur la route de Rio : épisode 2

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L'hiver, l'ergo remplace souvent le bateau pour les rameurs. Et même si elle n'aime pas ça, Camille Leclerc a démontré qu'elle était au sommet dans la discipline. La Caennaise a conservé son titre de championne de France début février à Paris. Après deux jours de repos, elle a repris le chemin de l'entraînement, puis celui des stages. Camille Leclerc est actuellement à Mimizan avec ses partenaires poids légers. Elle avait pris le temps de parler de son actualité avant son départ...

 

« Les championnats de France d'aviron indoor se déroulaient le samedi 7 février au stade Pierre de Coubertin à Paris. 64 rameurs, reliés informatiquement les uns aux autres, avaient été installés sur le terrain. Un écran géant projetait le bateau virtuel des concurrents. J'ai gagné en 7'15"01. Je suis contente et je sais qu'il y a beaucoup personnes à qui ça ferait vraiment plaisir de décrocher ce titre, mais d'une part il n'y avait pas toutes les filles, et d'autre part mon temps n'est pas génial. Quand tu cours, tu as ton chrono sous les yeux. Si t'es pas content de ton temps, t'as beau avoir gagné, tu gardes cette déception. C'est donc un sentiment assez mitigé. Quand t'es en bateau, tu t'en fous du chrono tant que tu es devant les autres. Ce ne sont pas les mêmes sensations.


La période durant laquelle on fait le test ergo n'est pas simple. Après les fêtes de Noël, où on s'entraîne moins que d'habitude, on a enchaîné par deux semaines de stage de ski de fond. On n'a pas du tout ramé, même si on a fait beaucoup d'ergo. J'ai fait deux fois 23 heures de sport par semaine. Ça crève ! Ensuite, on a continué de travailler dur pendant une semaine avant d'avoir une semaine de récupération. En fait, j'aurais dû faire le test ergo jeudi pour essayer de réaliser un bon chrono. Les championnats de France ont la réputation de ne pas être idéaux pour taper un record. Les filles voulaient donc en faire un autre test ergo le jeudi précédant, tout en participant aux championnats de France deux jours plus tard. Moi je ne le sentais pas, j'avais les jambes explosées le lundi d'avant et je savais que je me planterais si je courais. En plus, l'événement ne me déconcentre pas à Coubertin.

 

Malgré ça, j'ai perdu cinq secondes par rapport au premier test ergo début décembre, où j'avais fait 7'09"09. Je suis dans les standards puisque les autres filles ont perdu autant. En décembre, j'avais fait une première tentative et j'étais partie pour faire un super temps. Mais j'étais tellement en forme – ce qui était presque perturbant – qu'au moment où j'ai eu mal, je me suis arrêtée. Pourquoi ? Je ne sais pas. J'ai eu beau retourner la question 12 000 fois dans ma tête, je n'ai pas eu la réponse. Il faut savoir que le temps final est projeté sur l'écran de la machine. Il bouge à chaque coup que tu fais. J'étais en 7'08", donc j'étais trop contente. À 600 mètres de l'arrivée, sur les 2 000 mètres de l'épreuve, j'ai vu le temps final remonter à 7'10". Là, je me suis arrêtée. Je m'étais vraiment dit que je ferais 7'08 ou 7'09. J'aurais dû laisser passer l'orage et ça l'aurait fait... J'ai refait le test quatre jours après. J'ai tiré fort sur le premier 500 mètres, mais beaucoup moins fort que ce que je devais sur les deux suivants (tout est relatif, mais j'ai perdu deux secondes, et pour nous qui sommes à la recherche du centième près, c'est beaucoup !). Je me suis rattrapée sur le dernier 500 pour faire ce temps de 7'09"09. Maintenant, je suis tranquille avec les tests ergo jusqu'en décembre. Ouf !

 

 

Après le championnat de France, j'ai fait une pause de deux jours pour passer du temps avec mes parents et Matthieu, mon copain. Je n'aurais pas dû, mais tant pis ! En aviron, il n'y a jamais de repos. Ça n'existe pas, ce n'est pas notre ami. Je pars en stage lundi (lundi dernier, ndlr) pendant que les filles du groupe numéro 1, qui ne sont pas poids léger, sont en Afrique du Sud pour trois semaines... Le groupe poids léger, auquel j'appartiens, n'est pas considéré comme faisant partie du groupe 1. Je vais à Mimizan, dans le sud-ouest. Ce n'est pas la même température... En Afrique du Sud, elles sont en débardeur et en short. Tant pis ! On va ramer tous les matins. L'après-midi, ce sera soit muscu soit ergo. Je ne sais pas s'ils vont nous rajouter du sport co. Ils nous en font faire de temps en temps en hiver. On fait du foot, du basket, du volley, du bad... Ça change. On est nulles à ch..., c'est clair et net ! C'est assez drôle à voir.


Je pars en stage toutes les trois semaines, ce qui n'est pas forcément évident avec mes études en parallèle. Au deuxième trimestre, ça va quand même être moins compliqué puisque j'ai validé une grosse matière l'année dernière. C'est quand même dur de travailler en stage. Plus t'es fatiguée et moins ça rentre... Je me force à travailler beaucoup en début de stage pour prendre de l'avance. Je m'en sors pas trop mal.

 

En mars, je retrouverai la compétition sur bateau avec la tête de rivière interrégionale. Les championnats de France individuels seront mi-avril. Après ma deuxième place la saison dernière, j'essaierai de faire mieux. À vrai dire, l'enjeu majeur n'est cependant pas là. Ma coéquipière en double, en équipe de France, est blessée depuis début novembre. C'est embêtant parce que c'est la championne de France en titre, la plus forte. Je préférerais arriver deuxième derrière elle en avril et avoir un bateau compétitif en double plutôt que l'inverse. On jouera notre qualification pour les Jeux Olympiques sur le dernier week-end d'août lors des championnats du monde. Avant ça, on aura les championnats d'Europe le premier week-end de juin. On verra où se situer par rapport aux autres européennes. Si on fait treizièmes comme l'année dernière, on aura aucune chance de se qualifier pour les JO lors des Mondiaux. Il faudra rajouter cinq bateaux hors-Europe aux championnats du monde, or seuls les onze premiers auront leur billet pour les JO. On aura la chance de courir à domicile lors des championnats du monde puisqu'ils se dérouleront à Aiguebelette. Il faudra venir nous encourager ! C'est un super bassin. J'avais gagné les championnats de France cadettes en 2006 là-bas. Ça ne nous rajeunit pas !

 

Pour terminer, j'ai reçu mon nouveau bateau, que le club m'a payé, avec mes nouvelles rames. Matthieu me l'a réglé. C'est exactement le même modèle que mon skiff perso et que celui que j'ai à l'INSEP, sauf que celui que j'ai à l'INSEP est un porteur 70 kg alors que là c'est un porteur 60 kg. C'est plus adapté à mon poids. Le bateau en lui-même pèse 13 kg mais la règlement internationale oblige à le lester pour qu'il atteigne 14 kg. C'est du haut de gamme. Mon skiff coûte 10 000 euros. C'est le prix de la voiture que je me suis acheté, sauf qu'il n'y a pas de moteur. Enfin le moteur, c'est moi. Mauvais choix ! Je me suis fait avoir je crois... »

 

Le bonus ajouté par la rédac' de Sport à Caen : une vidéo réalisée par l'équipe de France en stage ski de fond à Font-Romeu le mois dernier.

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