Benoît Leterrier : « J'étais prêt à baisser les bras »

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Candidat affirmé à la montée en Ligue Élite, le RSH Caen est tombé de haut en début de saison. Ses trois défaites initiales ont failli doucher d'entrée de jeu les ambitions élevées qu'il nourrissait. Les Conquérants, emmenés par leurs Suédois Zach Pettersson (11 buts) et Kevin Lööv (9 buts), ont pourtant réagi suffisamment vite pour retrouver le sourire. Après quatre victoires de rang, ils pointent au troisième rang du classement de Nationale 1. Benoît Leterrier, de retour au club après deux ans d'absence et désigné capitaine par ses pairs, revient avec nous sur ces premiers mois de compétition riches en péripéties.


Alors que vous affichiez clairement des ambitions de montée, vous avez débuté la saison par trois défaites. On imagine que vous en avez été les premiers surpris...

Oui. Vu l'effectif qu'on a, sur le papier, je m'attendais vraiment à être dans les premières places dès le début de saison. On a connu un début de saison difficile du fait qu'on n'avait pas d'entraîneur...


Que s'est-il passé ?

À Caen, ça fait des années qu'on travaille en interne. C'est toujours un joueur qui coache. Ça l'a fait avec Alexis Gomane, Gérôme Guérin, Antoine Rage. Depuis le départ d'Antoine, il y a eu une ou deux saisons un peu compliquées. Le club avait donc vraiment envie de faire venir quelqu'un de l'extérieur. À moindre coût, quand on cherche quelqu'un de qualifié, c'est compliqué. Les dirigeants avaient trouvé une alternative en faisant appel à Florent Revers, entraîneur du loisir à la glace. On s'est dit pourquoi pas, d'autant qu'il était volontaire. Mais on s'est vite aperçu que c'était un peu juste au niveau des connaissances du roller-hockey, et du hockey en général à haut niveau. On a fait quasiment deux mois comme ça. On a perdu les trois premiers matchs.


Comment cela s'est-il passé ?

On a connu des scénarios différents à chaque fois. Contre Bordeaux, on a tout de suite encaissé pas mal de buts, et on s'est incliné sur un gros score. Il y a eu un match où on gagnait 3-0 à la mi-temps, où on s'est fait rejoindre et où on a finalement perdu en mort subite. Et puis il y a eu un match où on perdait de pas mal de buts, pour finalement revenir à un but seulement, mais à dix secondes de la fin. C'était trop tard. Les physionomies étaient différentes. Elles montraient qu'on avait du potentiel mais qu'on n'allait pas au bout. On en a parlé avec les joueurs, avec le bureau, en se disant que cette solution n'était peut-être pas la bonne.


Quelle a été votre réflexion ?

On est reparti sur l'idée de trouver quelqu'un en interne comme on faisait avant. Bien sûr, le club m'a proposé ce rôle. Ça ne m'intéressait pas du tout parce que j'ai déjà fait ça pendant quelques années et je suis en pleine reconversion. J'ai déjà de la chance de pouvoir aller aux entraînements et de jouer tout le temps. J'ai refusé. Guillaume Bastien, un joueur que j'avais fait venir au club après un stage à La Roche-sur-Yon il y a maintenant quelques années, a pris les rênes.


« Maintenant, les choses sont reparties »


Depuis, les résultats sont très convaincants puisque vous avez enchaîné quatre victoires...

Ça se passe super bien parce que tout le monde lui fait confiance. C'est un mec d'expérience, qui a toujours joué en Élite. Il est respecté de tout le monde. Je l'ai épaulé tout de suite. On n'a que des victoires depuis qu'il est là. Pourtant, le week-end dernier, on partait en commando. Toute l'équipe était malade. On est parti avec six seniors et deux juniors qui n'avaient jamais joué avec nous. Ça s'est bien passé, on a pris les trois points qu'il y avait à prendre. Pour l'instant, tout va bien. L'équipe est bien faite. Il y a vraiment l'effectif pour aller au bout. Si on ne le fait pas maintenant, vu ce que le club a fait pour nous, notamment en allant chercher des étrangers, ce sera très compliqué de monter dans les années à venir. Le niveau augmente d'année en année, tous les clubs se renforcent. Je suis agréablement surpris du niveau N1. J'y avais joué il y a six-sept ans, ce n'était pas du tout le même niveau.


Pourtant, il a dû y avoir de l'inquiétude après les premiers matchs.

