Benoît Mesnil : « Le rugby, c'est une vie »

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À 29 ans, Benoît Mesnil est une figure du rugby local. Le troisième ligne aile d'Hérouville a fait de ce sport le pilier incontournable de son existence. « Un dimanche sans rugby, je tourne en rond. » Demain (15h), sa deuxième saison au RCH s'achèvera contre Armentières à domicile. Avant un probable retour au Stade Caennais, le bilan laisse des regrets sur le plan collectif. Entretien fleuve avec un homme passionné.



Benoît, comment êtes-vous arrivé à Hérouville ?

Je suis arrivé à Hérouville en 2012 parce que j’avais des amis qui jouaient là-bas depuis quelques années. J’avais été champion de France en juniors avec eux à Caen. Ce départ m’a permis de ne me cibler que sur le rugby et non ses à-côtés. Il y a eu énormément de présidences en très peu de temps au Stade Caennais. En 2007, c’était la création d’un nouveau club avec un projet sportif énorme. Ça s’est estompé parce qu’on n’est pas monté. Il y avait une génération assez vieillissante. Quand quelques joueurs majeurs sont partis, comme Pierrick Gaillard, ma génération avait 23-24 ans. On était trop jeunes pour faire la bascule. L’arrivée de Fred Cournarie en 2010 a fait en sorte qu’on devienne des joueurs cadres. Je pense qu’il y avait quelque chose à faire sur les premières années du Stade Caennais. Là, le club est en pleine reconstruction. Caen a une seconde chance, et je pense qu'ils vont la saisir. Ils ont des entraîneurs qui tiennent la route, des jeunes joueurs qui ne demandent qu'à progresser et à s'investir. Je ne vois pas comment ils peuvent ne pas faire quelque chose l'année prochaine. A Hérouville, c’est complètement différent. Le groupe a vécu énormément de montées. On fait le yoyo entre Honneur et Fédérale. Le groupe est vieillissant. La moyenne d’âge est de trente ans et il n’y a pas cette jeune génération qui arrive.

 

Quel a été votre parcours avant d’arriver à Hérouville ?

J’ai commencé le rugby au Caen Rugby Club à cinq ans. Le groupe cadets a été vice-champion de France et le groupe juniors a été champion de France suite à la fusion entre les deux clubs. Après, je suis parti à Ussel, un gros centre de formation, en Corrèze. J’avais 18 ans quand je suis parti là-bas, j'y suis resté deux ans. Je voulais me faire plaisir et découvrir autre chose. C’est une autre mentalité, une autre vision du rugby. On ne paye pas sa licence dans ce style de club. Quand on va à l’Intersport du village, c’est gratuit pour nous. Il n’y a pas de club de foot. Il y a une piscine, une salle de muscu et trois terrains de rugby. Chaque week-end, 2-3000 personnes viennent te voir jouer en Fed 2. Quelques joueurs caennais sont partis là-bas, comme Alex Bouteille. Je suis revenu à Caen lors de la création du nouveau club en 2007.

 

Avec une parenthèse pour le Canada…

Oui, je suis parti trois mois là-bas. C’était une période où j’étais suspendu en France après avoir reçu un carton rouge en début de saison. Ça m’a permis de suivre mon amie, qui était à Montréal pour le boulot. Ça m’a bien oxygéné. C’était très agréable. Je suis revenu pleine balle pour la deuxième partie de saison, même si ça a été un échec au final puisqu’on est redescendus. On avait un groupe assez limité cette année-là. Depuis 2011, le niveau en Fédérale 3 s’est vraiment élevé.


« Un groupe pour le milieu de tableau »

 

Est-ce pour jouer en Fédérale 3 que vous avez rejoint Hérouville ?

Le départ de Fred Cournarie m’a beaucoup affecté, parce que c’est un entraîneur pour lequel on avait envie de se faire mal. Il avait la mainmise sur le groupe, c’était hallucinant. Un mec en or. J’ai eu du mal à passer le cap. On était descendus en Honneur, je pensais qu’on allait remonter en Fédérale 3 dans la foulée mais ça ne s’est pas produit. Les copains d’Hérouville m’ont appelé. Ils sortaient d’une saison compliquée en Fédérale 3. Caen allait être en Honneur, Hérouville allait être en Honneur. Je me suis dit que c’était le moment. Il y avait cette frustration de s’être investi à Caen sans résultat, alors que les moyens et l’effectif étaient là. Pendant deux ans à Hérouville, j’ai pu décompresser et jouer sans me prendre la tête.

