Thibaut Gosselin : « Deux à quatre ans pour monter »

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Après trois ans de Nationale 3, l'ASPTT Caen a obtenu la montée à l'échelon supérieur cette saison en terminant première de sa poule. Auteures d'une saison remarquable (trois défaites seulement), les Caennaises poursuivent un projet qui doit mener le club jusqu'à l'élite du volley français. Actuellement à Toulouse avec l'équipe de France féminine, dont il est statisticien, Thibaut Gosselin fait le point sur la saison écoulée et évoque celle à venir.


Thibaut Gosselin est l'entraîneur de l'équipe caennaise.


Vous montez parce que vous avez mieux joué que l'année dernière ou parce qu'il n'y avait pas un équipe comme Calais qui était impossible à battre ?

Les deux. Calais finit champion de France de Nationale 2 cette année avec quasiment la même équipe. Ça veut dire ce que ça veut dire ! On était tombé sur une grosse équipe l'année dernière. Il n'y en avait pas cette année dans la poule. De notre côté, on a également progressé. Il suffit de regarder le nombre de défaites. Nous n'en avons que trois cette saison, contre cinq ou six la saison précédente.


Vous êtes parvenu à renforcer le groupe lors de l'intersaison 2011 ?

Les joueuses qui sont arrivées de l'extérieur ont toutes apporté. Élise (Villet) et Violaine (Jessen) ont apporté sur le terrain comme dans le groupe. Elles se sont bien intégrées. Il y a juste Claire (Tintillier), qui venait de l'équipe du dessous, qui n'a pas réussi à s'intégrer dans le groupe et qui n'a pas fini la saison. Cette année, j'ai vraiment senti un groupe, ce que je n'avais pas forcément l'année dernière. C'est vraiment le groupe qui a avancé.


Avez-vous eu un peu peur en début de saison avec deux défaites assez rapides et quelques matchs accrochés ?

On savait que le début de saison ne serait pas simple. Déjà, on changeait la passe par rapport à la saison précédente et c'est un gros changement dans une équipe. Ensuite, je n'avais pas été beaucoup là pendant la préparation. Et puis on avait aussi décidé, après avoir fait le bilan de la saison précédente, de moins se mettre la pression, de viser la montée sans pour autant mettre en péril la vie du groupe. On a voulu prendre la saison de manière un peu plus relâchée. Il fallait le temps que tout se mette en place. Je ne sais pas si on peut dire qu'on a eu peur. On n'était pas serein contre les équipes qu'on ne connaissait pas. À la fin des matchs allers, on a constaté qu'il n'y avait pas une équipe au-dessus de nous.


Qu'est-ce qui vous a plu le plus dans votre équipe cette saison ?

C'est la vie de groupe. Je suis vraiment super fier des joueuses, de leur état d'esprit. Hors du groupe, nous n'avons pas eu des moments faciles. Les filles ont été sereines, elles n'ont pas paniqué. Pendant les matchs où on a été malmené, il y a eu des réactions d'orgueil, mais sans partir dans tous les sens. On s'est sorti de certaines situations qui n'étaient vraiment pas facile. Je pense que l'année dernière dans les mêmes situations, avec l'esprit de groupe que nous n'avions pas, on aurait perdu certains matchs qu'on a gagnés cette année. La pression qu'on s'est mise l'année dernière tenait du fait que nous avions une joueuse dont le volley était l'activité principale. Le club se disait « on a investi dans une joueuse, derrière il faut que ça paye ». On n'a pas eu ce cas de figure cette année. De ce côté-là, c'était plus relax.


Cette saison a-t-elle été difficile à vivre pour vous, à titre personnel ?*

Ça n'a pas toujours été une saison facile.


C'est paradoxal, parce que votre équipe se comporte bien, a des bons résultats, mais vous n'avez pas pu profiter à fond.

C'est ça. C'est ce qui est très frustrant. Au final on fait vraiment quelque chose de bien mais on est dans la retenue. Notre montée, on l'a fêtée entre nous, tranquillement, dans un petit resto.


Vous vous sentez isolés ?

Par rapport au club, pas du tout. Coutances a aussi eu des histoires avec d'autres clubs. On entend beaucoup parler de Coutances. On n'a pas envie d'être mêlés plus que ça aux histoires.


« Trois arrivées, ce serait l'idéal »


J'étais au dernier match à domicile, où certes il n'y avait pas d'enjeu mais où vous fêtiez votre montée. Il y avait très peu de spectateurs et ceux-ci étaient extrêmement silencieux. L'engouement populaire vous manque ?

Sur le dernier match, il y avait Hérouville – Coutances en même temps chez les garçons. Les gens ont préféré aller voir ce match plutôt que le nôtre, où il y avait très peu de chances qu'on perde. Effectivement, c'est sur le match de la montée qu'il y a eu le moins de monde. C'est vrai tout de même qu'on a eu moins de monde cette année que les années précédentes. Lors de l'avant-dernier match à domicile, contre le CPB Rennes, il y avait un peu plus de monde et beaucoup plus d'ambiance. Les filles ont vraiment apprécié car les gens étaient venus pour nous supporter.