Oui, bien sûr. Concrètement, je me suis posé des questions. Je me demandais si ça valait vraiment le coup que je reprenne. C'est de l'investissement en temps, entre les entraînements et les matchs. J'étais prêt à baisser les bras. Là, je suis super content tous les week-ends de gagner à nouveau, d'être en équipe... Il n'y a pas de secret. À partir du moment où tu as un vrai groupe, où c'est une famille, tout va bien.


Vous avez réussi à réagir au bon moment.

Il n'aurait pas fallu attendre un mois de plus. Je suis un peu déçu pour Florent, parce que son engagement partait vraiment d'un bon sentiment. C'est quelqu'un qui avait envie de bien faire. Mais on est dans le haut niveau et on n'a pas le temps de former sur une saison. Le nouveau bureau a mis des choses en place pour cette année. Maintenant, les choses sont reparties. Normalement, la période de transition se règle au mois d'août et l'équipe est prête mi-septembre. Là, il s'est avéré qu'on n'était pas prêt du tout. Je pense que la préparation qu'on a faite n'était pas adaptée à ce à quoi on prétend. Il y avait aussi un déséquilibre au niveau des postes, avec beaucoup d'attaquants et peu de défenseurs. Guillaume a dû faire des réajustements, il m'a notamment fait reculer en défense. C'est une bonne chose.


« J'arrive encore à marquer... »


Justement, à titre personnel, votre retour au club est celui d'un élément emblématique...

Oui... Mais plus au niveau de la vie extérieure du groupe. Je vais être un joueur de vestiaire, qui va beaucoup parler avec les joueurs, qui va essayer de mettre un challenge permanent avec tout le monde. Je vais être très taquin avec tous les joueurs, envoyer des vannes à un joueur qui devrait marquer mais qui ne le fait pas, pour le réveiller. Ça marche. William Ohlund s'est retrouvé à mettre six buts en deux matchs. Après, dans le jeu, les trois quarts de l'équipe vont être mieux que moi. Ils m'ont donné le rôle de capitaine parce qu'ils me font confiance. J'arrive encore à marquer, ça s'est vu ce week-end, ça permet de lancer la machine.


Le roller-hockey a été votre métier, en tant qu'entraîneur salarié du RSHC, et on a le sentiment que c'est encore une passion très ancrée.

Oui, tout à fait. Quand je suis rentré en France après avoir passé plusieurs mois au Canada, je me suis ré-entraîné avec les gars parce que j'avais envie de jouer. Mais quand Fabrice (Renou) m'a dit « on remonte un bureau, on va vous donner des moyens pour avoir des joueurs supplémentaires », je trouvais ça génial pour l'équipe mais je lui ai dit que je ne pouvais pas reprendre. Il était temps que je tourne la page et que je me concentre sur mon avenir professionnel. Mais je ne peux pas dire non à Fabrice. Il a fait tellement de choses pour moi... Du coup, j'ai repris. Je joue avec Enzo, le plus jeune fils de Fabrice, que j'ai entraîné quand il avait 5-6 ans ! Ça donne un coup de vieux mais ça fait plaisir. Je ne sais pas ce que je ferais sans le roller-hockey, même si je pratique d'autres sports à côté. Le hockey permet d'évacuer tout ce que tu as et de repartir avec le sourire.


Comment avez-vous pratiqué cette passion pour le roller-hockey au Canada ?

Il y a deux saisons là-bas, l'été et l'hiver. L'été, le niveau est très relevé parce que les hockeyeurs sur glace pratiquent le roller. L'hiver, c'est un peu moins relevé. L'organisation n'a rien à voir avec la nôtre. Ce sont des ligues à la cool. Tu peux jouer le soir en semaine, il n'y a pas d'entraînement... J'ai joué avec les copains de Thomas (Woods, passé par Caen, ndlr). J'ai fait du hockey sur glace aussi, il a fallu que je m'y remette. Le hockey a été très important pour moi socialement.


Comment envisagez-vous la suite des événements ?

Le premier objectif est d'atteindre les play-offs. Après, on sait très bien que c'est un autre championnat qui commence. Tout est possible. Je n'ai pas vu ce qu'il y avait dans l'autre poule, mais je sais que nous formons un vrai groupe. À partir de ce moment-là, on peut aller au bout. Si on monte en Élite, je réfléchirai à la saison prochaine. Il y a sans doute un certain nombre de joueurs qui reviendraient au club. Si on reste en N1, je pense que j'arrêterai pour me concentrer à 200 % sur mon avenir professionnel.

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