 

D’autres joueurs ont pris le même chemin que vous ?

Il y a eu une grosse vague de départs vers Hérouville à la création du Stade Caennais. La façon dont s’était faite la fusion ne leur convenait pas. Ils ne se reconnaissaient pas non plus dans le projet sportif. Sans leur apport, Hérouville n’aurait sans doute pas connu aussi vite l’ascension qui a été la sienne. Les gens qui avaient refusé de signer au Stade Caennais pour la compétition se sont retrouvés à en faire à Hérouville, mais dans une ambiance différente. A Hérouville, c’est vraiment famille. Si tu ne t’entraînes pas, personne ne va te le reprocher. Le Stade Caennais a un état d’esprit très rugbystique, axé sur la compétition. A Hérouville, c’est à la cool. Il y a toujours des petites polémiques entre les clubs, mais elles n’ont pas lieu d’être. Ce sont deux clubs différents, y compris dans les attentes des joueurs. Chacun est libre de jouer où il le souhaite.

 

Le côté « cool » d’Hérouville n’est-il pas une de ses limites en Fédérale 3 ?

Je pense que si on avait été assidus aux entraînements, on avait un groupe pour se maintenir et même peut-être atteindre le milieu de tableau. On avait l'effectif pour cela. C'est un bon club pour apprendre le rugby, c'est un vrai club pour l'ambiance, c'est le rugby à l'ancienne : les enfants qui courent, les femmes qui viennent boire une bière avec nous après le match...


C'est une saison frustrante après avoir largement dominé le championnat Honneur la saison dernière ?

L'année dernière, on avait un effectif complet qui nous avait permis de survoler la saison, même si Caen n'était pas loin derrière. On avait également fait une bonne tournée en championnat de France, comme Caen (huitième de finale). Notre groupe avait plus d'expérience mais les effectifs se valaient. Cette année a été compliquée. Il y a eu un manque d'investissement. Ça fait mal le lundi, ça fait mal le mardi, il faut recourir le mercredi... Il y a la vie de famille, des copains du rugby qui deviennent papas, les déplacements sont plus longs, les équipes sont beaucoup plus physiques... On ne peut plus se permettre de venir s'entraîner le mercredi et le vendredi, puis de jouer le dimanche. Le niveau de Fédérale 3 est très différent de ce que j'ai connu il y a quelques années. C'est devenu très sportif. Ils font mal, ils courent très vite, ils ont de gros bras... Le jeu est plus posé, il n'y a plus beaucoup de mauvais gestes. On a souvent tenu la dragée haute à nos adversaires, mais un match dure 80 minutes et notre manque de condition physique s'est fait ressentir.



À la lecture du classement, quand on sait que seuls les deux derniers descendent, on se dit qu'il y avait la place...

Oui, il y avait la place. On a perdu des matchs qu'on n'aurait jamais dû perdre. Cette année, on n'a pas été compétiteurs et on ne s'est donc pas donné les moyens d'être compétitifs sur le terrain. Ça ne nous a pas empêché de faire la fête parce que Hérouville reste un club familial. Personnellement, ça me chagrine d'être passé à côté de cette saison avec l'équipe qu'on a. Il y a eu des blessés, mais ça ne fait pas tout. On est passé à côté de quelque chose cette année, peut-être d'écrire une belle page dans l'histoire d'Hérouville. On aurait pu être les premiers à se maintenir en Fédérale 3.


« En Normandie, on est plus en train de devenir des nuls que des bons »


Est-ce à l'image du rugby bas-normand, qui ne décolle pas ?

À part Rouen, qui est une grosse écurie, il n'y a rien en Normandie. On est plus en train de devenir des nuls que des bons. En championnat régional, ce sont les mêmes personnes qu'on rencontre en permanence. je ne trouve pas ça très intéressant. On est un des plus petits comités de France. Il n'y a pas de gros club formateur en Normandie. Caen développe quelque chose d'intéressant avec le Cesars, ça a l'air de bien fonctionner. Il y a un sport-étude à Honfleur, mais c'est loin de tout. C'est compliqué. Pour moi, il devrait y avoir un pôle à Caen. Caen est une belle ville, il y a un peu d'argent, le bassin économique doit permettre qu'il y ait quelque chose au niveau du rugby.