La montée en Nationale 2 peut-elle favoriser un petit élan au-delà du monde du volley ?

J'espère, mais nous avons aussi besoin d'un petit coup de pouce des médias pour être plus connus.


Allez-vous être confrontés à un niveau de jeu nettement supérieur en Nationale 2 ?

On travaille beaucoup avec Le Havre, qui monte en N1 cette année, depuis deux ans. On fait des matchs amicaux et on arrive à rivaliser. On a perdu 3-2 notre dernière confrontation avec elles, même si leur entraîneur fait tourner aussi. L'équipe qu'on a aujourd'hui est capable de tenir un niveau N2, mais peut-être pas sur des matchs complets ni une saison complète. L'équipe serait trop juste pour tenir sur toute une saison. Ce qui va faire la différence entre la N2 et la N3, c'est être capable d'être régulier, de tenir un niveau plus longtemps qu'actuellement. Il y aura quelques équipes beaucoup plus fortes, mais il ne faut pas s'attendre à voir six filles d'1,90 m sur le terrain, qui tapent monstrueusement fort. Les matchs de haut de tableau qu'on joue en N3 équivalent à du milieu de tableau N2.


Quel sera l'objectif la saison prochaine ?

Pour pouvoir faire quelque chose en Nationale 2, ce n'est pas compliqué, il faudra de l'argent. Je ne vois pas une seule joueuse dans la région capable de rendre l'équipe plus performante. Pour faire venir des filles de l'extérieur, il faut un peu d'argent. Les dirigeants sont en train de faire le tour des collectivités pour voir ce qu'on peut avoir comme subventions. Cela déterminera le profil d'équipe qu'on pourra monter et, donc, l'objectif qu'on pourra se fixer. À première vue, l'objectif sera de se maintenir et de préparer un groupe pour monter les années suivantes. La montée est utopique car il y a une refonte des championnats. La division fédérale (deuxième division) va être fusionnée avec la Nationale 1. Ça sera voté en juin mais il n'y a pas de raison pour que ça ne passe pas. Cette année, on fait quasiment une double montée car on passe du cinquième niveau français au troisième. Seules deux équipes sur les 40 de Nationale 2 (quatre poules de dix) monteront en Nationale 1.


Pour vous maintenir sans trop de frayeurs, vous avez besoin de renforcer l'équipe à quel degré ?

L'entraîneur qui parle en veut forcément toujours plus. Si je pouvais avoir trois joueuses, ça serait l'idéal. C'est le dirigeant, qui a les sous, qui va mettre le frein à main. Plus je pourrai récupérer de joueuses et plus ça sera aisé de se maintenir. Moins j'en aurai et plus je devrai bricoler. Avec le groupe qu'on a, en terme de niveau de jeu individuel, on peut se maintenir. Maintenant, on n'est pas assez nombreuses. Huit joueuses pour tenir une saison, ce n'est vraiment pas assez. On a un départ en grossesse (Typhaine Caretti). Il faut qu'on se renforce. On va intégrer des jeunes de l'équipe réserve mais je ne veux absolument pas les mettre en responsabilité tout de suite.


Quel est le profil des joueuses que vous souhaitez recruter ?

Ça fait un petit moment qu'on est dessus. Ce que je souhaite, c'est plutôt des Françaises, plutôt des étudiantes. Dans l'optique de monter quelque chose sur plusieurs années, on aimerait avoir des jeunes joueuses avec qui on peut travailler sur la durée. L'idée serait de partir du noyau qu'on a actuellement, de l'étoffer l'année prochaine et de le faire grandir doucement. Un ou deux départs chaque année et trois arrivées, ça serait très bien.


Quel statut auront les arrivantes ?

On est en contact avancé avec deux joueuses, dont une qui était en deuxième division. Elle est toute jeune – 18 ans – et elle est étudiante. On va l'aider pour ses études, pour son hébergement, mais il n'y aura pas de contrat pro la saison prochaine. On n'est pas en mesure, vu nos finances, de faire un contrat pro.


Y a-t-il des départs, outre la pause maternité de Typhaine Caretti ?

Toutes les joueuses de l'effectif actuel ont émis le souhait de poursuivre l'aventure et, sauf si elles doivent partir pour des raisons professionnelles, elles resteront donc dans l'équipe.


Avez-vous un délai pour monter en N1 ?

Avant de monter au-dessus, il va surtout falloir travailler en terme de structuration du club. Une montée, ça se prépare à l'entraînement avec les joueurs, mais également au niveau du budget, de l'image, etc. On peut vraiment progresser dans ces aspects. Si on monte trop vite, le club ne sera peut-être pas capable de suivre derrière. On peut fixer une fourchette de deux à quatre ans pour monter.


* Agent de développement au sein de la Ligue de volley bas-normande, Thibaut Gosselin a été mêlé à des polémiques avec Coutances, longtemps en tête du championnat.

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