Comment résister à la fatalité et ne pas se dire "de toute façon, nous ne sommes pas sur une terre de rugby" ?

Ça viendra avec le temps. Caen Sud, qui était un jeune club sans moyens, a réussi à monter en Fédérale 2. Pourquoi un autre club du bassin ne pourrait pas y accéder ? Il y a des gens qui s'investissent à tout niveau. Il faut voir... Je pense que j'aurai arrêté le rugby avant que ça se concrétise. Certains attendent ça depuis vingt ans. Je prendrai ma canne et j'irai voir les gars jouer (sourire). Ça ne se fera pas avant une dizaine d'années.


De quelle manière peut-on procéder ?

Si un club a envie de grossir, il faut d'abord qu'il prouve qu'il a les moyens sportifs de le faire. Après, ce n'est que de la finance. Si Caen, ou Hérouville, est capable de prouver que les joueurs sont investis, qu'il y a un niveau, ça va suivre derrière. À Rouen, ils sont repartis de zéro il y a quelques années. Ils sont premiers de Fédérale 2. Ce qu'ils font est très bien pour la Normandie. Je pense qu'il peut y avoir la même chose à Caen, à condition qu'un projet sportif tienne la route et que les finances suivent.


« J'aimerais bien rejouer en Fédérale 2 »


Vous envisagez de repartir à Caen la saison prochaine, n'est-ce pas ?

L'année prochaine, ce sera la dernière saison d'Arnaud Gérard. Arnaud Gérard est un ami avec qui je joue au rugby depuis pas mal d'années. Il est à Hérouville avec moi cette année, mais il envisage de disputer sa dernière saison à Caen pour jouer en national. Je lui ai promis d'être à ses côtés pour sa dernière saison. Il va falloir qu'on en discute avec les entraîneurs parce que je ne suis pas le seul décisionnaire dans cette histoire. Le but n'est pas d'arriver et de chambouler le groupe déjà en place, mais de m'intégrer sans faire de bruit. L'année prochaine, en tout cas, c'est une saison que je voue à jouer avec Arnaud Gérard. Ça n'a rien à voir avec le fait que Caen soit monté en Fédérale 3.


Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

Je me dis que ce n'est pas fini et j'aimerais bien rejouer en Fédérale 2. J'ai 29 ans et je me vois encore continuer pas mal d'années.


Le rugby garde-t-il un côté particulier par rapport aux autres sports ?

Je crois qu'on est vraiment à part, oui. Il peut y avoir cette ambiance de groupe dans d'autres sports, mais j'ai l'impression que c'est différent au rugby. On est à part sur le fait qu'on aime se faire mal, qu'on est toujours ensemble – je ne passe pas une journée sans avoir la moitié de mes potes au téléphone, or mes potes sont tous issus du rugby, on est vraiment dans notre monde. Je suis un accroc, comme beaucoup. Je ne vais pas à la piscine par plaisir, j'y vais parce que ça va me procurer quelque chose de plus pour le rugby. Je vais à la muscu parce que je dois me renforcer pour le rugby. Je n'ai pas envie de payer 180 euros ma licence pour dire "aïe" et rentrer chez moi. Le rugby, c'est une vie.


Votre conception du rugby a-t-elle évolué au fil des années ?

Il y a beaucoup d'autres choses dans la vie, mais le mardi, le mercredi, le vendredi et le dimanche, on ne peut pas compter sur moi. C'est rugby. Ça, c'est depuis des années. Même quand je ne joue pas, je vais voir des matchs, que ce soit le Stade Caennais ou l'Ovalie Caennaise. Quand il n'y a pas de rugby, je tourne en rond. Ma mère a joué en rugby, mon oncle jouait au rugby, j'ai été bercé là-dedans très tôt. Quand je voulais arrêter, mes parents m'ont donné un coup de pied au cul pour que je continue. Au final, je ne regrette rien. C'est mon mode de vie. Si demain je me marie et j'ai des enfants, ma vision changera peut-être, comme elle a changé pour mes potes. Je vis pleinement ma passion et rien ne peut m'empêcher de le faire.

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